Philippe Mattart, directeur de l’Apaq-w: «L’émergence d’un contrat entre agriculture et société»

Philippe Mattart, directeur de l’Apaq-w: «L’émergence d’un contrat entre agriculture et société»
J.V.

Là où les cassandres prophétisent des lendemains qui déchantent pour l’agriculture, l’optimisme me semble personnellement compatible avec le réalisme. Certes, la rentabilité des exploitations est une question cruciale, tout particulièrement dans un cadre concurrentiel. Les enjeux ne sont autres que la pérennité du monde agricole et la continuité familiale.

Mais, par-delà le point de vue économique, l’avenir de l’agriculture doit aussi s’envisager au travers de prismes sociétaux. Elle n’est ni le reliquat d’une société agraire, ni une superficie silencieuse et paysagère échappant à la conscience des citoyens. Au contraire, elle participe aux défis de société les plus saillants. Certes, des tensions et incompréhensions subsistent. Mais, peu importe, le face-à-face entre le monde agricole et les citoyens constitue une formidable opportunité.

L’activité agricole est en mesure de s’affirmer comme une pourvoyeuse de solutions : pour le tissu économique local comme pour l’équilibre territorial et la cause climatique. En outre, les crises, quelle qu’en soit l’ampleur, réhabilitent le principe de souveraineté alimentaire. Les agriculteurs ont donc vocation à répondre aux valeurs sous-jacentes à la consommation : la proximité, la qualité, l’environnement et l’authenticité. La récente résolution du Parlement européen sur la stratégie « De la ferme à la table » est d’ailleurs univoque quant à l’importance de la production et de la consommation locales. Cette opportunité est à saisir. Il n’y a pas d’avenir sans agriculture. Un État trop dépendant des importations s’exposerait à un affaiblissement.

Reste que les agriculteurs devront communiquer toujours plus afin de cultiver la confiance des citoyens. Le dialogue est une clé essentielle du futur. Nulle raison d’en avoir peur : nous avons une agriculture de qualité. De nouvelles filières – animales ou végétales – pourraient aussi se développer, en réponse aux valeurs des consommateurs ou, tout simplement, à la demande.

Il est enfin périlleux de prédire ce que sera la taille moyenne des exploitations. Mais l’évolution du marché pourrait, à l’avenir, faire la part belle à une agriculture familiale, propice à la confiance. En définitive, c’est une forme de contractualisation entre agriculture et société qui devrait plus que jamais s’imposer.

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