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Bio. Mais pas trop…

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La commission avait posé deux objectifs forts en début de mandat : la réduction de 50 % de pesticides, et l’engagement européen d’atteindre 25 % de surfaces bio à l’aube de 2030, des éléments clefs contenus dans la stratégie « De la fourche à la fourchette ».

Le parlement européen vient d’adopter à une très large majorité, voici quelques jours, le plan d’action européen en faveur de l’agriculture biologique. Malgré la tentative des groupes parlementaires Social-démocrate, des Verts, et de la Gauche pour tenter de le réintégrer en dernière minute, il a supprimé du texte initial son objectif de 25 % de surfaces cultivées en bio en 2030, préférant insister sur le nécessaire développement de la demande, la structuration des filières et le soutien à l’innovation pour tirer la production.

La déception est cruelle pour les défenseurs du bio, même si ce vote en session plénière est venu confirmer celui qui était intervenu le 31 mars dernier en commission de l’Agriculture où les débats autour du rapport (et ses quelque 34 amendements de compromis), préparé par la démocrate-chrétienne autrichienne Simone Schmiedtbauer, avaient parfois été vifs.

D’un côté, les sociaux-démocrates ont rappelé, par la voix du très actif Éric Andrieu, que « le développement de l’agriculture biologique est un enjeu majeur pour l’avenir de l’agriculture européenne, il constitue le moyen de réellement réduire l’utilisation des pesticides et de répondre aux enjeux de santé humaine, de contribuer à la vitalité sociale et économique de la ruralité et de progresser en matière de bien-être animal ».

Plus virulent, l’écologiste français Claude Gruffat s’en est pris au modèle d’agriculture européenne actuel qui est, selon lui, « une véritable catastrophe pour l’emploi paysan, la biodiversité et la santé publique ». Se référant au conflit russo-ukrainien, il n’a pas hésité à s’emporter contre la nouvelle PAC qu’il a qualifiée « d’accélérateur de ce drame en cours tandis qu’il y a urgence à produire mieux et certainement pas à produire plus pour assurer la souveraineté alimentaire de l’Europe ».

Marc Tarabella s’est lui aussi exprimé à l’issue du vote, regrettant amèrement que « l’objectif de 25 %, qui permettait de fixer un cap précis et de tenir les engagements pris par l’Europe auprès des citoyens, ait disparu du rapport ».

Quant à Benoît Lutgen, il a fait valoir que « la conversion vers le bio n’est pas toujours facile : l’agriculture bio demande plus de travail à l’agriculteur et l’éleveur de bétail bio a, par exemple, également besoin de fourrage plus cher. C’est pourquoi le parlement a demandé un soutien et un budget plus accrus pour l’agriculture bio. »

L’ambition fièrement affichée par la commission a pâli et pris une nouvelle orientation : c’est désormais le marché qui devra déterminer l’ampleur de la croissance du secteur biologique, et non un objectif chiffré préétabli.

Marie-France Vienne

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