A la mi-printemps, des précipitations seraient les bienvenues pour les grandes cultures

En maïs, les semences ont pu être placées dans un sol encore humide et, avec le temps plus chaud de début mai, la levée s’est bien passée. Toutefois, le manque d’eau commence à se faire ressentir.
En maïs, les semences ont pu être placées dans un sol encore humide et, avec le temps plus chaud de début mai, la levée s’est bien passée. Toutefois, le manque d’eau commence à se faire ressentir. - J.V.

Nous extrayons de ce bulletin, qui analyse les conditions météorologiques et culturales au cours de la saison agricole, la situation des grandes cultures à la fin de la troisième décade d’avril.

Céréales d’hiver : vers un manque de pailles ?

Dans les sols profonds (Hesbaye, Hainaut), le système racinaire s’est bien développé et on ne rencontrait pas encore de problèmes liés à la sécheresse en ce début mai. Aucun impact réel sur le rendement final n’est à redouter pour le moment (les céréales d’hiver ont une grande capacité de rattrapage) mais il ne faudrait bien évidemment pas que les conditions sèches se prolongent sur une longue période. Pour éviter des pertes de rendements, il est impératif que des précipitations suffisantes reviennent d’ici le stade « remplissage du grain » prévu début juin.

Des carences en oligo-éléments (en azote, magnésium et/ou soufre) sont ponctuellement observées. La sécheresse engendre une mauvaise dilution des engrais dans le sol et en plus l’azote dans le sol est moins disponible pour la plante.

Dans les zones présentant un sol plus superficiel, la situation est un peu plus tendue (les cultures souffrent) mais la situation n’est pas encore jugée catastrophique.

Aucun impact réel sur le rendement final n’est à redouter pour le moment  vu la grande capacité de rattrapage des céréales d’hiver mais il ne faudrait pas  que les conditions sèches se prolongent sur une longue période.
Aucun impact réel sur le rendement final n’est à redouter pour le moment vu la grande capacité de rattrapage des céréales d’hiver mais il ne faudrait pas que les conditions sèches se prolongent sur une longue période. - J.V.

La végétation est claire et petite tant pour les escourgeons (plus grands que les froments) que pour les froments. Ce problème de végétation pourrait potentiellement limiter la production de pailles.

Attention au vent en céréales de printemps

Les céréales de printemps ont été semées tôt cette année (février pour l’avoine) dans de bonnes conditions. Des problèmes restent cependant possibles dans les sols plus superficiels ou dans les zones où les semis ont été plus tardifs.

D’une façon générale, les vents orientés majoritairement à l’Est ces deux derniers mois ont tendance à limiter la pression fongique. Ils pourraient jouer un rôle défavorable si le déficit de précipitations se maintient de par leur côté asséchant.

Pommes de terre : pas encore de craintes

Les plantations de hâtives (concentrées principalement en Flandre occidentale, aussi dans une moindre mesure en Flandre orientale) ont démarré à grandes échelles au début de la dernière décade de mars. À la fin de ce mois, on estimait que 60 à 75 % des plantations de hâtives avaient été faites. Les quelques jours de pluies observés début avril ont un peu retardé la finalisation de la plantation des hâtives en Flandre. Dans sa lettre d’information du 5 avril, la Fiwap estimait que plus de 85 % des vraies hâtives (de type Amora) avaient été plantées. Pour les variétés mi-hâtives (Felsina, Miranda, etc.), l’estimation était de l’ordre de 40 à 50 %.

La plantation des variétés de conservation a débuté au cours de la deuxième semaine d’avril. Les sols étaient encore régulièrement froids, et bien moins faciles à travailler que l’an dernier (ce qui vient alourdir les frais vu le prix élevé du mazout). La qualité des plants est globalement bonne. On notera que certaines livraisons de plants se sont fait attendre par manque de disponibilités des camions.

On estimait, au 20 avril, qu’entre 15 et 25 % des surfaces belges avaient été plantées, toutes régions confondues. Les plantations ont continué à plein régime, seules les pluies observées le 25 avril ont pu localement les freiner un peu. Au 26 avril, on estime à plus de 70 % la proportion plantée en Belgique et à plus de 90 % au 3 mai.

L’amorce de sécheresse constatée actuellement n’est pas encore préjudiciable pour la culture de pommes de terre (hormis peut-être pour les pommes de terre hâtives, représentant seulement de l’ordre de 10 % de la production belge). On estime en effet que la pomme de terre peut sans problèmes supporter un mois sans eau. Une période de sécheresse à ce stade favorise le développement racinaire de la plante. Dans les sols argileux très lourds, la levée peut être un peu plus difficile s’il n’y a pas de pluie dans les semaines à venir.

Des précipitations sont attendues par les patatiers afin d’envisager  les opérations de désherbage dans de bonnes conditions.
Des précipitations sont attendues par les patatiers afin d’envisager les opérations de désherbage dans de bonnes conditions. - J.V.

En production conventionnelle, les producteurs attendent des précipitations afin de pouvoir assurer les désherbages dans de bonnes conditions. En agriculture biologique, des précipitations seraient également bienvenues afin de favoriser les levées d’adventices pour ensuite les détruire par hersages et buttages successifs.

Désherbage compliqué des betteraves

Les premières betteraves ont été semées du 7 au 13 mars. Moins de 1 % des semis auraient été réalisés au cours de cette semaine. Les estimations faites au 21 mars par la Raffinerie Tirlemontoise relèvent qu’à cette date presque 13 % de la surface betteravière auraient été semés. À cette même date, Iscal Sugar estimait que 5 % des semis étaient réalisés, principalement dans les Polders lourds.

La campagne de semis a ensuite continué sans véritables heurts. Selon les relevés des sucreries, 64 % de l’emblavement prévu était semé au 27 mars. Ce pourcentage est passé à 81 % au 3 avril. Quinze jours plus tard, la grande majorité des betteraves était semée. Les chiffres du 18 avril donnent un emblavement de 97 % pour la Raffinerie Tirlemontoise et 94 % pour la clientèle d’Iscal.

Les températures élevées observées lors de la deuxième décade et au début de la troisième d’avril ont favorisé les levées. Au début de la troisième décade d’avril, on pouvait observer que plusieurs parcelles semées dans les premières semaines de semis avaient des levées supérieures à 85 % et développaient leurs deux premières vraies feuilles.

On notera également que des dégâts de gel ont été signalés dans plusieurs parcelles (essentiellement suite aux nuits gélives du 2 et 3 avril). Les dégâts étaient visibles, souvent sous le sol, en déterrant la betterave et en observant un rétrécissement de l’hypocotyle (tigelle).

Les dégâts de gel pouvaient être plus importants dans les terres finement préparées. Les sucreries recensent environ 140 ha de re-semis, principalement pour cause de gel et quelques parcelles pour encroûtement (lié aux vents orientés majoritairement de secteur Est / Nord-Est observés ces dernières semaines et qui peut poser soucis pour la levée).

L’amorce de sécheresse observée en ce début mai n’est pas jugée problématique actuellement pour la culture de betteraves.

Le désherbage a commencé dans de bonnes conditions, mais rapidement les vents de secteur Est / Nord-Est ont endurci les adventices rendant le désherbage plus difficile. Avec le manque de pluviométrie, on ne pouvait compter que sur les produits de contact. Un passage mécanique a donc été recommandé avant le troisième ou quatrième traitement Far pour éliminer le maximum d’adventices mal combattues (renouées, chénopode, arroche…).

En ce qui concerne les parasites, quelques altises et atomaires ont été signalés mais sans gravité. Suite à l’hiver relativement chaud, les premiers pucerons ont été observés dès la dernière décade d’avril. D’abord des pucerons noirs de la fève, moins dommageables, mais rapidement relayés par des pucerons verts vecteurs de jaunisse virale. Début mai, 30 % des parcelles atteignaient déjà le seuil de premier traitement pour pucerons.

En culture de chicorée, les semis ont été entamés le 20 mars. Plus de 80 % des semis de chicorées étaient réalisés au 19 avril. Les pluies de début avril suivies de vents desséchants ont entraîné la formation d’une croûte superficielle entravant la levée des chicorées et entraînant le re-semis de pas moins de 300 ha.

Maïs : le manque d’eau se fait ressentir

En Wallonie, les premiers semis ont été réalisés vers le 15-18 avril. Vu l’absence d’interruption par la pluie, on estime que la plupart des semis étaient terminés le 6 mai. Les premières levées sont apparues. Le manque d’eau se fait ressentir et pour des semis après ray-grass, il sera nécessaire d’attendre une réhumectation des sols.

En Flandre, le constat est sensiblement identique. Le démarrage a pu se faire à temps et, début mai, une surface considérable avait déjà été semée. Dans la plupart des cas, les semences ont pu être placées dans un sol encore humide et, avec le temps plus chaud de début mai, la levée s’est bien passée. Là aussi, le manque d’eau – pas encore véritablement impactant actuellement – pourrait être problématique s’il se poursuit, surtout sur les sols sableux plus légers.

Situation délicate pour les prairies

En Flandre, les conditions sèches de mars et avril ont permis aux travaux agricoles de commencer sans retard, contrairement à l’année précédente. L’herbe a pu être fertilisée à temps et peu après le 15 avril, la première coupe a été effectuée. La repousse de l’herbe est plutôt décevante en raison de la sécheresse.

En Wallonie, des prises de mesures dans des fermes ardennaises suivies par Fourrages Mieux au niveau de leur pâturage mettaient en évidence au début de la deuxième décade d’avril une pousse de l’herbe de 40 kg MS/ha/j là où elle était de 16 kg MS/ha/j la semaine précédente.

Des mesures effectuées en prairies pâturées et de fauche entre le milieu de la dernière décade d’avril et les premiers jours de mai montrent en Ardenne (région d’Houffalize) une pousse variant entre 63 et 65 kg MS/ha/j et entre la dernière décade d’avril et les premiers jours de mai dans le pays de Herve une pousse variant entre 48 et 117 kg MS/ha/j (moyenne 85 kg MS/ha/j). Pour cette même période, les mesures montrent une pousse en Gaume variant entre 54 et 83 kg MS/ha/j (moyenne 70 kg MS/ha/j).

La situation actuelle reste délicate. Des précipitations à brève échéance permettraient de sauver la situation. Dans le cas contraire, elle pourrait devenir critique.

L’opportunité de réaliser une fauche doit être également réfléchie. Le rendement n’est pas le seul facteur à prendre en compte. En effet si l’herbe jeune peut être un gage de qualité, certains inconvénients ne doivent pas être négligés comme le stade des plantes, le prix des chantiers d’ensilage et la situation climatique.

Le stade de la majorité des prairies est peu avancé dans les régions froides. À la publication de ce rapport, la montaison venait seulement de démarrer pour les espèces intéressantes comme les ray-grass anglais et les fétuques des prés, soit encore loin du stade « épi à 10 cm » au-delà duquel la plante redémarrera en phase végétative après une exploitation. Une fauche réalisée dans ces régions ne permettrait donc pas d’éliminer les épis. Ces derniers apparaîtraient alors sur les repousses limitant par-là fortement le potentiel de production des regains (plantes toutes épiées sans grosse production de matière sèche et sans « fond »). La deuxième coupe devrait donc être réalisée uniquement pour permettre aux talles herbacées de redémarrer. Ce phénomène serait amplifié si le manque de pluviométrie actuelle perdure.

De plus, la mise à nu du sol à la coupe accélérerait son dessèchement, ce qui ralentira d’autant plus la reprise de la pousse. Le risque de se retrouver avec une première coupe à rendement moyen et une deuxième coupe à faible rendement et mauvaise qualité est donc présent si l’on débute les récoltes trop tôt par rapport au stade de l’herbe.

De plus, les chantiers d’ensilage, dont le prix est lié principalement au coup des carburants, ne seraient pas rentables. Il semblait donc préférable d’attendre le début de l’épiaison des prairies avant de faucher.

D’après le Bulletin agrométéorologique national

Cra-w, Irm et Vito

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