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Économiser l’eau et irriguer raisonnablement les cultures

Les années 2017 à 2020 nous ont rappelé que nous devons compter sur de possibles périodes de déficit hydrique dans nos cultures. Comme leur nom l’évoque, les cultures maraîchères ont besoin de disponibilités importantes et soutenues en eau. 2021 fut excessive dans l’autre sens et certaines réserves ont été partiellement reconstituées. Mais restons attentifs aux messages de prévention en vue d’économiser l’eau et réduire les irrigations. Nous sommes tous concernés par une gestion de l’usage l’eau.

Temps de lecture : 6 min

C ’est un thème sur lequel nous revenons fréquemment dans cette page : la décompaction du sol. Elle permet une pénétration rapide et profonde des racines des plantes maraîchères aussi bien après un semis qu’après une plantation.

Le travail du sol est aussi une source de dessèchement de surface, décompacter, donc, sans foisonner : décompacter et rasseoir la surface.

Dans notre maîtrise de l’enherbement, nous sommes souvent amenés à faire des faux-semis. En soi, la technique permet de réduire l’emploi d’herbicides. Mais un faux-semis signifie aussi une perte d’eau lors de cette opération. Entre deux maux, il faut prendre le moindre, un envahissement d’adventices s’accompagne aussi de perte d’eau pour la croissance de celles-ci, le faux-semis reste une technique intéressante.

Le paillage

Le paillage du sol permet une très grande économie d’eau. La combinaison avec l’effet désherbant permet aussi une réduction significative des besoins de main-d’œuvre pour le désherbage.

Le paillage de la culture avec un voile non thermique est une technique employée couramment à quelques centaines de km plus au sud de chez nous. L’avantage est de limiter l’évaporation d’eau du sol et l’évapotranspiration des plantes pour limitation de l’effet du vent. Mais il n’y a que peu d’élévation de la température, ce qui est intéressant dès le milieu du printemps.

Le binage

Cette ancienne technique reste bien utile dans la gestion de l’eau. En rompant la capillarité, en aérant le sol et en éliminant des adventices, elle est utilisée chaque fois que possible. Les nouveautés technologiques ouvrent des espoirs grâce au pilotage automatisé, en grandes comme en petites surfaces maraîchères.

L’intérêt est surtout marqué après une battance du sol en surface, comme après un orage ou une aspersion trop violente.

Les stades clés de la culture

Dans nos conditions habituelles, la période entre le semis et la levée ou entre la plantation et la reprise a besoin d’irrigation. Les apports sont peu importants et fréquents tant que la culture n’est pas installée et reprise.

Lorsque le déficit hydrique est marqué comme c’est le cas sur de longues périodes lors des trois années antérieures, nous prévoyons aussi des arrosages durant la croissance de la culture. Les apports se font sur base d’un calcul qui tient compte de la nature du sol et des besoins de la culture. En première approche, nous retenons des apports de 1 mm (soit 1 litre par m²) par cm de sol à irriguer pour l’aspersion. Pour l’irrigation en goutte-à-goutte, nous multiplions ce chiffre par 0,5 à 0,9 selon que les rangs sont écartés les uns des autres ou pas.

Le moment de la journée

Pour l’aspersion, nous attendons que la rosée soit bien séchée avant de commencer à irriguer le matin. L’objectif est de ne pas poursuivre la période d’humectation du feuillage due à la rosée par une seconde période due à l’irrigation. C’est une mesure préventive contre les maladies cryptogamiques du feuillage. Une coupure d’au moins 3 heures d’humectation permet au feuillage de bien sécher entre deux périodes d’humidité, celle de la rosée et celle de l’irrigation. Pour le goutte-à-goutte, cela a moins d’importance.

Nous pouvons aussi irriguer durant la nuit quand le système est automatique. Dans ce cas, la période d’humectation n’est pas allongée non plus puisque l’irrigation se superpose à la rosée naturelle.

La température de l’eau

Lorsque la configuration des lieux le permet, n’hésitons pas à aménager un bassin d’attente dans lequel l’eau acquiert une température proche de la moyenne des températures des jours précédents. Ce bassin sera souvent à l’air libre, nous en protégeons l’accès pour éviter tous risques de noyades de jeunes visiteurs.

La crépine d’aspiration est suspendue sous un flotteur pour privilégier la prise de l’eau la mieux réchauffée.

Les asperseurs conviennent bien pour des cultures comme les laitues, les chicorées frisées et scaroles, les radis, les carottes, les choux.
Les asperseurs conviennent bien pour des cultures comme les laitues, les chicorées frisées et scaroles, les radis, les carottes, les choux.

La filtration

La filtration de l’eau est nécessaire pour limiter l’abrasion des pompes et le bouchage des installations. Nous la faisons souvent à deux niveaux : la crépine est une pré-filtration, le filtre à sable ou le filtre à tamis apporte la fil tration.

Le filtre à sable permet une bonne filtration des matières solides en suspension dans l’eau. Son fonctionnement est meilleur avec du sable calibré.

Le filtre à tamis permet d’arrêter les particules de taille supérieure à 0,08 mm ou jusqu’à 0,25 mm, selon les modèles.

Aspersion ou goutte-à-goutte ?

En pratique, nous avons besoin des deux systèmes dans une ferme maraîchère diversifiée.

Nous utilisons le goutte-à-goutte pour :

– les cultures paillées puisque le binage n’y est pas envisagé ;

– économiser l’eau ;

– lorsque la pression disponible est limitée ;

– les cultures sous abris de concombres, courgettes, haricots, melons, piments, tomates ;

– les cultures en plein air de cucurbitacées.

Nous utilisons l’aspersion pour :

– l’installation de la culture ;

– en terrain très drainant ;

– les cultures sous abris de betteraves, carottes, céleris, choux, laitues, mâches ;

– les cultures en plein air de bettes, céleris, épinards, laitues, oignons, persil ;

– faire descendre la température sous abris ;

– prévenir les soucis de salinité de surface.

Mesurer les apports

Il faut une longue expérience pour pouvoir se passer de mesures précises pour piloter son irrigation.

Les tensiomètres

Idéalement, nous mesurons la progression de l’humidité dans le sol grâce à deux tensiomètres positionnés à des profondeurs différentes. Le plus haut est placé pour que la cartouche sensible soit à 8 à 10 cm de profondeur lors de l’installation de la culture. Il sera ensuite descendu 15 ou 20 cm de profondeur en régime de croissance. Le second est positionné 15 à 20 cm plus bas.

Le systèmes goutte-à-goutte sont économes en eau et ont l'avantage d'éviter de mouiller le feuillage des cultures.
Le systèmes goutte-à-goutte sont économes en eau et ont l'avantage d'éviter de mouiller le feuillage des cultures.

Les pluviomètres

Il faut au moins un pluviomètre sur la parcelle pour estimer les apports par précipitations à tout moment.

Avec l’irrigation par aspersion, la répartition des apports peut être hétérogène, il en faut donc en ajouter plusieurs pour tenir compte des recouvrements de rayons d’action des appareils, du vent, de la pression disponible…

En goutte-à-goutte, un contrôle des apports par examen du profil du sol est nécessaire après creusement d’une cavité ou d’un trou de tarière.

L’irrigation et le goût des légumes

L’eau est nécessaire à la croissance, à la photosynthèse et donc à l’obtention d’une saveur et d’un parfum typique du légume.

Pour les laitues et pour les chicorées, les besoins sont de 100 % par rapport à la norme telle que nous l’envisageons dans ces colonnes lorsque nous abordons ces cultures.

Pour les choux, nous essayons d’être à 80 % des besoins théoriques pendant les 2 ou les 3 premiers mois de culture, puis nous passons à 100 % des besoins lorsque la pomme ou la fleur se forme.

Pour les tomates, les poivrons, les concombres et autres cucurbitacées, nous essayons de ne satisfaire que 80 % des besoins théoriques afin d’obtenir des légumes ayant une teneur en matière sèche un peu supérieure à la norme habituelle. Le rendement en kg sera peut-être un peu diminué, mais la saveur et le parfum y gagneront largement.

F.

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