Ces récits qui formatent les esprits

Ces récits qui formatent les esprits

En face, un autre dirigeant séduit son peuple avec un récit réveillant la grandeur de la Sainte Russie, et l’absolue nécessité de terrasser le retour des nazis, comme Staline l’avait fait au siècle précédent.

Deux jours plus tard, les médias reviennent en nous servant les élections à la française où les récits ont le goût de l’extrême: de l’extrême absentéisme à l’extrême-centre, les diatribes seront exacerbées. Pas de soucis de ce côté en Belgique. Tout le monde vote et tous les partis mangent au râtelier. Ils se fondent et se confondent au gouvernement.

Toujours à la mi-juin, je suis invité dans un jury pour un TFE de bachelier à Bruxelles. Je découvre qu’il existe aujourd’hui un diplôme «d’écologue social». Pourquoi pas. L’étudiante, intelligente et passionnée, traitait de l’impact de l’alimentation des vaches laitières sur l’environnement. Fort bien, avec un corollaire «Bio or not Bio, that is the question».

En fait, la question ne se posait pas: à l’instar des pies-noires, tout serait en noir et blanc. Le récit des bons d’un côté, qui ont toujours raison, et des mauvais de l’autre, qui ne se rendent pas compte de leurs erreurs. C’est le récit d’un monde idéal d’un côté, du bas monde de l’autre. Comme par hasard, la bibliographie est copieuse mais tellement orientée.

La présentation orale a permis d’amorcer un autre regard sur la question de l’impact climatique des pratiques agricoles. Ainsi notamment, l’usage de l’azote, qu’on appelle «engrais chimique de synthèse» d’un côté, «fertilisant minéral» de l’autre. Il a fallu constater ceci: du point de vue réchauffement climatique, en produisant plus par hectare, on nécessite moins de terres cultivables, ce qui réduit la déforestation, et patati, et patata. Si l’équivalent CO2 pour produire l’engrais azoté vaut une tonne/ha et qu’on assure ainsi la photosynthèse en matières sèches de 10 tonnes d’équivalents CO2 supplémentaires, il n’y a pas photo.

L’élève en question a semblé prendre conscience de la partialité de sa démarche conditionnée et mérita bien la distinction que ses efforts et son travail justifiaient.

Dernier point de rencontre sur ces questions, en terrasse à l’apéro: deux cultos, un véto et un agro discutent de la météo… caniculaire. «Trop sec», évidemment. On rappelle que le meilleur mois de l’année est février, celui où les fermiers ont deux jours de moins pour se plaindre (…). Je pense effectivement que février est le mois le moins stressant, simplement parce que la nature est au repos et que chacun construit dans sa tête le récit d’une saison idéale pour semer et accompagner ses cultures jusqu’à la récolte. Sauf que lorsque c’est bon pour un, c’est bon pour tous et ce sont alors les prix qui prennent le mauvais chemin.

Le monde parfait reste bien l’inaccessible étoile qui nous fait rêver mais celui du monde agricole se distingue des autres récits sur au moins deux points: il est davantage individuel, n’a donc pas besoin d’être manipulé par d’autres et surtout, il fait l’économie d’un adversaire à diaboliser pour exister.

JMP

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