Des solutions pour maîtriser son coût alimentaire en élevage ovin laitier

Des solutions pour maîtriser son coût alimentaire en élevage ovin laitier

Pour en atténuer les effets, il n’existe pas de solution universelle. Chaque éleveur peut cependant activer un ou plusieurs leviers d’adaptation en fonction de la structure de son exploitation et de son système de production. Le présent article propose de façon non exhaustive des pistes de réflexion sur la conduite alimentaire des troupeaux ovins laitiers.

Un impact fort mais très variable d’une exploitation ovine laitière à l’autre

Les achats d’aliments représentent la principale charge opérationnelle pour une grande majorité d’ateliers ovins laitiers français. En moyenne, la quantité de concentrés distribués par brebis est de 216 kg en 2020 et une part variable mais importante dans certains bassins, est achetée. Ainsi une hausse du prix des aliments aura un impact fort sur les coûts de production. Cette moyenne cache cependant une grande diversité entre les différents bassins et les systèmes d’élevage.

En France, par exemple, il existe également une assez grande variabilité au sein de chaque bassin de production, avec par exemple pour les élevages livreurs conventionnels d’Occitanie, une quantité de concentrés distribués par brebis de 224 kg en moyenne pour les élevages les plus économes en concentrés (quart inférieur) contre 299 kg par brebis pour les élevages en consommant le plus (quart supérieur). Par ailleurs le niveau d’autonomie en concentrés de ces mêmes exploitations est également variable avec 72 % pour le quart inférieur contre 48 % pour le quart supérieur.

Être encore plus vigilant sur la gestion des effectifs

Maîtriser le coup alimentaire du troupeau ovin lait commence par optimiser le nombre d’animaux à élever. L’effectif doit être cohérent avec l’objectif de production et doit être ajusté tout au long de la campagne.

Réévaluer sa marge en fonction des coûts alimentaires

Avec la hausse du coût des aliments, le niveau de production minimum pour couvrir les charges alimentaires augmente. Une fois tous les ajustements possibles mis en œuvre, il convient de le réévaluer pour chaque catégorie d’animaux. Par exemple, pour les livreurs des Pyrénées-Atlantiques qui achètent en moyenne autour de 140 kg de concentré par brebis, une augmentation de 50 €/t implique une production supplémentaire de 7 l/brebis pour couvrir de la même façon les charges. Ce calcul permet de raisonner au plus juste en fonction des situations la réforme, les éventuels réallotement quand c’est possible, ou le renouvellement.

Réformer régulièrement

Selon les gabarits des brebis, les systèmes alimentaires, les objectifs de production et le stade de lactation, la quantité de concentrés distribuée par brebis peut varier de 100 g à un peu plus d’1 kg par jour et cette quantité est souvent la même pour toutes les brebis du troupeau. Pour un troupeau de 400 brebis avec 25 % de renouvellement, retarde le moment de la réforme de 2 mois peut donc entraîner une surconsommation jusqu’à 6 t de concentrés. Ainsi, il convient de réformer les brebis dès qu’elles ont atteint l’un des critères propres à chaque exploitation et à chaque période : faible niveau de production, échec à la reproduction, problèmes morphologiques ou sanitaires… Le suivi du troupeau, via le contrôle laitier ou la réalisation d’échographies, permet de mieux gérer ses réformes.

Ajuster au mieux le renouvellement

Le nombre d’agnelles élevées doit être raisonné plus finement en fonction des besoins du troupeau. Il est parfois tentant de garder plus d’agnelles pour conserver une marge de sécurité. La situation actuelle peut être l’occasion de faire un bilan des années précédentes pour réévaluer le besoin de renouvellement.

Ajuster les rations, faire la chasse au gaspillage

100 g de concentrés distribués en trop par brebis, c’est plus de 14 tonnes d’aliment surconsommées par an toujours pour un troupeau de 400 brebis.

Une première cause de surconsommation de concentrés est liée aux imprécisions sur la distribution. Il est donc important vérifier le calibrage des distributeurs en salle de traite, roulimètres et de peser régulièrement les seaux. Tous les aliments n’ont pas la même densité, il est important de peser les quantités réellement distribuées et de tarer les outils, au moins après chaque livraison.

Connaître les besoins des animaux pour adapter la distribution

Il est nécessaire de connaître l’hétérogénéité et la répartition des productions des animaux du lot pour lequel on fait sa ration. Le choix de l’animal cible (celui dont on veut couvrir les besoins de production à 100 %) est donc très important. Si la production laitière « objectif » est trop haute, un trop grand nombre de brebis verra ses besoins couverts de façon largement excédentaire. Il est alors intéressant d’évaluer l’efficacité des rations en comparant le niveau réel de production laitière du lot à la production permise par la ration qui a été calculée au préalable.

Analyser les fourrages, mesurer les quantités distribuées et ingérées, contrôler  les performances des animaux sont des actions pouvant permettre d’ajuster plus finement  les rations et de réaliser des économies substantielles.
Analyser les fourrages, mesurer les quantités distribuées et ingérées, contrôler les performances des animaux sont des actions pouvant permettre d’ajuster plus finement les rations et de réaliser des économies substantielles. - Mélanie Markovic

Analyser les fourrages, mesurer les quantités distribuées et ingérées, contrôler les performances des animaux sont donc des actions pouvant permettre d’ajuster plus finement les rations et de réaliser des économies substantielles.

Ajuster plus fréquemment la ration

D’autre part, il faut penser à ajuster régulièrement la quantité de concentré au niveau de production. Les éleveurs ont parfois tendance à conserver trop longtemps leur ration de début de lactation. La quantité de lait produite diminue progressivement au cours de la période de traite et nécessite de réajuster l’apport de concentré. Cet ajustement peut être fait tous les mois en fonction de l’évolution de la quantité de lait produite.

Faire des lots par niveau de production

Faire des lots par niveau de production pour ajuster les rations peut être pertinent. Avant toute chose il faut en évaluer l’intérêt et les conséquences pratiques dans le cas où il n’y a pas la possibilité de constituer ces lots de façon virtuelle (via un DAC en salle de traite par exemple). Si les niveaux de productions sont hétérogènes et que les apports de concentrés sont importants, des économies non négligeables sont possibles.

Un projet récent (Casdar Autelo) a montré que des ajustements dans les lots de production, même modérés, pouvaient conduire à une économie de concentrés. Dans ce cas précis, 3 lots virtuels de production, constitués au Dac en salle de traite, ont permis en 92 jours un gain de 3 l de production et une économie de 8 kg de concentrés par brebis adulte. Attention cependant à ne pas trop pénaliser les moins productrices en diminuant de trop leurs apports.

Acheter des aliments moins chers

Il n’y a malheureusement pas d’aliment bon marché disponible partout et adapté à toutes les situations. Il convient cependant de réévaluer et saisir toutes les opportunités d’achat d’aliment dans chaque région. Cela peut passer par l’achat d’aliment plus simple comme des céréales, des coproduits comme des drèches ou des pulpes, ou des fourrages de qualité qui peuvent dans certaines situations remplacer une partie des concentrés à moindre coût. Chaque modification devra faire l’objet d’un contrôle du nouvel équilibre de ration et d’une réflexion sur les modalités de distributions.

Améliorer l’autonomie en valorisant mieux les fourrages

En fonction de la situation de chacun, il convient d’étudier tous les leviers pouvant améliorer l’autonomie de l’exploitation et d’évaluer leurs incidences économiques, mais aussi sur l’organisation du travail, voir sur le matériel et le savoir-faire à mobiliser.

Améliorer la qualité des fourrages est la principale voie pour améliorer l’autonomie et réaliser des économies en concentrés. À court terme, cela peut passer par optimiser le stade et la technique de récolte. Opter pour un nouveau mode de récolte permettant de valoriser de l’herbe à un meilleur stade peut être étudié (pâturage, affouragement en vert, enrubannage, ensilage, séchage en grange).

À moyen terme, une réflexion peut être conduite sur la nature des prairies : adapter les espèces en fonction du contexte pédoclimatique et du mode de récolte, augmenter la part de légumineuses en pure, en association ou en mélange… Enfin, utiliser plus de fourrages dans la ration en en augmentant la qualité implique un besoin de stock supérieur qu’il faut anticiper : selon la race, le format et le niveau de production, une brebis laitière consomme entre 600 et 850 kg de matière sèche de fourrages par an, incluant les fourrages distribués et le pâturage. Il est également souvent nécessaire de modifier la distribution pour stimuler l’ingestion (augmenter le nombre de repas, accepter plus de refus…).

Améliorer l’autonomie en produisant ses concentrés

Si des céréales sont produites sur l’exploitation, il est pertinent de les consommer pour réduire ou se substituer totalement aux concentrés énergétiques. Il n’y a pas de limite particulière à utiliser des céréales entières dès lors que les règles générales du rationnement sont respectées. Il faut bien sûr adapter les capacités de stockage et éventuellement les modalités de distribution.

Enfin se pose la question de remplacer les concentrés protéiques achetés. Si la voie la plus efficace est de travailler sur la qualité des fourrages, produire des concentrés protéiques est également possible. Il faut toujours s’interroger sur la cohérence globale à l’échelle de l’exploitation en prenant en compte le rendement (en kg de protéines à l’hectare), les rotations, et la valorisation par les animaux. Les protéagineux (pois, féverole, lupin) peuvent être utilisés dans les rations de brebis. Ils sont cependant mieux valorisés après un traitement comme le toastage à condition qu’il soit efficace. En effet, même si la valeur en protéine brute d’un pois cru est bien supérieure à celle d’un blé, sa valeur en protéine digestible dans l’intestin (PDI) est similaire. Le toastage permet potentiellement de doubler la valeur PDI du pois. Les oléagineux peuvent également être utilisés mais uniquement après traitement, essentiellement en tourteaux.

Dans tous les cas, il faudra contrôler les indicateurs de rations en étant vigilant sur l’amidon pour les céréales, le pois et la féverole ou sur les matières grasses pour les tourteaux (surtout si fermier). Lorsqu’un aliment du commerce est remplacé par des matières premières, il faut également être vigilant à maintenir une bonne couverture des besoins en minéraux. L’achat d’un aliment minéral est quasi systématiquement indispensable (qu’il soit inclus dans un autre aliment ou non).

D’après Barbara Fança

Institut de l’Elevage

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