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Que faisiez-vous, aux temps chauds?

« L’herbe est bien plus verte ailleurs ! », bêlait la chèvre de Monsieur Seguin qui s’ennuyait dans son enclos. Et bien non, pas d’accord ! Pour avoir traversé la Wallonie de part en part, j’ai constaté que l’herbe reste bien plus verte chez nous qu’ailleurs. Dans les autres provinces, les prairies roussissent à vue d’œil et les maïs tirent des langues jaunies jusque par terre.

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Nos hauts-plateaux ardennais, de Recogne, Bastogne et Saint-Hubert, auraient-ils reçu davantage de pluie ? Les fonds de vallée n’ont pas – encore ? – soif, et les sources y donnent encore un mince filet ; pourvu que cela dure… Si ce n’était cette sécheresse inquiétante, ces incendies monstrueux un peu partout en Europe du Sud, le temps est délicieux, sec et lumineux, avec un souffle de brise pour alléger la sensation de chaleur. Les travaux à la ferme et dans les champs avancent bien, de quoi s’occuper sans jamais s’ennuyer !

Ceci dit, le soleil ne brille pas de la même façon pour tout le monde… Il est carrément brûlant et tape sur la tête des imprudents et des irréfléchis. Tout près de chez nous, les gestionnaires d’une belle réserve Natagora ont vu leur précieuse zone protégée prendre feu, après avoir voulu en « nettoyer » une partie par fauchage et broyage. A-t-on idée ? La végétation flétrie, mais encore verte, s’est dessiquée par fanage en un vaste tapis d’étoupe, inflammable comme de l’amadou. Un rien suffisait à y bouter le feu : une étincelle, un pot d’échappement chauffé à blanc, un tesson de verre… Voilà comment on s’occupe aux temps chauds !

Dame Nature doit faire sienne la citation célèbre d’un homme de guerre : « Mon Dieu, protégez-moi de mes amis. Quant à mes ennemis, je m’en charge. ». Quinze hectares de broussailles en feu, c’est très spectaculaire ! Cela dégage des milliers de tonnes de CO2 dans l’atmosphère et tue des myriades d’insectes, des cohortes de batraciens, des légions de reptiles rares et de petits mammifères innocents. C’est à pleurer… Fort heureusement, les pompiers ont pu compter sur l’aide d’agriculteurs et d’entrepreneurs agricoles, venus avec leurs tonneaux à lisier pour convoyer sur place des centaines de mètres cubes d’eau, grâce à leurs tracteurs aptes à grimper partout, conduits par des chauffeurs émérites et méritants, ceux-là mêmes que vilipendent et méprisent certains écologistes. On pourrait ré-écrire la fable du lion et du rat : on a souvent besoin d’un plus gentil que soi…

De même, en Gironde, pour éteindre les méga-incendies qui ravagent les pinèdes des landes, les gens de la terre sont venus prêter main-forte aux pompiers débordés. Heureusement ! Les fermiers ont pourtant d’autres innombrables tâches à effectuer aux temps chauds !

Les moissons se terminent déjà, avec des résultats très satisfaisants, des rendements honorables et une qualité optimale. Dieu merci ! Une mauvaise récolte aurait aggravé les problèmes d’approvisionnement en nourriture de la planète… Les céréaliers sourient, tandis que les éleveurs de ruminants rigolent beaucoup moins. Les prairies sont au bout de leur vie, et les herbages montrent à nouveau combien les sécheresses impactent leur croissance. Aux temps chauds, les vaches laitières et les brebis n’ont plus rien à brouter et sont nourries à l’auge comme en hiver, sous des températures supérieures à trente degrés.

Il faut s’adapter, on n’a pas le choix… « Résilience » : ce mot très à la mode, trop souvent galvaudé, résume l’opiniâtreté des agriculteurs à trouver des solutions aux changements climatiques, quand l’anticyclone des Açores fait du surplace pendant plusieurs semaines, coincé entre deux bras du jet-stream Nord, lequel est ralenti par le réchauffement du Pôle. Les saisons sont décalées, et les périodes sèches, ou pluvieuses, s’allongent démesurément.

Cependant, m’a fait remarquer un éleveur de moutons, les animaux rentrent plus tard en bergerie ou à l’étable en automne, et sortent plus tôt au printemps. Jusque voici vingt ans en Ardenne, on les rentrait le 1er  novembre, et ils sortaient à l’herbe début mai. Ces dernières années, ils rentrent le 1er  décembre et sortent le 1er  avril, avec déjà des prairies bien fournies. Vaches et brebis mangent au ratelier et à l’auge pendant quatre mois au lieu de six ! S’il faut les nourrir durant un mois en été, dit-il, on est encore gagnant d’un mois, c’est mathématique. Je ne sais trop s’il a raison à 100 %, mais sa réflexion tient la route et démontre que les zones au climat plus froid, comme la nôtre, souffrent moins que les régions de plaine.

Par ailleurs, après avoir abreuvé et nourri le bétail en prairie, éteint des incendies allumés par des andouilles illuminées, à quoi d’autre les fermiers s’amusent-ils aux temps chauds ? C’est le moment par exemple de scier son bois de chauffage, vraiment très sec – tu m’étonnes ! – cette année. Au prix où sont les combustibles, cela devient rentable financièrement de « recycler » les vieux piquets de clôture, de couper la couronne des saules têtards en bordure des ruisseaux, et de ramasser les branches qui traînent au pied des haies vives. On s’occupe et le temps passe très vite, en attendant la pluie qui finira bien un jour par revenir. Peut-être trop ! Et les gens se plaindront à nouveau d’une météo pourrie.

Ils regretteront à coup sûr les temps chauds de cet été…

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