Colza d’hiver: une excellente récolte 2022 avec des prix exceptionnels!

Colza d’hiver: une excellente récolte 2022 avec des prix exceptionnels!
Cepicop

Avant de faire le point sur les rendements, il est bon de revenir sur le déroulement de la saison écoulée en épinglant quelques faits marquants, mêlant agriculture et géopolitique.

Après plusieurs années de sécheresse, l’implantation du colza d’hiver, en 2021, a connu des conditions difficiles en raison de la météo et du travail d’un sol très humide, car elle a suivi une moisson perturbée par les nombreuses pluies des mois de juillet (inondations) et d’août. Étant donné que les récoltes de céréales et l’enlèvement des pailles ont été terminés tardivement, le colza a été semé tardivement aussi, généralement durant la première décade du mois de septembre.

La levée du colza d’hiver a été rapide grâce à l’humidité du sol. Le retour des limaces a nécessité une surveillance et une lutte pour protéger les jeunes plantules. L’humidité du sol a bien évidemment favorisé leur activité, mettant en danger les colzas les plus tardifs.

Pas moins de 40 à 50 variétés sont semées et testées chaque année  en vue d’orienter les agriculteurs dans leur choix variétal.
Pas moins de 40 à 50 variétés sont semées et testées chaque année en vue d’orienter les agriculteurs dans leur choix variétal. - Cepicop

Côté insectes, les altises ont bien été présentes en septembre et ont attaqué les jeunes colzas en freinant leur croissance. Les vols d’insectes ont été entravés par les températures plus fraîches du début d’automne.

Pour la première fois depuis le moratoire européen de 2013, suivi de l’interdiction d’usage des néonicotinoïdes pour la désinfection des semences, des graines de quelques variétés désinfectées avec un nouvel insecticide (Buteo Start, à base de flupyradifurone ou Lumiposa, à base de cyantraniliprole) ont été commercialisées en Belgique.

Automne frais… et flambée des prix

Durant le mois de septembre chaud, sec et ensoleillé, des différences de développement, entre parcelles et au sein de celles-ci, étaient bien marquées, montrant bien leur hétérogénéité. Le retour de l’humidité et de températures fraîches en octobre a permis à la culture de se développer avec des stades variables.

La présence des insectes a été suivie dans le cadre du réseau d’observations en colza coordonné par le Cepicop, aussi bien à l’automne qu’au printemps, dans une trentaine de champs en Région wallonne, ce qui a permis de diffuser les avertissements hebdomadaires en colza.

Au cours de l’automne 2021, les prix du colza ont commencé à flamber suite à une récolte canadienne de canola catastrophique liée à l’été caractérisé par un dôme de chaleur réduisant la production d’un tiers par rapport aux prévisions. Ces prix incitants sont arrivés trop tard après la période de semis, pour stimuler la production de colza chez nous et dans d’autres pays européens.

Vu les dates de semis tardives et l’automne frais, il n’y a pas eu d’élongation de tige avant l’hiver.

L’hiver 2021-2022 a connu des jours sombres et humides, surtout en février, avec des tempêtes. L’hiver, qui a été plutôt chaud, n’a pas connu de périodes de gel ou de neige, contrairement à l’hiver précédent. Des dégâts de pigeons ramiers ont été observés, impactant le colza qui a eu des difficultés à les compenser à cause de la sécheresse qui s’installait déjà.

Un intérêt grandissant, suite au conflit en Ukraine

Le 24 février dernier marque le début de l’invasion russe en Ukraine avec toutes ses conséquences immédiates, notamment au niveau de l’arrêt des exportations d’huile de tournesol venant d’Ukraine et de Russie, ce qui a entraîné une nouvelle flambée des prix inédite des graines et de l’huile de colza. Des prix records, jamais observés auparavant, ont été atteints fin mars 2022 (jusqu’à 1.000 €/t sur le marché à terme, du jamais vu !).

D’autres conséquences de cette guerre en Ukraine – prix de l’énergie en forte hausse et prix des engrais azotés multipliés par 3 ou 4 par rapport à l’année précédente – se sont fait ressentir sur les trésoreries des fermes. De plus, la disponibilité des engrais était très tendue pour la première fois.

Le colza est une culture dont les graines sont riches à la fois en huile et en protéines. L’intérêt porté à la culture et à ses débouchés est grandissant car ce sont des produits que l’Europe ne produit pas suffisamment. La guerre en Ukraine aura mis en lumière la dépendance du Vieux Continent vis-à-vis des importations, ce qui le rend très vulnérable.

Le colza produit en Europe est principalement du type hiver, donc semé à la fin de l’été, tandis que le tournesol est une culture de printemps. Suite au contexte géopolitique, les surfaces ont fortement augmenté, notamment en France mais aussi en Wallonie.

Le printemps et l’été connaissent une sécheresse très marquée, avec un ensoleillement généreux. De nouveaux records ont été battus avec plusieurs vagues de chaleur et de faibles pluviométries.

Une lutte insecticide de plus en plus compliquée

La capture des premiers insectes ravageurs au printemps, aussi bien les charançons de la tige que les méligèthes, a été précoce, début mars, avec le retour de conditions printanières.

Les vols d’insectes en mars ont été observés lors de l’arrivée du printemps, avant le retour de conditions hivernales.

La floraison a démarré en avril et l’ensoleillement exceptionnel durant la longue floraison du colza d’hiver de ce printemps lui a été très bénéfique, assurant également une excellente activité des abeilles, en contraste avec le printemps précédent qui avait été exceptionnellement froid.

Il faut noter que la lutte contre les insectes ravageurs se complexifie car le nombre d’insecticides autorisés en Europe se réduit drastiquement (aussi en Belgique), alors que la pression des insectes ravageurs s’accentue chez nous, ces dernières années, avec le changement climatique. En début d’année, l’Europe a encore retiré deux matières actives, ce qui va fortement impacter la protection future du colza contre les dégâts dus aux insectes ravageurs bien présents chez nous.

De très bons rendements…

Une bonne fécondation et une bonne formation de nombreuses siliques annonçaient une récolte prometteuse, malgré des conditions déjà sèches.

Les pluies reçues en juin, d’intensité variable selon les lieux, ont également contribué au bon remplissage des graines de colza. La taille de la culture était variable selon les variétés et les champs. Il n’y a pas eu de verse cette année.

Les vagues de chaleur qui se sont succédé ont accéléré la maturité du colza d’hiver. La récolte a été précoce cette année. Elle a démarré tôt dans la deuxième décade de juillet, avec des rendements d’un très bon niveau qui n’avait plus été obtenu depuis quelques années, permettant d’atteindre régulièrement 4 à 5 t/ha, voire 6 t/h par ha pour les meilleurs résultats.

Dans certains cas et pour certaines variétés, il a été nécessaire d’attendre la maturité complète de l’ensemble des siliques car les premières, situées au bas de la tige, étaient encore vertes alors que les siliques supérieures étaient bien mûres. Les orages annoncés n’ont finalement pas eu lieu ; ils ont fait craindre le risque de pertes par égrenage, même si la génétique s’est fortement améliorée sur ce point.

Dans certains cas et pour certaines variétés, il a été nécessaire d’attendre  la maturité complète de l’ensemble des siliques avant la récolte. Celles situées au bas  de la tige étaient encore vertes alors qu’au sommet, elles étaient bien mûres.
Dans certains cas et pour certaines variétés, il a été nécessaire d’attendre la maturité complète de l’ensemble des siliques avant la récolte. Celles situées au bas de la tige étaient encore vertes alors qu’au sommet, elles étaient bien mûres. - Cepicop

Le colza d’hiver a eu accès à l’eau en profondeur grâce à son pivot racinaire ; cette culture a moins souffert de la sécheresse que les cultures de printemps semées au printemps.

… et de très faibles teneurs en humidité

Avec la chaleur et la sécheresse du mois de juillet, les teneurs en humidité à la récolte étaient généralement très faibles, inférieures à la norme de 9 %.

Les premières analyses de teneurs en huile révèlent également des valeurs élevées, ce qui confirme le potentiel de production d’huile de la culture de colza. Cela tombe bien car les besoins en huile restent importants et on attend beaucoup de cette récolte 2022 pour réapprovisionner les rayons des supermarchés, en manque de bouteilles d’huile depuis plus de 5 mois. Le colza a donc toute la place de se développer davantage chez nous.

Les prix du colza connaissent une volatilité importante depuis quelques mois. Le niveau de récolte en Europe, mais aussi au Canada et en Australie, influencera l’évolution des prix de cette campagne, avec des inconnues au niveau de la durée de la guerre en Ukraine et de ses conséquences sur ses capacités d’exportation.

Christine Cartrysse

Cepicop

L’expérimentation en colza d’hiver en Wallonie

La sélection génétique est très dynamique en colza. L’inscription de nombreuses variétés dans différents pays européens illustre le renouvellement rapide des variétés testées. 40 à 50 variétés, dont un tiers sont nouvelles, sont testées chaque année, à Gembloux et dans le Condroz (à Dorinne, cette année). Les variétés les mieux adaptées à notre climat (qui change !) et à nos sols, seront commercialisées. Contrairement aux céréales, il n’y a pas d’inscription au Catalogue belge des variétés. C’est donc une large diversité génétique qui est testée.

À Gembloux, les dégâts de pigeons ramiers et la sécheresse au printemps ont impacté le développement du colza et les résultats obtenus à la récolte. À Dorinne, la culture a tenu ses promesses, avec un très bon développement à l’automne dernier et au printemps, révélant de très bons résultats à la récolte. Celle-ci a eu lieu le 18 juillet à Gembloux et le 19 juillet à Dorinne, soit les deux jours les plus chauds du mois, avec 50ºC au soleil !

Le direct

Le direct