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Reconversion réussie en permaculture à la Micro-ferme du Bout du Monde

La Micro-ferme du Bout du Monde a de quoi étonner lorsqu’on la découvre à Creppe, sur les hauteurs spadoises. C’est une sorte de jardin d’éden, à l’écart dans les bois, rassemblant légumes, fleurs médicinales, aromatiques, comestibles et des arbres fruitiers. Le tout conduit en permaculture. C’est là que Michaël Dossin et sa compagne Anaïse, herboriste, vivent et gèrent leur petite entreprise maraîchère, mais pas seulement…

Temps de lecture : 12 min

C’est sur un coup de foudre que démarre le parcours de Michaël Dossin. Son ex-compagne voulait un chalet à Creppe, son village d’origine. Alors quand ils ont découvert ce chalet et son environnement (1 ha de terrain), ils n’ont pas hésité. Ils acquièrent l’ensemble, sans trop savoir ce qu’ils allaient faire du terrain, un fond de bois (une ancienne sapinière ventant d’être enherbée) dont personne ne voulait. Après son installation en 2009 et l’achat d’un verger de 1,25 ha jouxtant sa parcelle en 2010, il a transformé ce lopin de terre en un havre de paix.

Tout cela a bien sûr pris du temps… Voici son parcours.

Un parcours professionnel bien varié

J’ai toujours été passionné par les plantes déclare Michaël Dossin. Enfant, je m’occupais déjà de petits lopins de terre dans les jardins de mes grands-parents, ce qui m’a conduit à terminer mes humanités en horticulture, à Gembloux. À l’époque, je n’avais aucun intérêt pour les productions alimentaires, seules les plantes ornementales m’intéressaient explique-t-il. Après deux années de travail en parcs et jardins, puis dans un golf (travaux saisonniers), il s’est orienté vers une activité plus sûre dans la téléphonie. Et au fil du temps, il est devenu gérant d’un magasin de téléphonie mobile. Mais ce métier ne me convenait pas, précise-t-il, car je savais qu’il ne pouvait pas y avoir de croissance infinie dans un monde fini.

Après un burn-out en 2009 et plutôt que de râler sans cesse sur le système, il fait une pause carrière avant d’abandonner cette profession. Il commence alors le maraîchage dans son exploitation tout en travaillant encore comme salarié.

De 2009 à 2012, il est employé par l’asbl Profruit à Barchon, dans un verger de la région wallonne. C’est là qu’il fait ses armes en fruiticulture. En 2011, il prend aussi un registre de commerce pour effectuer la taille des fruitiers chez les gens. De 2012 à 2018, il enseigne la pratique du maraîchage en 7e année bio à La Reid. Dans le même temps, il assure aussi la formation en maraîchage biologique de la promotion sociale à Verviers.

En 2015, M. Jacqmart, un voisin qui développe une école de permaculture sur 9 ha lui propose de lancer l’activité avec lui et d’occuper le poste de chef de cultures.

Trois ans plus tard en 2018, fort de ses multiples expériences acquises, il s’installe en tant qu’agriculteur à temps plein. Enfin en 2018 et 2019 il assure aussi l’encadrement et le développement de 4 fermes qui se réorientaient vers des projets professionnels de permaculture.

Le jardin de plantes aromatiques et médicinales a été implanté en 2020.
Le jardin de plantes aromatiques et médicinales a été implanté en 2020.

Les débuts de l’exploitation maraîchère

C’est en 2009, lors de son installation à Creppe, que démarre la production maraîchère. Son but, produire le plus de légumes possible pour assurer l’alimentation de sa famille – il venait d’être papa- et faire du bien à l’environnement. C’est en effet à cette époque qu’il a pris conscience de la perte de biodiversité, notamment au niveau des papillons dont beaucoup d’espèces qu’il avait vues étant enfant avaient disparu. Il s’est dit qu’il fallait agir pour créer des oasis de biodiversité où la générosité de la nature nourrirait les gens nutritionnellement, économiquement et spirituellement.

Le démarrage des activités se fait à petite échelle, sur 250 m2 de terrain et dans une serre. Le reste est occupé par des moutons, un âne et un poney.

En 2009 et 2010, il produit des potirons et des potimarrons. La récolte est fructueuse et il offre 400 kg aux Restos du cœur… qui refusent les produits, parce qu’il n’avait pas de registre de production… C’est alors qu’il prend son registre de commerce.

Découverte de la permaculture

Le maraîchage mis en place depuis 2009 intriguait les gens car Michaël Dossin n’utilisait pas de traitement et produisait à une forte densité. Je me sentais un peu comme un extraterrestre explique-t-il. Mais en 2016, quand j’ai suivi une formation à la ferme du Bec Hellouin en Normandie (ferme de référence en permaculture), je me suis rendu compte que mes pratiques étaient similaires aux leurs. J’avais donc la confirmation que ce que je faisais n’était pas fou. Un formateur en permaculture passé à l’exploitation a aussi confirmé qu’il faisait bien de la permaculture. C’est en intégrant ce courant et en découvrant ce que c’était réellement que Michaël Dossin s’est rendu compte que la permaculture n’est pas qu’une pratique culturale, mais une philosophie, un courant englobant des méthodes de production respectueuses du vivant.

Le poulailler mobile est déplacé régulièrement. Les poules disposent ainsi d’herbe fraîche. Elles amendent le terrain avant les plantations et permettent de gérer les herbes  là où les moutons ne vont pas.
Le poulailler mobile est déplacé régulièrement. Les poules disposent ainsi d’herbe fraîche. Elles amendent le terrain avant les plantations et permettent de gérer les herbes là où les moutons ne vont pas.

Conduite de l’exploitation

– densité de plantation et association d’espèces

Un des principes de la permaculture est la plantation à densité élevée tout en associant différentes espèces. Un exemple : l’association de radis, carottes et ciboules. M Dossin produit 25 lignes de culture sur une planche de 80 cm de large. Pratiquement, il associe 12 lignes de radis (récoltés après 45 jours), à 12 lignes de jeunes carottes, récoltées à 90 jours. La récolte des radis, permet le développement des carottes. Comme le semoir mesure 35 cm, il reste 10 cm au centre entre les 2 semis. On y plante des oignons ciboules qui génèrent un brouillard olfactif et qui limitent les problèmes de mouche de la carotte. Pas mal d’essais ont été réalisés avant de trouver les variétés adéquates (4 variétés de radis et 4 de carottes ont été testées) et il y a eu beaucoup de ratés, mais au final on a trouvé les associations adéquates, déclare Michaël Dossin.

L’exploitant met aussi en place chaque année une milpa, association de maïs, courge et haricot grimpant. Cette méthode culturale d’origine mexicaine (Mayas) est très ancienne et très productive. La rotation des cultures est évidemment de mise et pratiquée sur base des principes des familles compliquées : par exemple, la première année, pommes de terre, la deuxième année, cucurbitacées (courges), la troisième année, brassicacées (choux) et la quatrième année, céréales et plantes pour l’herboristerie.

– gestion de l’eau

Comme l’exploitation n’est pas raccordée à l’eau alimentaire et que le creusement d’un puits est interdit (zone de captage de l’eau de Spa), la gestion de l’eau est rigoureuse et parcimonieuse. M Dossin travaille avec des réserves d’eau de pluie de 25 m3, eau collectée sur tous les toits. En cas de manque, un voisin vient remplir les réservoirs. La gestion de l’eau est complète : pour limiter les apports d’eau, M Dossin est en train d’accroître le taux d’humus dans le sol car 1 gr d’humus permet de retenir entre 40 et 50 g d’eau. Dans son jardin, ce taux varie entre 12 – 14 % (à titre d’exemple, il est de 5 – 7 % en prairie et 2 % max en grandes cultures). À partir de 17 % d’humus dans le sol et avec un bon rapport carbone /azote, on atteint l’autofertilité : la vie du sol nourrit les plantes.

– culture sur butte

Comme on ne retrouve que 10 à 15 cm de bonne terre au-dessus d’une couche d’argile, l’exploitant cultive sur buttes de façon à augmenter la profondeur du sol et en même temps améliorer la capacité hydrique du sol (rétention de l’eau). Les buttes de 15 cm sont créées en déposant de la matière organique sur le sol. En se décomposant, elle produit de l’humus. Les matières organiques proviennent majoritairement de l’exploitation : coupe d’herbe, foin non en graines, tonte de pelouses, adventices, feuilles des arbres (notamment beaucoup d’aulne qui apporte de l’azote), broyats générés par les haies du verger ou récoltés auprès de collègues de parc et jardin (pour qui c’est un déchet) ou encore du BRF (bois raméal fragmenté), c’est-à-dire des copeaux faits à partir de branches de moins de 8 cm de diamètre. Les buttes sont rechargées chaque année.

Le travail des divers organismes du sol, vers de terre, collemboles, champignons, bactéries, peut alors commencer pour décomposer la matière organique en humus.

On travaille aussi avec les mycorhizes (association de champignons avec les racines) dont le développement est favorisé par les matières carbonées et par les plantes pérennes qui servent de camp de base et de relais aux mycorhizes et aux bactéries (arbres, plantes vivaces, semi-ligneuse, tanaisie, souches) poursuit notre interlocuteur. On découvre aujourd’hui l’importance des champignons et des mycorhizes qui jouent un rôle dans l’alimentation des plantes mais servent aussi de canal de transmission des informations entre les plantes.

Le sol est aéré à la grelinette mais jamais retourné et s’il y a suffisamment de vie dans le sol, le travail à la grelinette n’est même plus indispensable, déclare notre hôte.

– couverture du sol permanente

Les planches de culture sont couvertes toute l’année. Après les plantes cultivées, l’exploitant laisse revenir les adventices sur les surfaces cultivées. Celles-ci donnent des informations sur la nature des sols. Ce sont des plantes bio-indicatrices qui germent uniquement quand les conditions leur conviennent. Un exemple : la renoncule rampante (bouton d’or) est indicatrice d’un sol asphyxié. Son système racinaire dense et puissant va « motoculter » le sol là où elle s’installe et recréer des microfissures. La nature restructure ainsi le sol par elle-même. On s’approche ainsi du modèle forestier, sans travail du sol, pour retrouver la fertilité naturelle. La présence de chardons, rumex, chiendent signale que le sol est tassé. L’exploitant élimine ces 3 adventices dans les chemins car elles n’apparaissent plus dans les zones de culture.

L’électricité de l’exploitation est produite à partir de panneaux solaires.
L’électricité de l’exploitation est produite à partir de panneaux solaires.

Gestion naturelle des problèmes

En permaculture on recrée du lien avec la nature et on l’encourage à nous rendre service au jardin poursuit notre hôte. Et de citer l’exemple des piérides qui occasionnent beaucoup de dégâts dans les choux. M Dossin ne travaille pas avec des voiles de protection sur les choux. Il a placé des nichoirs pour les mésanges. C’est simplement du bon sens explique-t-il, car une mésange consomme 300 chenilles par jour. Tous les nichoirs sont occupés par des mésanges charbonnières, bleues… En outre, de la bourrache est installée dans le jardin car elle attire une guêpe parasitant les larves de piérides.

Les mésanges ne sont évidemment pas les seules à visiter l’exploitation. M Dossin recense plus de 30 espèces d’oiseaux. Les chardonnerets par exemple sont revenus après avoir planté des tournesols avec des plus petites graines. La présence de chaque nouvelle espèce dans le jardin prouve que toute la chaîne alimentaire en dessous est plus ou moins correcte. On crée ainsi des chaînes vertueuses précise notre hôte. On gère les équilibres et les différentes nourritures disponibles pour les insectes et autres animaux auxiliaires. Plus la diversité des plantes est importante, plus la diversité des visiteurs augmente. Et chacun participe à l’équilibre naturel.

Un autre exemple : la gestion des campagnols- qui posent beaucoup de problèmes en maraîchage- avec les auxiliaires de la nature : belette, hermine et couleuvre. M Dossin se réjouit du retour des couleuvres dans son potager car elles s’avèrent très efficaces dans la lutte contre les campagnols… mais tout le monde n’est pas prêt à encourager leur présence constate-t-il. Le peu de « like » recueilli pour une petite vidéo postée sur les réseaux sociaux montrant une couleuvre dans le jardin en atteste.

Enfin pour lutter contre les limaces, et comme un canard coureur indien ne peut pas être introduit à cause du chien, des hérissons ont été relâchés il y a 2 ans. Les oiseaux font aussi une part du ‘travail’. M Dossin favorise également les zones de nidification des scarabées (petits et grands carabes) qui agissent comme prédateurs des limaces en mangeant les jeunes et les œufs. Il travaille enfin sur le long terme en augmentant les champignons car des études commencent à démontrer qu’en accroissant la proportion de mycélium saprophyte, on diminuera les dégâts des limaces. Les limaces vont manger les chapeaux des champignons pour avoir les enzymes et vitamines et délaissent les cultures explique-t-il.

Une ruche est aussi installée dans l’exploitation et suivie par un ami de l’exploitant. C’est une des ruches les plus en forme que cet apiculteur gère, surtout depuis l’installation des plantes médicinales en 2020.

Le séchoir des plantes médicinales et aromatiques est installé dans la cabane des plantes. C’est là aussi qu’elles sont stockées et transformées.
Le séchoir des plantes médicinales et aromatiques est installé dans la cabane des plantes. C’est là aussi qu’elles sont stockées et transformées.

Verger et haies de fruitiers alimentaires

Le verger (1,25 ha) rassemble une quarantaine d’arbres haute tiges (à cause du gibier). Une haie composée de fruitiers alimentaires a aussi été plantée dans la zone de culture protégée pour éviter les dégâts de gibier. Diverses variétés sont testées : 3 variétés de pêches (plantation de ciboulette au pied pour éviter les problèmes de cloque), des néfliers, cerisier nain du Canada, nashi, kaki, murier en arbre, poivrier de Sichouan (fonctionne très bien). Deux figuiers ont été plantés mais ils sont morts tous les deux. Pourtant il doit être possible d’en cultiver estime M Dossin car il y en a à Bullange à une altitude encore plus élevée. Un réseau se met en place pour trouver les variétés adaptées à ce terroir. La production de ces arbustes est destinée à la consommation familiale dans un premier temps puis sera commercialisée dans des restaurants. L’exploitant envisage aussi de produire des jus.

Productivité

À surface égale, la productivité de ce jardin géré en permaculture est supérieure à celle d’un jardin classique, explique Michaël Dossin. La densité de plantation et l’association des cultures permettent plusieurs récoltes sur la même surface. L’exploitant travaille aussi beaucoup sur la verticalité pour utiliser plusieurs strates de production. Il produit également 12 mois par ans dans les serres en appliquant une technique de voile de forçage qui permet d’avoir 7-8ºC en plus en dessous du voile par rapport à la température extérieure. Avec des choix variétaux bien adaptés, il arrive à produire 12 cultures sous serre en hiver comme des salades, du cresson, du cerfeuil, de la moutarde asiatique…

Autoconsommation, formation et encadrement

L’exploitation compte 2 serres (7m x 11,25), l’une servant aux productions pour l’autonomie de la famille, l’autre à la production de produits de niche comme les fleurs comestibles, les épinards, fraises… Cette serre abrite aussi la pépinière dont les activités culminent au printemps (voir encadré). À côté des plantations de légumes, les exploitants ont aussi installé un jardin de plantes médicinales et aromatiques vivaces. Une partie de ces plantes est commercialisée dans un bar à cocktails de Spa. Le reste est séché pour boire en tisane ou est transformé en teinture mère ou baumes.

La serre pour la production familiale rassemble des tomates, de l’arroche rouge,  des laitues,... Les soucis semés dans cette serre agissent comme répulsif  contre les punaises et la mouche blanche et attirent les pollinisateurs.
La serre pour la production familiale rassemble des tomates, de l’arroche rouge, des laitues,... Les soucis semés dans cette serre agissent comme répulsif contre les punaises et la mouche blanche et attirent les pollinisateurs.

Actuellement l’exploitant fait 80 % de son chiffre d’affaires grâce à des activités comme les formations, l’encadrement d’exploitants. La vente des produits représente seulement 20 % car M.Dossin est occupé à réaménager son chalet. Dès l’achèvement de ces travaux, la production sera relancée notamment pour fournir les restaurants. Cette année la production de fruits est aussi prometteuse. Grâce à ces diverses activités, l’exploitation s’avère rentable car le producteur a la possibilité de réorienter ses activités entre la production, la formation et l’encadrement. Mais comme il le précise, aucun maraîcher n’est riche avec des méthodes respectueuses de la nature.

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