Une solution « sur mesure » pour chaque planteur

Cher planteur hennuyer anonyme, chers betteraviers, Je voudrais réagir aux propos de l’opinion publiée dans le Sillon Belge du 11 janvier dernier, « Prendre son destin en main ».

L’auteur y met en opposition deux décisions qui sont à prendre par les betteraviers belges : l’avenir d’une partie de la participation des betteraviers fournisseurs de la Raffinerie Tirlemontoise (RT) d’une part et l’investissement des agriculteurs dans le projet d’une nouvelle sucrerie à Seneffe (le projet « CoBT ») d’autre part.

L’analyse de l’auteur anonyme conduit à la conclusion qu’une stratégie visant à renforcer la position des betteraviers belges au sein de Südzucker (SZ), est une aberration. A cet effet, il ne consacre pas moins de deux tiers de son article à critiquer SZ, la RT et la SOPABE-T, faisant de temps à autre allègrement l’amalgame entre les trois.

Ce n’est bien évidemment pas mon rôle de défendre la RT ni SZ, mais la vérité a aussi ses droits, certainement si cela permet d’objectiver le débat. Je ne citerai que deux exemples :

– Ce n‘est pas la RT qui a décidé de vendre à l’époque ; ce sont les actionnaires familiaux privés qui l’ont fait ;

– Et, même après les restructurations et fermetures d’usine, la capacité de transformation de la RT est toujours en ligne avec le volume de betteraves à traiter.

Il me semble que les engagements pris à l’époque, dans le cadre de « l’accord de priorité » entre fabricant et betteraviers, ont été honorés. Je constate qu’ils sont d’ailleurs toujours valables. N’oublions donc pas les acquis historiques de la participation et de la SOPABE-T.

Pourquoi son Conseil d’administration, d’ailleurs composé principalement de planteurs (sauf moi-même), vous propose-t-il alors de maintenir mais de réorienter ladite participation ? Cette réorientation vise à intégrer, progressivement, et avec la possibilité de réévaluer à chaque étape, les structures de coopérative de participation allemande (la « SZVG »). Cela devrait permettre de s’allier à l’actionnaire majoritaire (qui détient, avec l’appui d’un groupe autrichien, déjà 68 % de SZ) et d’avoir ainsi un impact plus grand au niveau du Conseil d’administration de SZ. (Pour de plus amples renseignements, je vous renvoie aux réunions des cercles de membres SOPABE-T qui sont encore programmées et aux articles du Betteravier.)

1. Vos collègues qui composent le Conseil de la SOPABE-T estiment que cette approche constitue la meilleure façon de poursuivre ses objectifs stratégiques : un prix rémunérateur de la betterave et la pérennisation de l’outil de production belge. Vous pouvez poursuivre ces objectifs sans devoir débourser de l’argent, puisque les fonds se trouvent déjà à la SOPABE-T.

2. En procédant en étapes, on s’octroie du temps pour voir comment fonctionne la collaboration. Au cours de la première étape de deux ans, on aura la possibilité de sortir du projet sans préavis. Cela constitue un atout intéressant vu les circonstances économiques, réglementaires, concurrentielles… extrêmement incertaines. Cette première étape « exploratoire » permettra au Conseil de la SOPABE-T et finalement à tous les participants de mesurer les avantages et les inconvénients.

3. En se rapprochant du centre de décision de SZ à Mannheim et de vos collègues des sept autres structures sud-allemandes qui composent la SZVG, on devrait avoir accès à des contacts plus directs et des informations plus riches qu’aujourd’hui. Ils devraient nous permettre de mener à bien nos objectifs syndicaux en faveur des planteurs fournisseurs de la RT.

4. Le fonctionnement de la SOPABE-T ne change pas. Toutes les possibilités de sortir individuellement, aux mêmes conditions qu’aujourd’hui, restent valables. Le levier commun que les planteurs se sont créé, ainsi que sa conversion partielle, ne constituent nullement un frein ou un obstacle pour le planteur qui veut diminuer voire arrêter sa production. Qui plus est, le Conseil a même procédé à certains assouplissements pour répondre au mieux à tous les cas de figure. Il n’y a donc pas lieu de démanteler la participation, qui est un outil syndical-financier communautaire et le fruit du travail d’un quart de siècle.

La proposition de SOPABE-T vise donc aussi à prendre son destin en main, avec nos collègues-betteraviers allemands. Je ne vois pas en quoi une collaboration qui dépasse nos frontières, et qui vise à avoir un impact sur un opérateur industriel multinational et diversifié, ne pourrait pas être porteur. Essayons de mettre « Einigkeit macht stark », l’union fait la force, en pratique…

Finalement, et s’il n’est pas mon rôle non plus de faire une comparaison entre les « deux décisions capitales » dont le planteur anonyme parle, je me demande en quoi les deux projets évoqués seraient mutuellement exclusifs. Dommage que la question reste sans réponse du côté du planteur anonyme… Ma réponse, à visage découvert, est claire et nette : ils ne le sont pas !

Je n’hésite donc pas à affirmer que la proposition sur laquelle l’ensemble de planteurs RT aura à s’exprimer est, de par ses modalités, une solution « sur mesure » pour chaque planteur. Merci de votre attention et bonne réflexion à vous aussi !

Peter Haegeman

Secrétaire général Confédération des Betteraviers belges (CBB)

Administrateur délégué SOPABE-T

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