Des nouvelles pratiques
pour limiter le ruissellement érosif
Ruissellement et érosion constituent un problème majeur en zone agricole et ce, d’autant que le sol constitue le capital principal des fermes. Ces pourquoi le projet Intell’eau entend étudier et tester des pratiques permettant de limiter ces phénomènes en vue, in fine, d’aider les agriculteurs à mettre en place les mesures les plus adaptées à leur situation.
La préservation du capital sol et les coulées de boues ont toujours beaucoup fait parler d’eux, d’autant plus en 2021. Actuellement, les conseils en matière de lutte contre l’érosion et de ses conséquences découlent en grande partie d’avis d’experts (cellule Giser, notamment). Le projet Intell’eau vise, pour sa part, à faciliter la prise de décision, tant pour des pratiques ou aménagements bien établis que d’autres moins étudiés ou répandus. Nous faisons ici le point après une première campagne d’essais portant sur différentes pratiques agronomiques ou barrières inter-parcellaires productives.
Optimiser la mise en œuvre de mesures de conservation
Le projet Intell’eau a pour objectif ultime de développer un outil cartographique d’aide à la décision relatif à la mise en œuvre de mesures de conservation des eaux et des sols tant au niveau des parcelles agricoles qu’au niveau des transitions entre
La première phase du projet (2021-2023) se focalise sur la quantification de l’impact de mesures de réduction du ruissellement érosif. Si certaines techniques ont déjà été largement étudiées, d’autres, plus innovantes, nécessitent des mesures de terrain.
Bande de miscanthus : un aménagement productif et efficace
Les barrières végétalisées entre parcelles freinent les flux, contribuent ainsi au dépôt de sédiments, et favorisent l’infiltration de l’eau dans le sol. Les bandes enherbées sont déjà préconisées et efficaces mais ne sont pas productives alors que leur emprise foncière est conséquente. Les barrages filtrants, ou fascines, de paille, de branchage ou de copeaux ont une emprise foncière limitée mais leur implantation est chère et complexe, pour une durée de vie de quelques années seulement.
Afin de concilier efficacité et valorisation, le projet Intell’eau explore l’utilisation de deux plantes énergétiques : le miscanthus et le taillis à très courte rotation (TTCR) de saule. Ces cultures pérennes (15 à 20 ans), valorisables en biomasse notamment, demandent très peu d’entretien après implantation et présentent des caractéristiques végétales (hauteur et couverture végétale importante, résilience à l’enfouissement…) qui en font des candidats intéressants pour la lutte contre l’érosion.
Afin de définir l’efficacité de ces dispositifs, les essais réalisés consistent à envoyer un flux d’eau maîtrisé à travers les cultures énergétiques en situation réelle en champ. La mesure des hauteurs d’eau permet la définition d’un « coefficient de Manning », représentatif de la capacité de la végétation à freiner les écoulements. Plus ce coefficient est élevé, plus le ruissellement sera freiné et plus la capacité à retenir les sédiments érodés sera importante.
Deux sites ont été étudiés en 2021. Le premier est une bande de miscanthus implantée par le Cipf. Plantée en 2018 à une densité de 20.000 plants/ha, la culture se trouve sur un sol limoneux caillouteux, sur des pentes de 7 à 15 %. Le coefficient de Manning moyen mesuré pour le miscanthus est de 0,6 s.m-1/3. En comparaison, une bande enherbée a un coefficient de Manning situé entre 0,2 et 0,3 s.m-1/3 et une fascine entre 0,1 et 1 s.m-1/3. Une culture de miscanthus mature apparaît ainsi comme plus efficace qu’une bande enherbée pour freiner les flux, tout en apportant une valeur ajoutée financière, en nécessitant un entretien minime et en ayant une durée de vie élevée.
La clé : un mulch dense
T TCR de saules : l’importance d’un couvert herbacé
Strip-till en maïs : encore peu adopté mais à potentiel
Différentes pratiques agricoles ont également été testées en 2021 : le strip-till et sous-semis en maïs, ainsi que le prébuttage en pommes de terre. L’efficacité de ces techniques a été quantifiée sous pluie naturelle par récolte des eaux de ruissellement sur des sous-parcelles agricoles de 15 à 60 m², et détermination des volumes ruisselés, de la quantité de terre érodée ainsi que des quantités d’herbicides emportés par l’eau et les sédiments.
Le strip-till est une technique de travail du sol en système non-labour, qui consiste à travailler uniquement la ligne de semis du maïs afin d’y assurer un lit de semence adapté à une bonne émergence, tout en laissant l’inter-rang non travaillé. Durant la saison 2021, sur un site d’essai situé à Bonlez sur une pente de 18 %, le traitement strip-till (un passage strip-till avant le semis) a été mis en œuvre dans un couvert végétal de moutarde, phacélie et trèfle, qui avait été détruit par le gel durant l’hiver.
Sur l’ensemble de la saison, cette pratique a permis de réduire le ruissellement d’environ 50 %, et les pertes en terres et en herbicide (sulcotrione) de plus de 65 %, par rapport au traitement témoin (deux passages vibroculteur-crosskillette avant le semis) (
Sous-semis en maïs : développement lent du couvert
La technique des sous-semis en maïs consiste à semer une espèce associée dans l’inter-rang, en même temps que le semis du maïs. Cette espèce n’est pas destinée à être récoltée mais vise plutôt à couvrir le sol pendant et surtout après la récolte de la culture principale. Les avantages attendus sont nombreux : protection du sol dans l’inter-rang, favorisation de l’infiltration, meilleure portance des machines à la récolte…
Les espèces à croissance lente choisies sont le trèfle blanc et la fétuque rouge. Elles ont montré un niveau de concurrence faible à modéré avec le maïs, en fonction de la disponibilité en eau de la saison et de la densité de semis. Pour la fétuque rouge, une densité de semis jusqu’à 5 à 7 kg/ha a des impacts limités sur le rendement (0 à 5 % de réduction comparé au témoin). Pour le trèfle blanc, la réduction de rendement attendue est de l’ordre de 0 à 5 % à 2 kg/ha et de 5 à 10 % à 4 kg/ha (sur l’essai 2021, la densité de semis appliquée est de 4,5 kg/ha).
Un essai a été mené à Ottignies sur une parcelle avec une pente moyenne de 16 %. Bien qu’une légère réduction du ruissellement (non significatif) ait été observée durant cette saison d’essai 2021, cette technique n’a pas permis de réduire l’export de terre ou d’herbicide (figure 2). Cependant, sur un essai suivi par le Cipf en 2017, le sous-semis de fétuque rouge avait permis de réduire de 50 % le ruissellement et l’érosion. De plus, l’intérêt de la technique réside également dans le fait qu’elle permet de commencer l’automne et l’hiver avec un couvert bien établi, condition difficile à obtenir avec un semis de couvert en automne étant donné la date tardive de récolte du maïs. De plus, les résidus du couvert, une fois restitués au sol, sont susceptibles d’améliorer sa structure, bénéficiant au taux d’érosion de l’année suivante.
Une légère diminution de rendement (< 1 %, non statistiquement significative) a été mesurée sur le maïs avec sous-semis, signe d’une faible concurrence avec le maïs cette année : 17,0 et 16,4 t matière sèche/ha de rendement pour le maïs avec sous-semis de fétuque et de trèfle respectivement, contre 17,4 t/ha pour le maïs témoin.
Identifier les actions les plus efficaces
Plusieurs mesures de réduction de l’érosion ont déjà largement prouvé leur efficacité et sont d’ores et déjà applicables sur les parcelles agricoles. D’autres plus innovantes, comme celles présentées ici, sont encore à l’étude. Les essais 2022 et 2023 devraient permettre de poursuivre la quantification de leur efficacité dans différentes conditions (année climatique, type de sol, précédent cultural…). L’outil d’aide à la décision qui sera développé au terme du projet Intell’eau devrait permettre de mieux quantifier l’impact de différentes mesures prises isolément ou en combinaison, et ainsi d’identifier les actions les plus efficaces à entreprendre, dans un contexte personnalisé.
Plus d’infos sur le projet Intell’eau via https ://intelleau.wixsite.com/projet.
ULiège Gembloux Agro-Bio Tech
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Cipf











