en Belgique
Pour mener à bien la culture et, surtout, en obtenir la plus grande satisfaction, choisir les bonnes variétés est essentiel. « Une fois le maïs semé, seule la météo joue et, dans une moindre mesure, le désherbage. Alors qu’en froment, par exemple, les interventions sont multiples : application d’un raccourcisseur, protection fongicide, apport de fumure… Ces opérations culturales influencent la culture », détaille Marc Ballekens, manager de Seed@bel, l’Association professionnelle belge des obtenteurs, mainteneurs et mandataires de variétés et des négociants-préparateurs de semences.
Environ 240.000 ha…
Les chiffres confirment cette large occupation du paysage agricole belge. Ainsi, la surface dédiée au maïs est restée relativement stable entre 2010 et 2025, passant de 256.000 ha à 240.000 ha. Ces chiffres masquent néanmoins une certaine variation d’une année sur l’autre, avec une baisse entre 2013 et 2017, jusqu’à atteindre un creux à 220.000 ha environ. Le maïs ensilage demeure loin devant son homologue « grain », occupant entre 75 et 80 % des terres emblavées.
« Les surfaces devraient se maintenir. À moins que demain, l’élevage s’écroule en Belgique, suite à une décision politique aboutissant, par exemple, à une réduction de 40 % du cheptel bovin », commente M. Ballekens, tout en se voulant optimiste. Aux Pays-Bas, où l’élevage est largement sous pression, la diminution de la taille des cheptels se fait déjà ressentir sur les emblavements de maïs.
… occupés par un généreux assortiment variétal
Outre cette large emprise territoriale, le maïs se distingue par le nombre particulièrement élevé de variétés disponibles sur le marché belge. Celles-ci seraient plus de 300, formant un véritable labyrinthe pour les agriculteurs. Cela s’explique pour diverses raisons.
Premièrement, notre pays se compose d’une large variété de types de sol sur un territoire relativement petit. Alors qu’en France, des zones équivalentes à la surface de la Belgique ne reposent que sur un seul et même type de sol… Le maïs est également cultivé sur une large plage d’altitudes, de la côte à l’Ardenne.
Ensuite, les deux marchés que sont l’ensilage et le grain sont très développés, contrairement à ce que l’on observe dans d’autres pays. À titre de comparaison, le maïs ensilage (95 % des surfaces cultivées) domine largement le marché néerlandais, ne laissant qu’une minuscule place au maïs grain. « La Belgique compte de nombreux éleveurs de porcs et volailles ainsi qu’une forte industrie de la production d’aliments pour animaux. Cela explique l’importance qu’occupe le maïs grain sur notre marché », éclaire le manager de Seed@bel.
Enfin, la position qu’occupe notre pays, parfois à l’étroit entre la France (2,7 millions d’hectares de maïs) et l’Allemagne (2,5 millions d’hectares), explique encore l’existence de ce large portefeuille variétal. « Les plus grands sélectionneurs sont installés dans ces pays, qui sont également les deux plus gros producteurs (en termes de surface) de maïs de l’Union européenne. Les cultivateurs belges profitent donc de leur travail, grâce à cet atout géographique. »
Le réseau « sud du sillon Sambre-et-Meuse » tire sa révérence
Afin de permettre aux agriculteurs de s’y retrouver dans ce méli-mélo variétal, des essais sont mis en place en Belgique, conduits par Varmabel et coordonnés par le Centre indépendant de promotion fourragère (Cipf). Les résultats obtenus pour chaque variété (rendement, teneur en matière sèche, digestibilité, teneur en humidité du grain…) permettent d’orienter le choix variétal, de même que les critères sanitaires (sensibilité à la verse, à la fusariose, au charbon…). Cependant, là aussi, il faut pouvoir s’y retrouver.
Le réseau probatoire intègre les variétés qui arrivent sur le marché belge pour y être mises à l’épreuve. Les semenciers proposent leurs variétés, tandis que Varmabel les classe selon leur groupe de précocité. Certaines apparaissent sous leur nom commercial, tandis que d’autres sont présentées sous code, car non encore inscrites au catalogue d’un pays européen.
Le réseau de base regroupe, quant à lui, des variétés déjà semées par les agriculteurs, selon ce que les semenciers soumettent aux essais. Chaque variété est systématiquement comparée à un groupe de témoins.
Actuellement, sept réseaux cohabitent en Belgique. En maïs ensilage, on retrouve les réseaux de base très précoce à précoce et demi-précoce à tardif et les réseaux probatoires très précoce à précoce et demi-précoce à tardif. En maïs grain, cohabitent le réseau de base et le réseau probatoire. À ces six structures, s’ajoute un réseau spécifique dédié au sud du sillon Sambre-et-Meuse (variétés très précoces à demi-précoces). « Ici aussi, l’agriculteur peut avoir le sentiment de se retrouver face à un labyrinthe », commente Marc Ballekens.
Dans ce contexte, Seed@bel ne soutiendra plus, dès le printemps 2026, la mise en place d’un réseau au sud du sillon Sambre-et-Meuse. L’association justifie cet abandon par divers facteurs.
D’une part, ce territoire couvre 40 % de la surface de la Belgique mais ne représente que 7 % des emblavements de maïs. En conséquence directe, les différents essais peuvent être fortement éloignés les uns des autres, rendant l’expérimentation très coûteuse, « quoique cela n’ait pas été un critère décisif », avance-t-il.
D’autre part, le sud du sillon Sambre-et-Meuse est constitué de différentes régions (Condroz, Fagne, Famenne, Hautes Fagnes, Ardenne et Gaume) avec de fortes variations de microclimat. Enfin, il est difficile d’y éviter les dégâts de sangliers, bien que ce problème puisse, sous peu, revêtir une dimension nationale.
Et M. Ballekens de rassurer les agriculteurs des régions concernées : « La majorité des meilleures variétés très précoces et précoces du réseau de base étudiées en basse et moyenne Belgique montrent quasi toujours un bon rendement au sud du sillon Sambre-et-Meuse. »
Sécuriser les expérimentations
Dès le printemps prochain, six réseaux seront donc mis sur pied. Chaque lieu choisi pour mener les essais accueillera aussi bien le réseau de base que le réseau probatoire alors que dans le passé, celui-ci n’était mis en place que sur un nombre limité de sites. En pratique, huit lieux accueilleront les expérimentations dédiées au maïs ensilage très précoce à précoce dans le cadre des deux réseaux. Autant de lieux hébergeront les essais relatifs au même maïs ensilage, variétés demi-précoces à tardives, toujours dans les deux réseaux. Enfin, sept lieux seront consacrés au maïs grain (réseaux de base et probatoire).
« Semer les réseaux probatoire et de base sur les mêmes lieux permet d’obtenir un plus grand nombre de résultats. Dès la seconde année d’essai, il sera possible de présenter des résultats pluriannuels aux agriculteurs. Pour ce faire, des témoins identiques seront utilisés dans les deux réseaux, afin d’avoir la même base de comparaison », explique Marc Ballekens.
Le nombre de lieux choisi peut paraître élevé. Toutefois, il doit permettre de mener à bien et, surtout, de sécuriser les expérimentations, tenant compte du risque de sécheresse (quatre épisodes mettant à mal les essais entre 2015 et 2025, soit autant qu’entre 1975 et 2015) et des potentiels dégâts d’oiseaux et de sangliers.
Un protocole mis à jour
Cette organisation est assortie d’un nouveau protocole pour la mise en place des essais variétaux, en vigueur pour les années 2026, 2027 et 2028. Les partenaires n’ont toutefois pas réinventé la roue. « Nous avons repris le protocole déjà utilisé comme base de travail et lui avons apporté les améliorations nécessaires. Ce travail s’est fait en collégialité, avec l’accord de tous les membres de la section « maïs » de Seed@bel et de tous les expérimentateurs. C’est un fait unique en Europe ! », déroule M. Ballekens.
Ledit protocole s’articule autour de treize points, sous la coordination du Cipf : choix de la parcelle ; mise en place de l’essai et techniques culturales ; travail du sol ; densité de plantes, date de semis et qualité des semences ; désherbage ; fumure ; observations durant la saison culturale ; observations lors de la récolte ; date de récolte ; échantillonnage et détermination de la valeur alimentaire ; résultats et traitement des données ; publication des résultats ; et, enfin, contrôle de Seed@bel durant la période de croissance de la culture.
« Ce dernier point est essentiel. Le contrôle s’effectue vers le stade 8-10 feuilles du maïs, en présence de l’expérimentateur responsable de l’expérimentation. À l’issue de la visite, celle-ci est acceptée ou refusée (en cas de verse, d’hétérogénéité de la parcelle…). Il peut aussi être décidé d’effectuer une contre-visite, avant le 1er septembre, conduisant à nouveau à une acceptation ou un refus. Un semencier ne peut, ainsi, pas montrer son désaccord vis-à-vis d’un essai alors qu’il a eu la possibilité de le visiter », détaille-t-il.
Rappelons encore que le protocole vise à être au plus proche de la pratique du terrain. Et ce, d’autant que les agriculteurs donnent leur confiance aux expérimentateurs.
La convention entre Seed@bel et les expérimentateurs, mettant en œuvre le protocole présenté ci-avant, a été signée le 17 décembre. Pour la première fois, un accord triennal, plutôt qu’annuel, lie les partenaires. « Cela témoigne de la confiance qui règne entre les différentes parties impliquées », a conclu Marc Ballekens.











