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Réduction de la dérive à 75% : les buses anti-dérive sont-elles efficaces?

Lors de la pulvérisation, réduire les risques de dérive passe par plusieurs pratiques : les buses et la technique de pulvérisation. Dès ce mois de janvier, cette réduction s’élève à 75 %. Il est donc essentiel de bien choisir ses buses et de suivre les recommandations, en fonction du matériel, de la culture et du produit pour en garantir une meilleure efficacité.

Temps de lecture : 5 min

Dès ce mois de janvier, tout traitement phytopharmaceutique doit être réalisé avec un matériel permettant de réduire la dérive d’au moins 75 %. Cette obligation soulève des questions concrètes sur l’efficacité des traitements réalisés avec des buses anti-dérive, en particulier pour les désherbages exigeants. Protect’eau a synthétisé plusieurs résultats d’essais menés en betterave, pomme de terre, céréales et maïs afin d’apporter des repères techniques concrets aux utilisateurs.

Comment atteindre 75 % de réduction de la dérive ?

Deux leviers sont reconnus réglementairement pour réduire la dérive : le choix des buses anti-dérive et la technique de pulvérisation.

Un pulvérisateur classique doit être équipé de buses reconnues à 75 % ou 90 %.

Toutefois, lorsqu’une technique de pulvérisation anti-dérive reconnue est utilisée (rampe abaissée, sous capot…), il est possible de combiner cette technique avec des buses reconnues à 0 % ou 50 %, l’effet étant cumulatif.

En pratique, cela permet une certaine flexibilité, à condition de bien choisir son matériel et de respecter les plages d’utilisation des buses.

À noter : la Flandre envisage un passage généralisé aux buses 90 %, un élément à garder à l’esprit lors du renouvellement du matériel.

Bien choisir son modèle de buse anti-dérive

Toutes les buses anti-dérive ne reposent pas sur la même technologie. Le type de buse, son calibre et la pression de travail déterminent la taille des gouttes produites et influencent directement à la fois la dérive et l’efficacité du traitement.

On distingue principalement :

– buses à fente classique (0 %) : utilisables uniquement avec une technique de pulvérisation reconnue 75 % ; gouttes fines à moyennes.

– buses à pastille de calibrage : reconnues à 50 % uniquement ; polyvalentes mais à combiner avec une technique anti-dérive pour atteindre 75 % ; gouttes moyennes à grosses.

– buses à aspiration d’air classiques : très performantes contre la dérive (75 à 90 % selon le calibre), mais produisant des gouttes grosses à très grosses ; elles nécessitent souvent des pressions plus élevées.

– buses à aspiration d’air basse pression : compromis intéressant entre réduction de la dérive et taille des gouttes (75 à 90 % selon le calibre) ; gouttes moyennes à très grosses.

– buses à miroir ou marteau : reconnaissance jusqu’à 75 %, voire 90 % pour certains modèles à aspiration d’air, avec des gouttes généralement grosses.

Le choix ne peut donc pas se faire uniquement sur le pourcentage de réduction de dérive affiché, mais doit tenir compte du type de produit appliqué et des conditions de traitement.

Trouver le bon compromis entre dérive et efficacité

Réduire la dérive implique généralement d’augmenter la taille des gouttes. Or, plus les gouttes sont grosses, plus le recouvrement de la cible diminue, ce qui peut affecter l’efficacité du traitement.

Les exigences diffèrent selon les produits :

produits de contact : très dépendants d’une pulvérisation moyenne à fine et couvrante.

produits systémiques foliaires : plus tolérants à des gouttes plus grosses.

produits racinaires : peu sensibles à la qualité de pulvérisation, mais très dépendants de l’humidité du sol.

Un réglage adapté (type de buse, calibre, pression et volume/ha) permet de conserver une efficacité satisfaisante dans la majorité des situations.

Résultats d’essais selon les cultures

– Betterave  : efficacité dépendante des conditions

Des essais de l’Irbab montrent qu’en conditions favorables, les différences d’efficacité entre buses anti-dérive et buses classiques sont limitées.

Pour certaines buses à aspiration d’air, il est toutefois indispensable de respecter une pression plus élevée (jusqu’à 5 bars), ce qui augmente le volume appliqué (environ 250 l/ha) et améliore la couverture.

En revanche, en conditions froides et sèches, l’efficacité des herbicides racinaires diminue fortement. Les produits de contact deviennent alors déterminants, et dans ces situations, certaines buses à aspiration d’air montrent une efficacité insuffisante, même à pression élevée.

– Pomme de terre  : importance de la pression et du volume/ha

La Fiwap s’est appuyée sur des essais flamands (Inagro) montrant que, avec des buses à 75 % de réduction de dérive, le respect strict de la plage de pression est essentiel pour garantir l’efficacité. Une augmentation du volume d’eau améliore l’uniformité de la pulvérisation, tandis que les volumes trop faibles entraînent une forte variabilité des résultats.

– Maïs  : peu d’impact du type de buse

Les essais du Cipf montrent que, pour le désherbage du maïs, le type de buse influence peu l’efficacité, avec des résultats compris entre 96 et 100 %. Les produits utilisés étant majoritairement systémiques, la taille des gouttes est moins critique.

Les facteurs clés restent une humidité relative suffisante et des adventices traitées à un stade jeune.

– Céréales  : attention au volume/ha pour les produits de contact

Un essai du Cra-w en froment a comparé une buse à aspiration d’air et une buse à fente classique :

– pour un produit systémique, l’efficacité est équivalente à 100 ou 200 l/ha ;

– pour un produit de contact, un volume de 200 l/ha permet de maintenir une efficacité comparable, avec un léger avantage à la buse à fente, sans différence statistiquement significative.

Réduction du volume, des limites claires

D’une manière générale, la diminution du volume/ha réduit le recouvrement de la cible, effet encore accentué avec les grosses gouttes des buses à aspiration d’air.

Les essais du Cra-w montrent que :

– pour les produits de contact, l’efficacité chute en dessous de 150 l/ha avec des buses à aspiration d’air.

– aucun modèle de petit calibre ne permet d’atteindre 75 % de réduction de dérive tout en conservant une bonne efficacité à très bas volume.

Quelques recommandations

Pour concilier efficacité et réduction de la dérive, il est important d’adapter le type de buse, le calibre et la pression au produit appliqué. Pour les produits de contact, traiter en conditions d’humidité élevée, augmenter le volume d’eau et privilégier les plus petits calibres disponibles à 75 % sont des solutions efficaces.

D’autres pistes :

– réserver les buses à aspiration d’air (90 %) aux produits systémiques et racinaires.

– éviter les volumes inférieurs à 150 l/ha avec des buses à aspiration d’air pour les produits de contact.

– vérifier que le pulvérisateur permet d’atteindre la pression recommandée par le fabricant de buses.

– en cas de conservation de buses 0 % ou 50 %, recourir à une technique de pulvérisation anti-dérive reconnue.

Protect’eau

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