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L’éternel outsider

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Comme (trop) souvent, l’agriculture est sous-estimée dans les débats qui comptent sur les scènes mondiale et européenne. Voire carrément zappée. Pourtant largement d’actualité, entre les conséquences du conflit russo-ukrainien et la sécheresse qui a frappé cet été une grande partie de l’Europe, le secteur agricole n’avait pas du tout été mentionné par la présidente de la commission Ursula von der Leyen dans son discours annuel sur l’état de l’Union prononcé le 14 septembre dernier devant le parlement européen.

Les grandes conférences sur le réchauffement climatique n’ont jusqu’ici pas vraiment fait exception à la règle. Et il a fallu beaucoup de temps pour associer l’agriculture aux discussions internationales liées au climat. Cité dans les textes adoptés lors du Sommet de la Terre de Rio de Janeiro en 1992, le secteur n’a vraiment été intégré aux négociations qu’au début des années 2010.

À croire que personne n’a retenu les propos visionnaires de l’ancien commissaire à l’Agriculture et président de la commission Sicco Mansholt (voir en pages intérieures), qui envisageait, dès… 1971 une réforme radicale des moyens de transport, et suggérait un changement profond des modes de vie. L’homme d’État néerlandais anticipait même l’émergence d’une importante crise qui devait commencer vers 1985-1990 et culminer vers l’an 2020 si nous devions laisser les choses aller.

Et nous y sommes. Qui plus est face à un enjeu de taille puisque le secteur agricole est le plus gros contributeur aux émissions de gaz à effet de serre lorsque l’on prend en compte les systèmes alimentaires (production et transformation des aliments). Au total, l’agriculture et les systèmes alimentaires représentent 37 % des émissions mondiales de gaz à effet de serre, dont 22 % à 23 % pour l’agriculture seule avec la forêt et le changement d’usage des sols.

Malgré cela, l’agriculture reçoit un peu moins de 3 % de l’ensemble des financements pour le climat. Cherchez l’erreur…

La COP27 de Charm el-Cheikh laisse toutefois entrevoir un léger espoir, la liste des événements liés à l’agriculture y ayant été est plus longue que pour les autres grands-messes climatiques avec plusieurs réunions, une journée organisée par la présidence et divers événements dédiés aux thématiques agroalimentaires.

Elle a surtout été le théâtre d’un rendez-vous visant à conclure le « Dialogue de Koronivia » initié en 2017 lors de la COP23 à Bonn, qui a pour mission de réfléchir aux enjeux agricoles et au changement climatique de l’agriculture autour de six thématiques : l’eau, l’évaluation de l’adaptation, l’élevage, la gestion des nutriments, le carbone des sols et la sécurité alimentaire. S’il a été décidé de poursuivre les réflexions pour quatre ans supplémentaires, le processus n’a engrangé aucun financement significatif. Pire, le nouveau groupe de travail dit de « Charm el-Cheikh » a même failli ne pas voir le jour.

Pour un secteur à la fois victime et porteur de solutions face aux changements climatiques, ces quelques avancées restent donc dérisoires…

Marie-France Vienne

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