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La foule aux yeux d’or

Alors, combien de visiteurs cette année à Libramont ? Cent nonante, deux cents, deux cent vingt mille ? Quel chiffre sera-t-il avancé fièrement, claironné haut et fort lorsque les derniers lampions de la grande fête estivale de l’agriculture se seront éteints ? Un nouveau record sera établi, nul doute à ce sujet, car l’événement, entre foins et moissons, rencontre un succès grandissant et ne cesse d’enfler démesurément.

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Alors, combien de visiteurs cette année à Libramont ? Cent nonante, deux cents, deux cent vingt mille ? Quel chiffre sera-t-il avancé fièrement, claironné haut et fort lorsque les derniers lampions de la grande fête estivale de l’agriculture se seront éteints ? Un nouveau record sera établi, nul doute à ce sujet, car l’événement, entre foins et moissons, rencontre un succès grandissant et ne cesse d’enfler démesurément.

« Libramont » et « foire » sont devenus deux mots indissociablement liés, comme Bastogne et guerre 40-45, Bouillon et château fort, Neufchâteau et tribunal. Pour les habitants du Centre Ardenne, Libramont, c’est aussi un hôpital où naissent la plupart de nos enfants, où décèdent quelquefois nos parents ; un pôle médical où on souffre, on exulte, on espère, on ronge son frein dans une salle d’attente.

Libramont, c’est aussi une gare, un nœud ferroviaire, une porte ouverte vers de lointaines destinations : Bruxelles, Blankenberg et le nord du pays ; Arlon, Luxembourg, Bâle en Suisse. Libramont, c’est aussi un nœud routier et autoroutier, une cité traversée par des centaines de milliers de voyageurs et des milliers de tonnes de marchandises. Libramont, encore et surtout, c’est une vaste commune rurale, émaillée de jolis villages dispersés dans une campagne doucement vallonnée, où s’étalent de belles prairies et quelques luxuriantes forêts.

Oui, Libramont, c’est davantage qu’un chiffre, un record, une réussite commerciale, une poule aux œufs d’or, une foule aux yeux d’or venue se baigner dans la vision idyllique d’une agriculture hyper-mécanisée et hyper-branchée aux attentes sociétales. Une vision édulcorée, très différente de la réalité terre à terre…

Et parmi ces deux cents mille visiteurs, combien serons-nous ? Quelle sera la proportion d’agriculteurs ? Dix, quinze, vingt pourcents ? En invités « privilégiés », nous viendrons déambuler parmi tous ces exposants, tous ces stands, tous ces gens qui nous aiment trop, nous flattent et nous cajolent, nous conseillent et nous contrôlent, nous vendent et nous achètent, nous expliquent comment gagner plus de sous, et surtout comment les dépenser avant de les avoir en poche.

Toutes les foires se ressemblent : à la grand-messe de Libramont comme ailleurs, on adore le veau d’or. Rétines et pupilles, la foule aux yeux d’or aura les yeux qui brillent !

Bonne fête à tous, et belles retrouvailles entre amis !!

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