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Présidences mosaïques

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L’UE est présidée depuis quelques jours par la Suède. Mais qui s’en émeut réellement, quel est, actuellement, le sens d’une présidence qui change de mains tous les six mois ? Dans ce cadre, l’antienne « c’était mieux avant » retrouve toute sa couleur, toute sa saveur.

Avant, c’était à la fin des années 50’, en 1958 plus précisément, soit l’année qui a suivi la signature du traité de Rome quand la rotation avait été mise en place selon l’ordre alphabétique. La première présidence est donc échue à la Belgique (l’Allemagne figurant sous son nom allemand de « Deutschland »). À l’époque, la communauté ne réunissait que six pays (Belgique, Allemagne, France, Italie, Luxembourg, Pays-Bas), chaque État membre se retrouvait donc aux commandes tous les trois ans. Avec les élargissements successifs, les passages à la tête du conseil se sont considérablement espacés.

Depuis 2009, dans un souci de continuité, le pays qui assure la présidence doit se coordonner étroitement avec les deux États qui le suivront aux commandes. La Suède complète le cycle de présidences commencé par la France. L’Espagne, la Belgique et la Hongrie en débuteront en juillet un nouveau.

Mais comment suivre avec sérieux des sujets législatifs aussi conséquents que celui de la politique agricole commune, qui se construit sur le temps long, si les interlocuteurs du conseil changent et arrivent en trilogue sans connaître réellement l’historique des débats. Plus largement, présider l’UE, c’est récupérer des dossiers en cours, négociés depuis des mois, voire des années.

La présidence voit par ailleurs arriver à sa tête des États membres eurosceptiques, comme la République tchèque dont un sondage réalisé à quelques jours de sa prise de fonction montrait que seuls 36 % de ses citoyens étaient satisfaits de l’UE.

Autre « bizarrerie », l’actuelle présidence suédoise qui suscite une foultitude d’interrogations alors que les conservateurs se sont alliés aux Démocrates de Suède, le (mal nommé) parti d’extrême droite ouvertement anti-migrants. Même s’il ne participe pas à l’élaboration de la politique européenne, celui-ci aura tout de même une influence sur les thèmes de la présidence suédoise de l’UE qui reprend le dossier crucial des relocalisations de migrants entre les États membres.

Au second semestre, l’Espagne reviendra aux commandes avec, contrairement à la Suède, des priorités en matière agricole puisqu’elle a déjà annoncé sa volonté de finaliser des dossiers législatifs de grande importance tels que la réforme du système des indications géographiques, l’utilisation durable des produits phytosanitaires, l’étiquetage des produits alimentaires, les nouvelles techniques d’édition génomiques.

On ne peut que se réjouir du retour de l’un des sept États membres représentant plus des trois quarts de la production agricole totale de l’UE. En attendant celui de la Belgique. Mais on regrettera un manque de continuité au niveau de la défense d’une politique européenne forte en matière d’agriculture.

Marie-France Vienne

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