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L’écologie, c’est tout bon… L’écolorabisme, c’est trop bête!

Voilà des décennies que les modifications génétiques font débat, non pas en médecine où elles sont bien nécessaires, mais essentiellement en agriculture.

Temps de lecture : 4 min

Il est vrai qu’au départ, la première avancée dans ce dossier s’est révélée catastrophique. Si l’idée avait été le transfert de gènes de résistance au mildiou d’une variété de pommes de terre à d’autres, évitant ainsi des pulvérisations à répétition, tout le monde aurait applaudi.

Il a fallu que Monsanto s’empare de la technique pour tenter d’imposer le glyphosate au monde entier avec un seul objectif : pognon d’abord. Ajoutons que d’autres expériences pouvaient poser question. Ainsi, le transfert du gène luminescent du ver luisant au tabac, c’était marrant mais peut-être effrayant.

Du coup, ce dossier a focalisé sur lui l’hostilité des écologistes du monde entier. Les cultures génétiquement modifiées se sont retrouvées diabolisées chez nous, quoique cela n’a guère gêné leur importation. Ce serait donc dangereux d’en cultiver, pas d’en manger.

Au nom du principe de précaution, il fut décidé d’un moratoire afin d’y voir plus clair. Comme souvent avec les innovations, les Américains font du pognon, les chinois copient et les Européens réglementent.

Trente ans plus tard, la science a évolué. La technique de cisgenèse (ciseau moléculaire) permet de modifier avec précision les gènes de résistance au parasitisme, sans transfert entre espèces différentes. En clair, faire au niveau microscopique les croisements qu’on faisait de manière plus aléatoire avec une pince à épiler.

Pour ceux qui veulent pratiquer une agriculture qui soit la plus naturelle possible et réduire, voire éviter le pulvérisateur, c’est le Graal !

La Commission Européenne l’a bien compris. C’est la voie la plus efficace pour le Green Deal. Le hic, ce n’est pas l’écologie, cette science qui étudie les interactions entre les êtres vivants dans leur environnement et que pratiquent plus ou moins consciemment tous les agriculteurs, à plus forte raison s’ils sont en culture biologique.

L’obstacle à dépasser, c’est le lobby des « écolorabiques », enfermés dans un dogmatisme passéiste, dont l’objectif n’est plus le mieux-être pour tous au niveau de la nature, mais de ronger jusqu’à l’os ce qui leur a permis d’exister.

Ils ont donc déposé aux autorités européennes une pétition fédérée par une cinquantaine d’ONG issues de 17 pays avec 420.000 signatures.

Nul doute que la plupart des signataires ont voulu marquer leur adhésion au respect de la nature, sans connaissance précise de l’évolution positive qu’apporte la cisgenèse par rapport à la sélection généalogique d’une part, la transgenèse d’autre part.

Cela fait penser à l’étude en sociologie que voici : des étudiants proposent au public de signer une pétition demandant l’interdiction d’une molécule chimique, le « dihydroxyde monoxyde », au motif qu’on en trouve déjà dans le corps des bébés ainsi que dans le sang des cancéreux. Ce n’est pas faux puisque cette molécule ainsi prononcée (2 atomes d’hydrogène + 1 atome d’oxygène, soit H2O) n’est autre que l’eau que tout le monde connaît. La plupart des gens ont signé pour l’interdiction de l’eau.

Comme souvent quand le radicalisme va trop loin, c’est au détriment de la cause qu’il entend défendre. En ce faisant, les « écolorabiques » roulent inconsciemment pour les sociétés mastodontes, seules capables d’investir d’énormes budgets pour sortir ensuite quelques produits qui s’amortissent sur le monde entier. Bonsoir le terroir, le local, la proximité.

Comme le végétal ainsi produit respecte les codes génétiques que la nature a mis en place, il sera quasi impossible de le différencier. Dès lors, les « écolorabiques » se battent pour ajouter des règlements aux règlements, du champ à l’étiquette, avec l’embauche de nouvelles couches de fonctionnaires pour tenter de les appliquer.

Alors que le souci de respecter l’environnement est aujourd’hui partagé par tous et que l’avenir de la démocratie se joue mortellement à l’est de l’Europe, c’est un peu bête de dépenser tant d’énergie dans des postures « poils à gratter » si la motivation serait d’abord de ne pas se faire oublier.

JMP

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