Cultivons le climat, la thématique sera déclinée sur le champ de foire et en forêt

Sur la base de la densité moyenne de bétail en Wallonie, on estime qu’un ha de prairie permanente stocke environ 70 fois la production annuelle de gaz à effet de serre des bovins qui la pâturent.
Sur la base de la densité moyenne de bétail en Wallonie, on estime qu’un ha de prairie permanente stocke environ 70 fois la production annuelle de gaz à effet de serre des bovins qui la pâturent. - M. de N.

Il y a quelques semaines, Libramont&Co organisait le Sommet des producteurs autour de spécialistes en vue de préparer le thème de la Foire et de Demo Forest 2017 : « Cultivons le climat ».

Les agriculteurs et les sylviculteurs sont en effet concernés au premier chef par les changements climatiques. Et ce, à deux titres : ils en subissent les effets, tandis que leur activité y participe d’une certaine manière, mais permet aussi de les atténuer.

Impact climatique sur l’agriculture et la sylviculture

À politique d’émission de gaz à effet de serre inchangée, la température moyenne dans nos contrées augmentera de 3,6 º C. L’objectif de l’accord de Paris est de maintenir cette hausse en dessous de 2º C.

Dans nos régions, ce réchauffement s’accompagnera d’hivers moins froids et plus pluvieux et d’étés plus chauds et plus secs. L’adaptation des variétés et méthodes culturales aux changements climatiques est un défi particulièrement vital pour les forestiers qui plantent aujourd’hui des arbres qui devront s’adapter au climat de la fin de ce siècle, voire du début du suivant.

Les agriculteurs sont ponctuellement victimes de « sautes d’humeur » climatiques sous la forme de précipitations très abondantes et autres orages très violents susceptibles d’entraîner localement des coulées de boue d’une ampleur parfois impressionnante. Dans un pays aussi urbanisé que le nôtre, les conséquences de ces coulées de boue sur les riverains sont parfois très négatives. Ces derniers temps, le secteur a pris de nombreuses mesures préventives, souvent en concertation avec les pouvoirs publics, telles que le semis de couverts, l’établissement de fascines ou encore la plantation de miscanthus en zone sensible. Dans ce dernier cas, la biomasse produite par ladite herbe à éléphant peut être utilisée comme combustible et alimenter des chaudières avec un rendement comparable à celui des meilleures chaudières à mazout atmosphériques.

L’impact des changements climatiques concerne aussi l’apparition de nouvelles maladies du bétail (suite à l’extension de la zone de diffusion de certains insectes), de nouveaux ravageurs des cultures et des forêts et de plantes invasives parfois dangereuses.

Contributions positives

Dans tous les plans de réduction des gaz à effet de serre, il est uniquement tenu compte des émissions (digestion des bovins, épandage des lisiers…) et pas du stockage. Or, la forêt – largement reconnue dans ce rôle – mais aussi les terres agricoles et en particulier les prairies permanentes sont des puits de carbone. À titre d’illustration, un ha de prairie permanente stocke environ 70 fois la production annuelle de gaz à effet de serre des bovins qui la pâturent (sur la base de la densité moyenne de bétail en Wallonie).

L’agriculture représente en Belgique moins de 10 % des sources d’émission de carbone. Le plan wallon air-climat, mettant en œuvre les accords de Paris prévoit une réduction de 48 % de ces émissions agricoles d’ici 2050 alors que la réduction attendue est de 98 % pour la production d’énergie et 87 % pour le logement. Cet effort particulier qui sera porté vers les performances énergétiques des logements donne des perspectives pour l’utilisation du bois, particulièrement bon isolant et facilement recyclable.

L’élevage bovin viandeux, souvent attaqué par les associations vegan (tout le monde se souvient des 40 jours sans viande du printemps) sur son bilan carbone peut, moyennant certaines conditions (alimentation principalement issue de la ferme, présence importante de prairies permanentes) présenter un bilan carbone plus que flatteur. Les émissions des bovins étant largement compensées par la photosynthèse des prairies et cultures fourragères. De la viande 0 carbone, chez nous, ça existe et en manger, c’est bon pour le climat.

Ce bilan carbone positif de notre agriculture et de notre sylviculture est peu valorisé au niveau financier. Le prix de la tonne de CO2 sur les marchés financiers (5 à 6 €) est aujourd’hui fort faible. La reprise économique couplée avec une réduction des plafonds dans le cadre des accords de Paris devrait pousser ce prix à la hausse et créer une possibilité d’incitant financier pour les agriculteurs et les sylviculteurs qui développent des techniques culturales à bilan carbone positif. Outre cette valorisation de la tonne de CO2, la plupart des actions menées pour réduire les émissions de carbone d’une exploitation agricole (photovoltaïque, réduction de la consommation de carburant, des engrais chimiques…) ont un impact direct positif en réduisant le coût des intrants.

L’industrie agro-alimentaire belge est très attentive à son bilan carbone. La raffinerie tirlemontoise, en utilisant trois débouchés – pulpes, sucre et fuel – utilise 100 % du carbone de la betterave cultivée localement. Cet exemple montre aussi l’importance de l’élevage dans le recyclage du carbone via les co-produits de l’industrie.

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