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Plan Érosion: le nouveau cochon payeur est...

Les agriculteurs réagissent depuis quelques jours à la réception des codes d’accès au fameux décret « érosion ». Nombre d’entre eux se demandent avec justesse comment pouvoir encore implanter des cultures de printemps sans prendre le risque de perdre des primes PAC.

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Disons le tout cours, que vos betteraves ou pommes de terre soient noyées dans les fourrières, tout le monde s’en fout.

Malheureusement, le vrai défi futur n’est pas là.

En effet, pour faire moi-même partie de la commission agricole de ma commune, j’ai pu constater qu’après les inondations de 2021, non pas celles du mois de juillet, contre lesquelles rien n’était envisageable, mais celles du mois de mai qui étaient plutôt des coulées de boues, les élus communaux se sont empressés d’annoncer des mesures radicales (bassins d’orages dans tous les coins). Mais bien entendu, tout cela sans prendre en compte les finances qui, on le sait sont là où le bât blesse.

Comment dès lors, et à faible coût aussi bien pour la Région wallonne que pour les compagnies d’assurances, trouver un nouveau cochon payeur ? Et bien voici le décret « érosion ».

Dorénavant, les agriculteurs, qui jusqu’à présent ne pouvaient juridiquement être tenus responsables des dégâts des eaux vis-à-vis des riverains de leurs champs, s’ils n’ont pas respecté les injonctions dues au code couleur pourront être attaqués en justice pour n’avoir pas pris les mesures nécessaires afin d’éviter pareille situation.

Je suis dès lors étonné qu’aucune association de défense de l’agriculture n’ait soulevé ce point.

En résumé, si des habitants, ou des compagnies d’assurances en estiment le bien-fondé, ils se retourneront contre l’agriculteur voisin afin de lui faire payer les dégâts.

Tout boni pour la Région wallonne qui avait dû soutenir les assurances dans le cadre des inondations de juillet et qui avait sûrement promis que cela n’arriverait plus ! Alors faute de pouvoir agir sur la météo…

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Voix de la terre S’il est un mot souvent prononcé par les parents dans une famille d’agriculteurs, « utile » est bien celui-là ! Je l’ai entendu des milliers de fois durant mon enfance et ma jeunesse. Vous aussi, certainement ! « Est-ce bien utile, ce que tu fais là ? » « Rendez-vous utiles, au lieu de bayer aux corneilles ! » ; « Il faut joindre l’utile à l’agréable. », etc, etc. Je me rappelle la lamentation pleurnichée d’une toute vieille parente : « Je ne suis plus bonne à rien. Ce serait aussi bien de partir, quand on est inutile, qu’on est devenue une charge pour les autres. ». En ces jours de vaches pas si maigres qu’on ne le dit, ce mode de pensée résonne comme une hérésie, un archaïsme sorti tout droit des cavernes préhistoriques. La société de consommation a aboli la distinction entre l’utile et l’accessoire ; elle crée sans cesse de nouveaux besoins. Les loisirs et les plaisirs arrivent au premier rang des choses absolument indispensables, prioritaires, sans lesquelles la vie n’a aucun sens.
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