Les Traits de la famenne... au service des collectivités et des particuliers

Bernard Ridelle privilégie l’Aratel, un croisement idéal pour l’attelage dont il a fait son métier.
Bernard Ridelle privilégie l’Aratel, un croisement idéal pour l’attelage dont il a fait son métier. - P-Y L.

A vant qu’il ne gagne sa vie avec le cheval, l’attelage n’était qu’un simple hobby pour Bernard Ridelle. En effet, à 21 ans, le Marchois a quitté l’exploitation familiale pour devenir chauffeur poids lourd, un métier qu’il exercera à plein-temps, 25 années durant.

Mais il n’oublie pas sa passion pour autant. « J’ai toujours aimé les chevaux. J’avais des demi-sangs que j’ai revendus pour acheter deux pouliches ardennaises, avec lesquelles j’ai participé à des concours de beauté. C’est à ce moment qu’on m’a demandé de les atteler pour un mariage. »

Un pionnier !

C’est donc à 35 ans que Bernard met le pied à l’étrier. « J’ai commencé seul avec un livre sur la méthode Achenbach, en autodidacte », se souvient-il.

« Quand j’ai commencé à atteler des chevaux de trait, on m’a pris pour un fou. J’ai alors été trouver Paul Laurant, directeur de la Foire à l’époque, pour lui proposer de véhiculer des visiteurs de la gare au champ de foire. » Sans surprise, l’idée est mal reçue mais le Marchois persiste et signe et se présente aux concours d’attelage avec ses Ardennais. Seul dans sa catégorie, il revient l’année suivante. Ce n’est qu’à partir de la troisième année que des éleveurs français viendront avec des chevaux lourds. C’est lors de la quatrième année qu’il verra d’autres participants lui emboîter le pas dans cette voie.

Entre concours, débourrage, et attelage, les week-ends sont chargés ! Mais Bernard apprend vite et bien ! Il remportera cinq fois le titre de champion de Belgique !

Bernard et son frère participent également aux concours internationaux. Ils font leur première Route du poisson en 1993 et la remportent six ans plus tard. Une route qui en inspire une autre puisque la Route du Luxembourg voit le jour En Wallonie. Ils la remportent en 2004 et 2007.

Une fois son C4 en poche après 25 ans de route, il suit une formation d’un an avec Félix-Marie Brasseur, double champion du monde individuel d’attelage, pour ensuite se mettre à son compte.

Une tête typiquement ardennaise.
Une tête typiquement ardennaise. - P-Y L.

La location d’attelage en perte de vitesse

Cela fait maintenant presque 20 ans qu’il est indépendant… ! Volontaire, il se fait d’abord connaître dans les sociétés d’événements et s’agrandit petit à petit. À l’époque, il détient une douzaine de chevaux. Incentives, mariages, promenades… son agenda ne désemplit pas et Bernard élève toujours davantage de chevaux pour en avoir actuellement une trentaine. S’il est connu dans la région, le bouche-à-oreille a pris le pas pour qu’on pfasse appel à lui aux quatre coins de la Wallonie.

« La location d’attelages a toujours bien fonctionné. Les sociétés aimaient ce genre d’initiatives d’autant qu’à une époque pas si lointaine, celles-ci savaient encore dépenser. Il nous arrivait de partir avec une dizaine d’attelages. Il nous fallait même faire parfois appel à un transporteur pour véhiculer nos chars à bancs… Avec le débourrage des chevaux, j’arrivais à bien vivre de ces deux activités mais depuis 2010, ce temps est révolu… La crise est passée par là ! »

Mais Bernard en est conscient, ce n’est pas qu’avec le tourisme qu’il gagnera sa vie, d’où sa volonté de diversification. Depuis 10 ans, il travaille également pour une brasserie. « Ils ont restauré un vieux chariot sur lequel une pompe est installée. Nous nous rendons sur différents événements pour faire déguster cette bière. Cela représente 20 à 30 sorties par an. »

Sa force ? Pouvoir se déplacer ! Il n’hésite d’ailleurs pas à se rendre à Ottignies, notamment, pour les portes ouvertes d’une école de l’enseignement spécialisé pour de jeunes invalides. « Chaque année, on y va et ce depuis plus de 7 ans… Et j’ai un char à bancs dans lequel je peux mettre 8 chaises roulantes. Il y a une demande et peu de personnes savent y répondre. Je m’adapte donc aux volontés des clients. »

Il y a peu, pour remédier au manque d’activité de la location d’attelage, Bernard s’est mis à proposer des cours d’équitation dans son manège.

Lors de la Foire de Libramont, Bernard est au four, au moulin et... derrière le bar!
Lors de la Foire de Libramont, Bernard est au four, au moulin et... derrière le bar!

D’utilité publique

Si le Marchois a moins de demande du secteur événementiel, certaines communes font appel à lui pour l’entretien de zones touristiques. Bernard travaille ainsi depuis 5 ans au ramassage des poubelles à Marche-en-Famenne. « Tous les week-ends, pendant 8 mois, je ramasse une quarantaine de poubelles dans le centre-ville. À Saint-Hubert, je m’y rends tous les dimanches de juillet et d’août, pour la visite guidée de la ville. Je le fais aussi lors du Marché de Noël… Et quand il fait beau, les gens aiment voir le Trait au travail. Ils s’intéressent, s’approchent de l’équidé, le caressent et glissent parfois un mot positif à Bernard « C’est magnifique… Il faudrait faire ça tout le temps… »

L’Aratel, cet Ardennais léger

« Quand je me se suis mis à l’attelage, j’ai rapidement intégré le programme Aratel, qui vise à alléger l’Ardennais par le croisement de la race avec du sang arabe. Mais quel scandale ça a été ! Mettre un pur-sang arabe sur un trait ardennais a été très mal vu de la part de la plupart des éleveurs. Seule une dizaine d’entre eux s’y est essayée et une quinzaine de juments est entrée dans le programme. Et le produit final, le F3, est un très bon produit pour le métier que j’exerce. Il est plus rapide et plus endurant qu’un Ardennais.

Je me suis bien amusé avec les F1. Bien qu’ils soient un peu trop légers pour moi, j’ai pris beaucoup de plaisir à les atteler à des calèches. « J’ai encore un étalon F1 (50 % d’arabe) que je mets sur les juments ardennaises pour obtenir des F2. Pour la compétition, le F2 est vraiment bien. Il est plus rapide, plus nerveux. Il est toutefois un peu trop léger pour l’attelage.

Et de regretter que ce programme n’ait pas continué : « Quand on a fait les premières Routes du Poisson dans les années 90, on sortait les Ardennais à l’entraînement trois fois par semaine. Avec les Aratel, nous n’avions besoin de les sortir qu’une à deux fois par semaine… »

Au total, j’ai 4 purs ardennais, le restant ce sont des croisés F3. Au niveau de la reproduction, je fais quand même un pur Ardennais par année, les autres ne sont que des croisés. On vend plus difficilement un Ardennais qu’un Aratel. Ces derniers sont demandés et on en trouve peu. Un bon cheval pour l’attelage se vend bien.

« L’Aratel n’est pas assez valorisé. Ce n’est pas le concours prévu le lundi à Libramont qui va améliorer les choses. On devrait exposer des individus tout le long de la Foire pour en assurer la promotion, mais ce n’est visiblement pas une priorité ! »

Quel avenir pour le Trait ?

Bernard en est persuadé, pour l’activité qu’il exerce, l’Aratel est l’idéal ! « L’avenir du trait, je le vois par son allégement et l’Aratel au pas est plus rapide et plus endurant que l’Ardennais. Mais l’heure est visiblement à son alourdissement. Certains éleveurs aimeraient le croiser avec du Trait Belge… »

Le cheval de trait a de l’avenir dans l’attelage, le loisir… « On en voit de moins en moins dans les bois ! J’ai très peu de demande pour le trait au travail, j’en ai beaucoup plus pour la location d’attelages. »

« Au vu de ses utilisations multiples, nous pourrions louer des chevaux avec meneur à des personnes qui en ont ponctuellement besoin pour des travaux comme le maraîchage, notamment. Ce serait plus rentable pour eux, d’autant qu’on a les compétences pour le fa’ire. Nous pourrions nous déplacer comme un entrepreneur le fait avec ses machines. Quand on a un cheval, il faut qu’il tourne. Il doit être entretenu et ce, même s’il ne travaille pas. Et cela a un coût qu'on a souvent tendance à sous-estimer ! »

P-Y L.

Le Trait, ce cheval de... spectacle!

C’est en 2008, à Libramont que vient le déclencheur! Alors en visite sur le champs de foire, la reine Paola reçoit en cadeau Reine des Prés, une pouliche Ardennaise. Bernard Ridelle aura pour mission de la débourrer.

Pour leurs 50 ans de mariage, le Roi et la Reine lui commanderont un spectacle. «On est donc parti au Palais Royal afin de faire un show devant la classe politique. Depuis , j’ai été régulièrement atteler «Reine» pour la famille royale. Je me rends encore souvent à Ciergnon pour l’entraîner. »

Depuis, c’est devenu une tradition. «Chaque année, on me demande ce que je fais de nouveaux pour la Foire. Avec les jeunes du manège et une artiste, on prépare un spectacle que l’on jouera à Libramont mais également au Salon du cheval, à Marche-en-Famenne. Des shows appréciés puisqu’ils y sont régulièrement primés.