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Conseil des ministres européens de l’Agriculture : des crispations sur les marchés agricoles...

Réunis le 25 avril dernier à Luxembourg, les ministres européens de l’Agriculture ont abordé de très nombreux dossiers qui conditionnent le futur proche des agriculteurs. Il a été notamment question des secteurs mis sous tension par le conflit russo-ukrainien et des NBT, deux sujets sur lesquels le ministre fédéral, David Clarinval, nous a apporté son éclairage en marge de la réunion.

Temps de lecture : 7 min

La situation sur les marchés agricoles, et plus précisément la question des importations de produits agricoles en provenance d’Ukraine, s’est de nouveau invitée au conseil des ministres.

Tout le monde s’en doutait, Les discussions s’annonçaient houleuses en raison de l’accumulation de stocks de produit ukrainiens qui fait chuter les prix locaux dans les pays de l’Est de l’UE.

La Pologne face au courroux de ses agriculteurs

Il faut dire que les couloirs de solidarité ne fonctionnent pas toujours de façon optimale, laissant des stocks de céréales s’entasser, tout particulièrement en Pologne, où se sont multipliées les manifestations d’agriculteurs qui ont conduit à la démission du ministre de l’Agriculture.

Alors qu’il était prévu de valider la prolongation d’une année de la suspension totale des droits de douane sur les importations ukrainiennes, la Pologne suivie par la Hongrie, la Slovaquie et la Bulgarie avait décidé mi-avril, face au courroux de ses agriculteurs, d’interdire les importations de produits agricoles ukrainiens bon marché, et ce jusqu’au 30 juin.

 

Le « double jeu » de certains pays limitrophes de l’Ukraine

 Convié en visioconférence à la réunion, le ministre ukrainien de l’Agriculture n’a pas mâché ses mots envers son homologue polonais dont il soupçonne le pays d’acheter du poulet et des céréales ukrainiennes moins chers. Et d’accuser certaines entreprises polonaises de faire du profit et de la spéculation sur le compte de leurs propres agriculteurs.

Pour le ministre David Clarinval, il s’agit d’une situation « plus complexe que ce que les cinq pays frontaliers de l’Ukraine veulent bien faire croire. Plusieurs ministres se sont montrés critiques envers les décisions unilatérales prises par les pays limitrophes de l’Ukraine. C’est notamment le cas de l’Espagne (qui subit de plein fouet une grande sécheresse) et du Portugal, qui ont appelé à faciliter le transit de céréales et d’oléagineux ukrainiens, indispensable pour leur secteur de l’alimentation animale ».

À l’issue de la réunion, il a néanmoins été décidé de rester solidaire des Ukrainiens et d’octroyer une nouvelle aide aux États membres limitrophes de l’Ukraine.

Pour rappel, la commission avait proposé le 19 avril de leur allouer un second paquet de 100 millions € issus de la réserve agricole, pouvant être complété par des fonds nationaux à hauteur de 200 %.

 

La Belgique réclame de l’aide pour le secteur des pommes et des poires

Mais si la Pologne et ses collègues se font bruyamment entendre, plusieurs autres États membres ont appelé à activer une nouvelle fois la réserve de crise pour soutenir d’autres secteurs. C’est le cas de la Belgique.

« Mes collègues Willy Borsus, Jo Brouns et moi-même avons adressé un courrier à la commission pour réclamer une intervention de la réserve de crise en faveur des producteurs belges de pommes et de poires, un secteur en grande souffrance en raison des importations en provenance de l’Est » a soutenu M. Clarinval, qui se montre également « attentif au niveau du secteur de la volaille pour lequel nous redoutons une pression sur les prix, même s’ils restent stables pour le moment ».

La Lettonie et la Lituanie ont, quant à elles, réitéré leur demande d’aides pour leurs producteurs laitiers affectés à la fois par une baisse des prix et une hausse des coûts de production.

 

L’Espagne accablée par la chaleur

L’Espagne qui subit actuellement un épisode de sécheresse inédit, a aussi exhorté l’UE à activer la réserve agricole pour compenser les pertes de récoltes de céréales et d’oléagineux.

« Nous faisons face à une situation exceptionnelle » qui nécessite une réaction rapide de la commission, a justifié le ministre espagnol de l’Agriculture, Luis Planas.

Parallèlement à cette demande, l’Espagne a annoncé une série de coups de pouce fiscaux pour ses agriculteurs, dont une baisse de 25 % de l’impôt sur le revenu, qui devrait profiter à 800.000 exploitations. Les agriculteurs espagnols sont touchés depuis plusieurs mois par une sécheresse prolongée, qui s’est aggravée avec l’arrivée d’une vague de chaleur exceptionnellement précoce dans le pays.

Selon les autorités du pays, les réservoirs qui stockent l’eau sont seulement à 50 % de leur capacité, voire un quart dans certains territoires, comme la Catalogne.

 

Les ministres ont une nouvelle fois mis l’accent sur les dispositions qui permettront à l’agriculture de réellement profiter du règlement  proposé par la commission établissant un cadre de certification relatif aux absorptions de carbone.
Les ministres ont une nouvelle fois mis l’accent sur les dispositions qui permettront à l’agriculture de réellement profiter du règlement proposé par la commission établissant un cadre de certification relatif aux absorptions de carbone. - Union européenne.

Report de l’évaluation de la nouvelle Pac

Prévue au menu des ministres, une évaluation de la nouvelle Pac n’a finalement pas été évoquée lors de la réunion. Selon David. Clarinval, elle le sera en décembre ou en janvier prochain sous présidence espagnole ou belge.

Il faut dire qu’il est sans doute prématuré à ce stade de juger l’impact réel qu’aura la nouvelle Pac : la plupart des États membres n’en sont qu’à ouvrir les demandes de paiements directs ou le feront très prochainement tandis que l’Exécutif commence à mettre sur pied de nouveaux outils informatiques pour le suivi.

Tous, ou presque, appellent en tout cas la commission à faire preuve d’un maximum de flexibilité face aux demandes d’amendement des plans qui lui seront immanquablement adressées dans les prochains mois. Janusz Wojciechowski assure qu’il restera ouvert dès lors qu’il s’agira de simplifier les mesures. Mais il prévient aussi que la commission se montrera vigilante à ce qu’il ne s’agisse pas de « greenwashing ».

 

NBT : « pas un chèque en blanc, mais une piste à creuser »

Les nouvelles techniques génomiques (NBT) et plus précisément la durabilité des nouvelles techniques d’édition de génome ont fait l’objet d’une discussion informelle au cours de laquelle le ministre Clarinval s’est montré « relativement favorable et ouvert » sur le sujet.

« Une étude de l’Efsa a démontré que les nouvelles techniques génomiques sont assez proches du système de croisement classique que l’on connaît actuellement dans nos fermes. C’est très différent d’un OGM, qui est d’abord une plante – et non une technique – obtenue en allant chercher un gène d’une espèce pour la transférer dans une autre » a souligné le ministre fédéral belge, ajoutant que « dans le cas des NBT, la base scientifique est rassurante ».

« Ce n’est bien sûr pas un chèque en blanc, mais il s’agit d’une piste à creuser, car il faut rester compétitif par rapport à la concurrence. On ne peut que se réjouir de pouvoir bénéficier de semences plus résistantes à la sécheresse ou aux ravageurs et qui nécessitent moins d’intrants » a-t-il poursuivi.

Un avis largement partagé par le ministre français de l’Agriculture, Marc Fesneau, qui a insisté devant la presse, lors de son arrivée au conseil, pour que soient levées les contraintes qui entourent aujourd’hui ces techniques porteuses d’espoir pour accélérer la transition de l’agriculture face aux défis posés par la réduction de l’utilisation des produits phytosanitaires et le changement climatique « Les autres avancent et l’UE prend du retard » a-t-il ponctué.

La commission présentera ses propositions sur ce dossier le 21 juin prochain. Un délai nécessaire pour finaliser le texte actuellement en discussion au sein de ses services.

 

Discussions sur la séquestration du carbone

Les ministres ont une nouvelle fois mis l’accent sur les dispositions qui permettront à l’agriculture de réellement profiter du règlement proposé par la commission établissant un cadre de certification relatif aux absorptions de carbone.

Ce dossier est entre les mains des ministres de l’Environnement de l’UE qui pourraient finaliser une position commune d’ici la fin juin. Pour de nombreux ministres de l’Agriculture les futures mesures devront être volontaires et surtout inclure la réduction des émissions de gaz à effet de serre, et non pas seulement les absorptions.

Le texte reste à ce stade relativement flou sur le sujet. Les détails du dispositif ne seront connus qu’à l’issue des travaux d’un groupe de 70 experts chargés d’élaborer des méthodes de certification pour les différents types d’activités d’absorption du carbone dont la première réunion s’est tenue le 7 mars.

Le cadre devra être suffisamment attractif en termes économiques pour susciter une adhésion forte du secteur agricole. Or, ne pas tenir compte des réductions d’émissions risque de rendre les coûts de certification dissuasifs. Beaucoup de ministres insistent aussi pour que les efforts entrepris par les agriculteurs pionniers dans le domaine soient reconnus. Et nombreux sont ceux qui ont réclamé un cadre de certification simple, ne générant pas de surcharge administrative pour les agriculteurs.

Marie-France Vienne

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