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TCS: des avantages et des inconvénients… qu’il est possible de maîtriser

Les techniques culturales simplifiées (TCS) gagnent chaque année du terrain en Wallonie, mais aussi dans d’autres régions d’Europe. Celles-ci présentent des avantages, tant agronomiques qu’économiques, mais également quelques limites. En connaissant ces dernières, et en adoptant les pratiques permettant de les maîtriser ou, du moins, d’en limiter les effets, il est néanmoins possible de tirer le meilleur parti de ces alternatives au labour.

Temps de lecture : 7 min

Voici quelques semaines, à l’initiative d’Agro-Service, l’association professionnelle des entrepreneurs de travaux agricoles et horticoles, Ludovic Leturque, expert produit chez Horsch, a abordé la délicate question des avantages et inconvénients des TCS. On le sait, l’intérêt pour ces pratiques et leurs bienfaits va croissant ces dernières années, mais elles présentent aussi certaines limites que l’expert n’a pas hésité à détailler.

Des motivations initialement économiques…

Avant d’aborder le vif du sujet, M. Leturque s’est attelé à rappeler comment sont nées les TCS. En effet, si celles-ci bénéficient d’un coup de projecteur depuis une vingtaine d’années, c’est dans les années 80 qu’elles ont fait leur apparition dans le monde agricole. « La baisse des prix des produits agricoles et la hausse des coûts, notamment énergétiques, ont conduit certains agriculteurs à abandonner le labour », détaille-t-il. Au profit d’autres pratiques, relativement diversifiées.

Car les TCS regroupent bon nombre de pratiques culturales : pseudo-labour, décompactage sans labour, strip-till, semis direct, travail superficiel… ; toutes ayant leurs particularités (voir tableau). « Mais leur base est commune : plus le travail du sol est intense et profond, moins on retrouvera de matière organique. À l’inverse, moins le travail est intense, plus on retrouvera de matière organique en surface », détaille-t-il.

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Comme indiqué ci-avant, la motivation originelle des agriculteurs se tournant vers les TCS est économique. La réduction du volume de sol travaillé s’accompagne, en effet, d’une réduction de l’utilisation des pièces d’usure et d’une consommation moindre de carburant (de 20 à 40 %).

Au champ, cela se manifeste également par des vitesses de travail supérieures (jusqu’à 15 km/h, selon les outils utilisés) et un débit de chantier accru (sauf en semis direct). Il en résulte donc une réduction du temps de travail, tant au niveau de la machine que de l’agriculteur (ou de l’entrepreneur ou ouvrier à rémunérer).

« Le semis doit toutefois être réalisé en conditions optimales », averti M. Leturque. Attendre que lesdites conditions soient rencontrées peut parfois être un frein pour les agriculteurs…

Néanmoins, avoir correctement recours aux TCS permet de maintenir ou d’améliorer les marges nettes.

… mais des avantages agronomiques

Le premier avantage agronomique énoncé par Ludovic Leturque est l’augmentation de la teneur en matière organique du sol en surface. S’y ajoutent une réduction de l’érosion et une amélioration de la stabilité structurale.

Autre point non négligeable : les TCS préserveraient davantage la micro- et la macrofaune du sol (vers de terre…).

« Enfin, moins le sol est travaillé, moins il aura tendance à sécher. Conserver l’eau au sein de la parcelle cultivée deviendra un atout de poids tant on sait combien les problèmes de sécheresse gagnent en importance. »

« Lorsque l’on se tourne vers les TCS, on consacrera un temps plus important à l’observation du sol et des cultures », insiste Ludovic Leturque.
« Lorsque l’on se tourne vers les TCS, on consacrera un temps plus important à l’observation du sol et des cultures », insiste Ludovic Leturque. - J.V.

Au bon moment !

Du côté des limites, l’expert souligne en premier lieu que « la minéralisation est moindre du fait de la réduction du travail du sol en profondeur et en intensité ». En pratique, cela nécessite d’apporter de l’engrais au semis. Ce qui est facilement envisageable avec un semoir à trémies multiples comme il en existe bien des modèles sur le marché.

Le moment d’intervention peut constituer un autre frein. Les fenêtres climatiques d’intervention sont différentes en TCS qu’en semis après labour. Cela s’explique principalement par le poids élevé des outils. « En fin de saison, les conditions ne sont souvent plus optimales pour les TCS. Dans ce cas, pourquoi ne pas réaliser les premiers semis de céréales avec un semoir simplifié ou dédié au semis direct et se tourner vers un système « labour – combiné de semis classique » pour les emblavements d’arrière-saison ? », suggère-t-il en guise de solution.

Par ailleurs, si les TCS donnent de bons résultats en automne, elles peuvent être plus contraignantes au printemps, notamment dans les rotations incluant des cultures industrielles ou légumières nécessitant un travail intensif du sol. Or, on sait que les pommes de terre et autres betteraves occupent de manière non négligeable le paysage agricole wallon.

Gérer les résidus… et les adventices

Ces deux points peuvent inquiéter les agriculteurs. La gestion des résidus de récolte du précédent peut être plus compliquée, mais quelques actions permettent de limiter les désagréments.

Ludovic Leturque cite, notamment, l’importance de répartir correctement les pailles, généralement hachées, après les moissons. « C’est la base, afin que la matière puisse ensuite être diluée sur tout l’horizon de travail, que ce soit en surface (entre 5 et 10 cm) ou plus profondément (entre 10 et 20 cm). »

Par ailleurs, le fait de moins travailler le sol est favorable aux campagnols. « Si nécessaire, une intervention avec un outil à dents permettra de détruire leurs galeries », ajoute-t-il. Enfin, les limaces devront nécessairement être surveillées avec plus d’attention ; leur gestion étant plus facile dans les parcelles labourées.

Concernant la gestion des adventices, il faudra se montrer prévenant. Les TCS peuvent favoriser le développement de certaines espèces à germination superficielle (vulpin, brome…) que l’on éliminera par scalpage à faible profondeur plutôt qu’avec un outil à disques. Le désherbage mécanique peut également être quelque peu compliqué, en raison de la présence abondante de résidus en surface. Encore une fois, une solution est avancée : équiper la herse étrille de dents adaptées à la situation, bien que l’opération reste plus complexe qu’en situation « classique ».

Outre les opérations mécaniques, une influence est notée sur le désherbage chimique. L’expert note qu’en raison de la présence de résidus en grande quantité, l’efficacité de certains herbicides racinaires peut être réduite. Pour les produits appliqués en automne, des réductions de 10 à 15 % d’efficacité sont évoquées. La concentration de certaines matières actives en surface peut aussi empêcher la levée de certaines espèces de couverts végétaux ou de cultures.

Notons encore que les TCS sont dépendantes du glyphosate. Avec toutes les interrogations que cela impose en matière de renouvellement d’autorisation (que ce soit cette année ou dans un futur plus ou moins proche), réduction de dose…

Être attentif à la structure du sol

Des problèmes de structures peuvent apparaître dans les parcelles peu travaillées. On parle ici de semelle de mulch et de compaction.

« La première peut se former lorsque l’on travaille fréquemment, et de manière superficielle, avec des outils à disques. Restructurer le sol à l’aide d’un outil à dents permet d’en venir à bout », détaille Ludovic Leturque.

Quant au problème de compaction, il se manifeste lorsque des récoltes sont effectuées en conditions humides et/ou en arrière-saison. Là encore, un outil à dents, équipé de socs permettant une fissuration en profondeur, ameublira le sous-sol et le restructurera. « En pareille situation, il ne faut donc pas se contenter d’un travail superficiel. »

Les semis automnaux de céréales se prêtent parfaitement aux TCS.
Les semis automnaux de céréales se prêtent parfaitement aux TCS. - J.V.

Face aux ravageurs et maladies, qui peuvent être plus présents, des pistes sont également avancées. En présence de limaces, un travail superficiel avec un outil à disques devrait donner satisfaction en matière de lutte. Face aux campagnols, évoqués ci-avant, on optera pour l’outil à dents.

Enfin, en présence de fusarioses, l’enfouissement des résidus est vivement recommandé. Pour ce faire, en techniques culturales simplifiées, on portera une nouvelle fois son choix vers une machine à dents dotée de socs permettant l’enfouissement.

Quelques conseils, au champ

Et dans la pratique ? Ludovic Leturque conseille de se tourner vers les TCS en automne mais de se montrer flexible au printemps. « En culture de lin, betterave ou pomme de terre, il faut pouvoir réaliser un travail plus intensif, permettant également une meilleure minéralisation et un réchauffement plus rapide du sol », détaille-t-il. L’agriculteur doit pouvoir alterner ses pratiques et s’adapter aux conditions rencontrées et cultures implantées.

En parallèle, l’expert produit recommande d’implanter systématiquement une interculture. « Les couverts végétaux permettent de maîtriser les adventices et d’augmenter la teneur en matière organique du sol. »

Un allongement de la rotation doit également être considéré, toujours en vue de réduire la pression des adventices.

« Lorsque l’on se tourne vers les TCS, on consacrera un temps plus important à l’observation du sol et des cultures. À ce titre, la bêche est un outil incontournable pour observer la structure des parcelles et leur éventuelle compaction », ajoute-t-il encore. Et de conclure : « Les échanges entre agriculteurs sont primordiaux. Ils permettent d’apprendre mais aussi d’améliorer les pratiques mises en œuvre ».

Jérémy Vandegoor

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