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«La précision et le détail, c’est tout ce qui fait une belle miniature»

Être miniaturiste agricole, cela ne s’improvise pas… Entre repérage du modèle à reproduire, prise de cotes et fabrication des différentes pièces composant la miniature, François et Gérard Dereume et Philippe Foxhal nous dévoilent ce qui se passe sur le terrain, premièrement, et dans leurs ateliers, ensuite.

Temps de lecture : 7 min

La conception d’une miniature débute bien en amont par le choix du modèle à reproduire. Dans le cas de MiniAgriPassion, lorsqu’il s’agit d’un modèle d’expo, c’est le client qui dépose son projet et Philippe s’assure de sa faisabilité tant technique que financière. Il peut également s’agir d’un modèle coup de cœur, comme lorsque le passionné décide de reproduire son propre tracteur, un Fiat 850, ou sa presse à petits ballots.

Photos et documentations, pour une reproduction fidèle

Les modèles coup de cœur, ce sont aussi ceux qu’affectionnent Gérard et François. « Notre credo, ce sont des ensembles ayant existé dans notre région dans les années 70, 80 et 90. Malheureusement, ces matériels disparaissent rapidement, pour la plupart exportés ou ferraillés. Depuis longtemps, et dès que nous en avons l’occasion, nous photographions ces machines et ensembles. »

Les deux frères disposent ainsi d’une importante banque d’images, qui leur est très précieuse. Un réseau de connaissances, comme un chauffeur de camion qui circule régulièrement de ferme en ferme, les avertit de la présence de matériels particuliers à tel ou tel endroit. Ils consultent aussi très régulièrement des sites d’annonces de vente de matériel d’occasion à cette fin.

« Toutes ces photos, informations et documentations sont répertoriées sur notre PC. Elles permettent aussi de reproduire des détails d’époque, à l’instar de l’étiquette portant le numéro de producteur pour la sucrerie et de l’autocollant faisant la publicité de la betterave qui ornent les flancs d’une de nos bennes. »

C’est un vrai travail d’archiviste, et qui fonctionne dans les deux sens. « En discutant avec un ami, celui-ci se souvient de l’existence d’un Fiat 180-90 équipé d’une rallonge de capot abritant un réservoir de carburant supplémentaire qui travaillait du côté de Walcourt. Nous en avons obtenu une photo, avons reproduit ce tracteur au 1/32 et avons publié notre réalisation sur un forum. Cela a ravivé des souvenirs à plusieurs internautes, qui ont à leur tour retrouvé et publié des photos d’époque de pareils montages sur des tracteurs Fiat et John Deere ».

La prise de cotes, un travail de première importance

Une fois l’inspiration trouvée quant au modèle à représenter, s’ensuit un autre travail de première importance : la prise de cotes. Lors d’une collaboration avec un constructeur, comme ce fut par exemple le cas avec la société Gilles pour laquelle nos trois interlocuteurs avaient reproduit des matériels exposés sur le stand de la marque à Agribex il y a quelques années, cette tâche peut se trouver facilitée si celui-ci procure des plans de la machine. Sinon, il convient de relever patiemment et méticuleusement toutes les mesures de la machine.

François et Gérard passent parfois des week-ends entiers à sillonner la Belgique pour effectuer ce type de relevé. Il leur arrive également de prendre contact avec des constructeurs en leur expliquant leur projet du moment. Parfois, cela s’avère payant, comme cette fois où ils prirent la route d’Anvers pour aller consulter les archives de Cavero.

Cette vue avant/après peinture permet de se rendre compte du travail de conception nécessaire pour parvenir au modèle fini.
Cette vue avant/après peinture permet de se rendre compte du travail de conception nécessaire pour parvenir au modèle fini.

« En ce qui nous concerne, nous nous attachons surtout à reproduire les machines à proprement parler et nous les associons ensuite aux tracteurs auxquels elles étaient attelées. Étant donné que beaucoup de modèles sont aujourd’hui proposés dans le commerce, nous nous limitons généralement à apporter des modifications au tracteur pour le rendre conforme à celui que nous avons vu tracter la machine. »

Pour cette dernière par contre, aucune modification : les deux frères partent de zéro en la fabriquant intégralement de A à Z. « Auparavant, il nous arrivait de récupérer des parties de véhicules sur des modèles achetés mais ce n’est plus le cas pour plusieurs raisons. Certains de ces modèles ne respectent pas les proportions correctes des engins. L’évolution des prix ne plaide pas en faveur de cette pratique : par le passé, vous pouviez acquérir une benne à deux essieux pour 30 €. Vous pouviez la démonter pour n’en garder que le châssis et le train roulant. Aujourd’hui, la même benne coûte 60, 70 ou 80 €. À ce prix-là, vous réfléchissez à deux fois avant de la mettre en pièces… »

Il existe à présent des fournisseurs vendant des pièces détachées ou des artisans proposant des accessoires, là où auparavant il fallait sacrifier un modèle du commerce juste pour en récupérer les roues par exemple.

« Enfin, à notre niveau, nous avons eu la chance d’avoir à proximité un magasin de modélisme pour nous procurer le matériel dont nous avions besoin, à l’instar des profilés de PVC, principal matériau avec lequel nous travaillons. Du laiton est aussi parfois employé, surtout pour rigidifier certaines parties de la miniature », poursuit Gérard.

Du duo « cutter-latte » à l’imprimante 3D

Les matériels et matériaux utilisés par les miniaturistes évoluent constamment, permettant d’atteindre de hauts niveaux de précision. En termes de matériel, l’exemple donné par François est flagrant : « Nous avons commencé avec pour seuls outils un cutter et une latte métallique. Aujourd’hui, notre matériel de fabrication se compose de fraiseuses, découpeuses et imprimantes 3D. Ces nouveaux outils ouvrent de nouveaux horizons mais doivent aussi être domptés. Nous nous sommes initiés à leur maniement et au dessin 3D de manière autodidacte, sur le tas, sans jamais avoir suivi de cours ».

« François et Gérard ont raison », renchérit Philippe, « ces nouveaux outils sont merveilleux : ils nous permettent de travailler avec une précision jamais atteinte auparavant. Or, la précision et le détail, c’est tout ce qui fait une belle miniature. À titre d’exemple, sur le Fiat 850, la calandre du tracteur est imprimée en 0,2 mm ; c’est hyper-précis ! Ce niveau est rendu possible par ces nouvelles machines mais aussi par les caractéristiques des matériaux et résines modernes. »

Cela engendre parallèlement de nouveaux défis. Pour illustrer son propos, Philippe reprend l’exemple de cette calandre, qu’il doit peindre. « Je n’ai pas pu utiliser le primer que j’emploie habituellement, pourtant de bonne qualité, car il se dépose en une couche trop épaisse au regard du degré de finition de la pièce. Il m’a fallu procéder à de nombreux tests pour enfin trouver un primer satisfaisant. »

Ces miniatures de matériels Bonnel et Gyrax sont des modèles d’expos commandés par des organisateurs d’événements français.
Ces miniatures de matériels Bonnel et Gyrax sont des modèles d’expos commandés par des organisateurs d’événements français.

Par ailleurs, ces techniques, matériels et matériaux les conduisent lentement mais sûrement vers les limites de la miniaturisation, celle de la résistance des matériaux. « Je vais ici aussi partir d’un exemple pour me faire comprendre : avec les imprimantes 3D actuelles, il est possible d’imprimer à l’échelle les charnières d’une portière de la cabine d’un tracteur. Pour bien faire, il faudrait que cette porte soit ouvrante, ce qui nécessiterait d’utiliser un axe de 0,2 mm de diamètre. Celui-ci serait hyper-fragile et casserait très rapidement. » Pour avoir réalisé quelques prototypes, le passionné peut même attester que cet axe casse dès la première ouverture après mise en peinture ; la rigidité occasionnée par la peinture sèche sur la charnière suffisant à rompre l’axe.

« Pour la rendre ouvrante, il faudrait placer des charnières totalement disproportionnées, solution retenue par certains constructeurs de modèles en grande série, qui se révéleraient disgracieuses et à contre-courant du réalisme que je souhaite apporter à mes miniatures », ajoute-t-il.

C’est là que beaucoup de leurs détracteurs aujourd’hui se trompent en affirmant que la tâche d’un miniaturiste est facile, qu’il suffit de mesurer une machine, de diviser les cotes par 32 puis de laisser faire l’imprimante 3D. « Avez-vous déjà essayé de diviser une tôle de 3 mm qui équipe une machine par 32 et de trouver un matériau de l’épaisseur obtenue suffisamment rigide pour en concevoir la miniature ? Cela n’existe pas… L’art du miniaturiste consiste à tricher intelligemment sur la taille de certaines pièces tout en conservant les proportions d’ensemble, sans que cela se remarque. Cela passe par un travail de recherches, de développement, de prototypage, d’essais et d’erreurs avant de trouver la bonne formule conférant authenticité, finition, fidélité au modèle original mais aussi rigidité et solidité à la miniature. »

Au vu de leurs productions, nul doute que Philippe, François et Gérard disposent de ce talent. Il nous tarde déjà de pouvoir admirer leurs futures réalisations sur les réseaux sociaux, les forums ou, mieux encore, lors d’une prochaine exposition.

N.H.

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