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L’échange des données, carburant de l’agriculture de précision

L’agriculture de précision est un concept mis en avant lors de chaque salon agricole mais qui n’est pas si récent. L’échange des données ouvre de nouvelles possibilités en la matière. WalDigiFarm a rencontré deux utilisateurs expérimentés, dont Claude Van Den Abeele.

Temps de lecture : 5 min

À Morialmé, dans l’entité de Florennes, la ferme familiale de Claude Van Den Abeele compte 190 ha de blé, d’escourgeon, de colza et de betteraves sucrières et utilise plusieurs outils d’agriculture de précision depuis plus de dix ans.

Quel est votre parcours en agriculture de précision ?

Après avoir créé une Cuma en 2000, l’équipement d’un premier tracteur avec guidage automatique m’a permis de faciliter la conduite au semis, avec de belles lignes droites. Très rapidement la pulvérisation fut réalisée avec les mêmes lignes, et, en combinaison avec les coupures de sections, cela a permis une forte limitation des recouvrements et une diminution d’intrants appréciable.

À la ferme nous utilisons maintenant deux tracteurs John Deere, un 8345 et un 8335, équipés de consoles 4640 ou 4600 compatibles Isobus pour tous les travaux liés à l’agriculture de précision. Même le labour peut désormais se faire en guidage automatique, avec une gestion beaucoup plus souple des pointes et fourrières.

Comment utilisez-vous l’échange de données au quotidien ?

J’ai découvert la plateforme John Deere Operations Center lors d’une mise à jour des logiciels des consoles dans les tracteurs, pour passer à une correction RTK afin de gagner en précision. Petit à petit, en cherchant beaucoup, j’ai fait connaissance de toutes ses fonctionnalités.

Toutes mes parcelles sont maintenant géoréférencées sur l’application, avec une synchronisation automatique entre tous les écrans, aussi bien dans les tracteurs que sur mon smartphone, ma tablette et l’ordinateur à la maison. J’apprécie sa très grande convivialité avec des écrans tactiles et des menus très clairs.

La plateforme Operations Center m’a permis de passer à la modulation de dose aussi bien pour la pulvérisation que pour l’application d’engrais.

En pulvérisation, je peux dessiner des cartes d’application avec le module Tellus sur la plateforme (ou localiser des taches d’adventices depuis mon smartphone). Une fois la carte prête, je l’envoie en ligne sur l’écran du tracteur attelé au pulvérisateur, un modèle Beyne à 15 coupures sur 36 m, avec des sections entre deux et six jets. Il est équipé de porte-jets VarioSelect qui sont sélectionnés automatiquement en fonction de la dose et de la pression. Je n’ai aucun fond de cuve car le module calcule le volume nécessaire en fonction des doses et des superficies.

Pour l’engrais, la carte de préconisation est réalisée par Arvesta, au départ des cartes de mes parcelles disponibles sur mon compte et auxquelles je leur donne accès. À partir d’images des satellites Sentinel, de cartes de biomasse et de cartes de rendement, Arvesta dessine la carte de préconisation et la stocke sur mon compte pour que je puisse l’utiliser avec mon distributeur d’engrais Kuhn compatible Isobus.

Je souligne la très grande fluidité dans la circulation des cartes et données, aussi bien au sein de mon exploitation qu’avec des personnes extérieures, ce qui est un élément capital pour le confort et la précision de ces outils numériques.

Pour la récolte, une moissonneuse-batteuse New Holland CR 9.80 est équipée d’un capteur de rendement et réalise des cartes qui sont indispensables pour la gestion en agriculture de précision. Il est très facile de stocker celles-ci sur la plateforme John Deere via une clé USB et un ordinateur.

Pour Claude Van Den Abeele, la gestion de la ferme est plus sereine grâce à l’agriculture de précision.
Pour Claude Van Den Abeele, la gestion de la ferme est plus sereine grâce à l’agriculture de précision.

Et cela présente des atouts dans la gestion quotidienne de la ferme…

En effet, la ligne de temps des travaux par parcelles et la traçabilité sont des outils d’analyse très utiles pour la gestion de l’exploitation. Vous pouvez retrouver très rapidement tout l’historique des travaux réalisés sur chaque parcelle, les quantités de produits pulvérisés ou d’engrais appliqués.

Le suivi des machines au travail est un autre avantage de la plateforme Operations Center. Je peux suivre en permanence la position de chaque tracteur, le travail fait, la consommation de carburant avec alerte si le niveau est trop bas. On voit l’écran du tracteur au travail à distance ; on peut donc déceler un problème immédiatement.

Les mises à jour des programmes des tracteurs ou des machines peuvent aussi se faire à distance.

Quel bilan dressez-vous plus de dix ans après avoir adopté l’agriculture de précision ?

Je réalise la gestion de l’exploitation sur écran, cela me permet d’être plus précis et de lisser les aléas du climat. Avec la modulation des doses, j’utilise environ 5 % d’intrants en moins. Les travaux sont beaucoup plus précis, le rendement des chantiers est accru mais, en revanche, les rendements des cultures n’ont pas augmenté.

Il n’est donc pas encore possible de dire que j’ai fait un bon retour sur investissement, mais il est certain qu’il y a une avancée appréciable dans la qualité du travail. La gestion est plus sereine et il est possible de se faire aider par un autre opérateur dans le tracteur avec la même précision car tout est programmé sur l’écran, en cabine.

Comment voyez-vous l’avenir ?

L’agriculture de précision peut aider tous les agriculteurs ou entrepreneurs à l’avenir, et pas seulement les grosses exploitations. Mais cela restera un outil, et il faudra toujours un agriculteur aux manettes pour analyser les données, prendre les décisions et aller sur les champs pour observer la réalité par rapport aux écrans. D’autres travaux vont sans doute aussi passer à la numérisation : réglages de la profondeur et du terrage au semis, ou de la profondeur des travaux du sol, ce qui permettra de mieux prendre en compte l’hétérogénéité des parcelles.

Je ne crains pas d’échanger mes données pour faire progresser le système, mais j’espère que cet échange ne sera jamais utilisé pour nous contrôler davantage.

Quels conseils donneriez-vous à ceux qui voudraient se lancer ?

L’agriculture de précision n’est pas encore assez connue en Belgique, il faut souvent tâtonner pour trouver son chemin et certains pourraient se décourager. Il est aussi dommage de constater qu’elle n’est pas ou trop peu valorisable lors de travaux pour tiers car certains de mes clients en entreprise n’ont pas encore pris conscience de ses avantages.

Ce n’est pas un problème de génération. Cela reste un concept assez abstrait chez beaucoup. Et pour progresser, il faut faire l’effort. Personnellement, je suis très heureux d’avoir fait le pas et espère encore progresser avec ces outils numériques.

Maurice Malpas

WalDigiFarm

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