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Maîtriser l’enherbement: un facteur décisif pour la rentabilité de la ferme!

La maîtrise de l’enherbement est un point essentiel dans la gestion de la ferme maraîchère. Bien que cette problématique concerne l’ensemble des exploitations, elle revêt une importance particulière pour celles en agriculture biologique. La charge de travail nécessaire pour contrôler l’enherbement est tellement importante qu’elle détermine la rentabilité des cultures et de la ferme, en général.

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La maîtrise de l’enherbement est une des grandes difficultés des cultures maraîchères par rapport aux grandes exploitations. Une des causes principales est la couverture du sol moins complète par les cultures maraîchères.

La présence importante d’adventices n’apporte pas seulement une concurrence. Elle entraîne aussi un manque d’aération de la culture propice au développement de maladies foliaires.

Une tolérance adaptée au type de plante

La maîtrise de l’enherbement n’est pas la destruction complète de toute plante adventice. Une certaine tolérance est acceptable, avec un seuil dépendant de la culture concernée à son stade. Les choux, par exemple, peuvent tolérer la présence d’adventices en deuxième moitié de leur période de développement après la plantation. Les betteraves potagères, les laitues, les carottes tolèrent également la présence d’adventices, mais pour l’hygiène d’exploitation, il ne faudrait pas qu’elles puissent se multiplier (semences, extension de rhizomes, etc.).

Des cultures comme l’oignon, l’échalote, le poireau sont, quant à elles, considérées comme sensibles à la présence d’herbes adventices. Enfin, des plantes dont le feuillage est cueilli, comme le persil, l’épinard ou les babyleaves, deviendraient très difficiles à récolter si le préposé à cette tâche devait trier les adventices.

S’organiser pour les futures saisons

L’objectif est de permettre aux cultures de démarrer rapidement et de garder leur avance sur les adventices. Toutes les interventions sur jeunes plantes sauvages sont intéressantes pour les ralentir voire les détruire.

À l’opposé, toutes les actions favorisant la levée rapide de la culture sont à favoriser : vigueur des semences, conditions d’implantation, température et état du sol…

Deux périodes de la culture retiennent notre attention. Tout d’abord, le premier tiers correspondant à l’implantation durant lequel la concurrence des adventices est très dommageable. Et ensuite, la période de formation des graines des adventices durant laquelle le stock semencier du sol risque de s’alourdir.

En agriculture conventionnelle, les solutions disponibles pour le désherbage chimique sont limitées. Et en agriculture biologique, la quantité de travail dédiée au seul poste de la maîtrise de l’enherbement est très importante. Ainsi, des études (celles de Vetabio, notamment) précisent que le seul poste de la maîtrise de l’enherbement des cultures maraîchères prenait jusque deux tiers du temps total de travail de production.

Pour ces deux types d’agricultures, des solutions mécaniques, thermiques ou manuelles peuvent être utilisées.

Favoriser l’implantation rapide et concurrentielle de la culture

Les choix de lots de semences à bonne vigueur germinative va de soi. Pour un maraîcher débutant, il peut être tentant de tester des semences diverses afin de se différencier sur le marché local. L’idée est intéressante, mais la priorité doit rester sur le choix de semences capables de germer et s’implanter rapidement dans nos conditions culturales.

Le choix vers des plants à repiquer est assez judicieux également, le coût d’implantation est plus élevé, mais le temps pour tenir la culture « propre » est fortement réduit.

Le choix des parcelles est théoriquement important, mais dans de nombreux cas pratiques, peu de possibilités s’offrent au maraîcher.

Les particularités des fermes maraîchères

La maîtrise de l’enherbement ne se conçoit pas pour une seule année de culture, mais au moins dans une rotation. La rotation avec des prairies temporaires présente des avantages phytotechniques. Elle est possible pour autant que l’utilisation de ces fourrages s’intègre dans la gestion de la ferme maraîchère. Elle permet de réduire les envahissements par des plantes adventices difficiles à détruire, comme le pâturin annuel, ou les galinsoges.

Par ailleurs, la gestion des intercultures est essentielle pour limiter la multiplication des adventices à court cycle de reproduction. De nombreuses cultures n’occupent pas le sol toute la durée des saisons de croissance végétale. Avant leur implantation et après leur récolte, différentes interventions permettent de réduire le niveau d’enherbement. Nous pourrons travailler le sol en surface pour réaliser des faux-semis, puis pour désherber mécaniquement, thermiquement ou chimiquement. Les limites de ces interventions sont les conditions d’humidité du sol. En effet, en conditions trop sèches, les germinations d’adventices sont insuffisantes. Si les conditions sont humides, les interventions mécaniques risquent de dégrader la structure du sol. Nous pourrons aussi implanter une culture d’engrais vert qui couvrira le terrain en limitant les développements d’adventices, tout en apportant une matière végétale pouvant être incorporée en surface de sol pour en augmenter la fertilité. Cette gestion des intercultures doit s’intégrer dans le planning de production et d’occupation des sols.

En agriculture conventionnelle, certains produits phytos sont disponibles, le site http://www.fytoweb.be/ informe des agréations actuelles. Comme pour les grandes cultures, les mesures préventives de précaution sont d’applications. Parmi elles, citons le respect des zones tampons, les limitations liées à la vitesse du vent, et bien sûr les prescriptions mentionnées sur les emballages et le site officiel susmentionné. Les herbicides seuls ne suffisent souvent pas ; il faut donc raisonner leur emploi en combinaison avec des techniques mécaniques ou thermiques. Par exemple, les binages réduisent le nombre d’adventices en interligne, mais diminuent la concentration des herbicides racinaires en surface de sol.

Prévenir plutôt que guérir

La gestion de l’enherbement commence avant même l’implantation de la culture. Cela commence par une estimation des besoins en main-d’œuvre, du matériel nécessaire, de l’état de salissement des parcelles et de la flore attendue.

Concernant les besoins en main-d’œuvre pour la maîtrise de l’enherbement, ils sont très élevés. Selon le niveau de mécanisation, les cultures et le mode d’exploitation (conventionnel ou bio), ils seront d’une cinquantaine d’heures par ha à 7 fois plus. En cas d’insuffisances de suivi, la multiplication des adventices devient rapidement incontrôlée. Et la situation sera encore plus compliquée les années suivantes.

Par contre, les faux-semis, les cultures intercalaires couvrantes, les rotations avec des cultures nettoyantes (comme les grandes cultures et les prairies temporaires) permettent de réduire sensiblement le stock semencier et en conséquence les besoins en main-d’œuvre pour les futures cultures.

Une très bonne préparation du lit de semis facilite les levées homogènes et donc le désherbage. Mais aussi, une bonne structure de sol en surface facilite les binages.

Tous les éléments qui permettent une levée rapide de la culture facilitent également les opérations de désherbage.

Les éléments primordiaux

La maîtrise de l’enherbement est décisive pour la rentabilité économique de la ferme maraîchère. Des études ont démontré que la charge de main-d’œuvre pour ce seul poste représente 2/3 des efforts du personnel en maraîchage bio. En culture conventionnelle, les solutions herbicides sont de plus en plus rares et les besoins en heures de prestations sont également importants.

Les solutions offertes par les technologies modernes de l’agriculture de précision restent coûteuses pour les fermes aux tailles réduites. Le recours à l’entreprise est possible quand il est disponible localement.

Une vision sur le court terme, pour une seule culture, est insuffisante. La gestion de l’enherbement doit s’effectuer dans le contexte d’une rotation complète des cultures.

L’attention en 2024 se focalisera aussi sur la remise en état des structures de sol bien malmenées en automne dernier.

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