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Comines-Warneton, les agriculteurs se mobilisent

Ils sont venus, ils sont tous là...elle va mourir la...Mama chantait Aznavour.

Temps de lecture : 4 min

Ils ont venus, ils sont tous là. Elle ne mourra pas notre agriculture . Du moins, on ose l'espérer. Nos agriculteurs ont répondus présents en nombre à l'appel de la FWA. Plus de 80 tracteurs et 120 participants ont bloqué jeudi dernier la RN 58 bien décidés à se faire entendre par les riverains et les autorités communales. La manif s'est déroulée dans le calme, le respect et la dignité. Il y régnait même une franche camaraderie entre voisins et collègues. Mais cela n'a pas fait oublier nos problèmes et les visages redeviennent graves dès les premiers mots échangés. La crise hélas, ne date pas d'hier avec ça et là des embellies. La guerre en Ukraine avait fait monter les prix de nos produits même si les intrants avaient eu aussi monter, la balance nous était favorable.

Mais le malaise est bien plus profond, c'est une gangrène qu'il faut soigner au plus vite.Une hémorragie de la jeunesse qui fuit le secteur devenu difficile. Et le mot est faible, pour exemple: il y avait 45.000 producteurs de lait dans les années 70 en Belgique. Ils sont à peine 4.500 aujourd'hui. Il faut être mordu pour vouloir reprendre la ferme familiale.

Les investissements colossaux sont peut-être le premier frein. Le prix des tracteurs n'ont plus rien à voir avec ceux d'il y a à peine 10 ans. Le GPS devenu indispensable coûte à lui seul un tracteur de 80 chevaux des années 80. Les bâtiments d'élevage au normes de bien-être animal et écologiques. La robotisation des traites, les caméras de contrôles, les logiciels agricoles et leur kyrielles de maintenances. Les frais de véto. Les machines agricoles diverses et variées d'une sophistication incroyable. Les mélangeuses, les planteuses, les pulvérisateurs qui demandent quelques heures aux ingénieurs pour leur mises en route. C'est dire leur complexité. Et que dire du prix des terres.... pourtant indispensables. Il n'a plu rien à voir avec les prix des cultures. La Belgique est densément peuplée et la pression sur le prix est lourde.

Cela n'est qu'un aspect des problèmes. Le paysan travaille avec du vivant et prend des risques avec les saisons qui n'en sont plus et la pression des épidémies toujours possibles. Ils n'ont aucun pouvoir au niveau du marché pour déterminer les prix et ne peuvent donc pas répercuter, dans ceux-ci les investissements dus à l'environnement, le climat, le bien-être animal ou l'achat de terres.

Et que dire alors de la charge administrative et des contraintes imposés par l'Europe qu'il faut impérativement respecter sinon gare aux amendes, aux grignotages des «primes».Ils nous tiennent par les «coui....» avec ça!!

Sur Comines-Warneton, certains ont des terres en Wallonie, en Flandre, en France. Trois pavés de documents différents pour la PAC. Des législations différentes aussi en matières d'épandages. Un cassa-tête! Les contrôles prévus ou inopinés sont un stress pour l'agruclteur(trice) déjà débordé(e) par les travaux quotidiens.

Et que dire de la mondialisation, une belle vacherie! Comparer nos produits super contrôlés à ceux d'ailleurs où les pesticides et les hormones sont d'un autre âge. Où les salaires sont misérables, où les terres sont jusqu'10 fois moins chères...

Sans parler du verdissement de la PAC encore plus verte que dans le passé. Voilà qui est difficile à avaler avec le prix du foncier. Tout est confus quant à la réelle signification de la zone non productrice. Peut-on additionner les rangées d'arbres, les lisières de bois, les bordures de fossés? Si trop peu... recourir à la jachère. Les céréales d'été pour les oiseaux sous réserve d'accord écrit du gouvernement. Les prairies permanentes non éligibles, mais tes temporaires le sont? Je m'arrête là avant le mal de tête...

Le changement climatique est bel et bien réel et nous devrons nous adapter encore et toujours. C'est inéluctable! Sans cesse remettre en question nos réflexions et nos manières de travailler. Et, je sais qu'ils le feront. Ils s'adapteront. Nos jeunes sont plein d'envie, de courage et de cran.

Respect et chapeau pour leur ténacité. Jeunes agriculteurs, gardez la tête haute face à l'adversité, à votre mise sous tutelle par l'UE, les états, les régions et aux grands défis qui sont à notre porte. Vous avez mille fois raison de faire entendre vos revendications.

Manou de Warneton

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