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Préparer au mieux la future plantation de ses pommes de terre

De nombreux jardiniers tentent de planter leurs premières pommes de terre hâtives le 19 mars, soit le jour de la Saint-Joseph. Si c’est très probablement une bonne période pour les planter dans les régions comme Paris ou Versailles, ce n’est pas nécessairement le cas chez nous. En effet, si parfois c’est une réussite, cela peut également être un véritable échec.

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Nous devrions plutôt comprendre ce conseil de la façon suivante : planter ses pommes de terre après la Saint-Joseph. Et après cette date, « Rien ne sert de courir, il faut partir à point. ».

Pour le moment, il faut plutôt préparer le travail en mettant les plants en pré-germination.

Et comme déjà signalé dans ce journal, il n’y en aura pas pour tout le monde. Ce sont les variétés destinées aux professionnels qui sont concernées par ce message. Pour les jardiniers amateurs, les contraintes du choix ne sont pas guidées par les nécessités commerciales. La gamme reste très large. Si nous ne trouvons pas nos variétés habituelles, nous pourrons acheter et tester des variétés dont nous avons moins l’habitude. Ce sera l’occasion de mieux les connaître.

L’étape de la pré-germination

Le but de la pré-germination est de permettre le réveil complet des plants après leur entreposage au frigo chez le producteur et avant leur plantation.

L’avantage est d’homogénéiser la levée au jardin. Les plants pré-germés lèvent avant ceux qui ne le sont pas. La culture aura donc un cycle complet de production un peu plus court. En pratique, il sera aussi plus précoce. Par ailleurs, la durée de la période de vulnérabilité de la culture au mildiou sera plus courte. De plus, la parcelle sera libérée plus rapidement par la récolte des tubercules, après le cycle de production et une autre culture pourra y être installée plus rapidement.

Pour les jardiniers amateurs, la pré-germination ne demande pas d’investissement ou d’aménagements importants. Quelques caissettes en bois ou en plastique suffisent pour y poser les plants. Choisissons-les avec des bords de faible hauteur pour que ceux-ci ne fassent pas d’ombre aux plants.

Dans la caissette, les plants sont disposés côte à côte, en un seul niveau ou, au maximum, en deux niveaux.

Les caissettes sont placées à l’extérieur, et rentrées en cas de risque de gel ou de pluie.

Cette étape dure quatre à huit semaines, suivant les températures et la variété. Elle pourra donc commencer dans les prochains jours en vue de planter à partir de début avril, lorsque la terre sera prête et ressuyée.

À une température de 6 ou 8 ºC, le réveil des germes est lent, plusieurs d’entre eux se réveillent en même temps. À une température plus élevée, une douzaine ou d’une quinzaine de degrés par exemple, les germes sont moins nombreux à démarrer leur croissance, mais ils poussent plus vite. L’idéal est d’avoir des germes au stade « point blanc » ou de courts germes trapus. Les plants vont germer doucement et seront fin prêts pour être plantés début avril pour les variétés hâtives, de mi-avril à mi-mai pour les autres.

Quels sont les plants à couper ?

Jusqu’au milieu du siècle dernier, il était fréquent de couper les plants en deux. La section provoquait un choc physiologique levant la dormance. C’était intéressant pour les variétés germant très tardivement au printemps et qui étaient fréquemment plantées à l’époque. Actuellement, le choix variétal est large et les professionnels ne coupent plus les plants pour cette raison. La technique reste utilisée aujourd’hui lorsque les plants sont de très gros calibre, supérieurs à 50 mm. Les plus petits calibres ne sont, eux, pas coupés. Le jardinier qui souhaite le faire devra employer un couteau bien affûté et très propre. Les plants sont sectionnés dans le sens du long pour tenter de garder la polarité des tubercules (un côté apical et un côté ombilical). Ceux sectionnés seront placés dans un endroit sec et bien ventilé pour permettre le séchage rapide de la plaie de coupe.

Pour la plantation

Pour bien réussir une plantation de pomme de terre, il faut pouvoir travailler le sol sur une profondeur de 25 cm (au moins 18 cm). Le sol doit être bien ameubli pour permettre une plantation et un buttage corrects.

Quand planter ? Il faut au moins trois conditions :

Attendre le printemps météorologique, c’est une question de probabilité plus réduite de subir du gel.

Attendons que le sol ait au moins 10ºC à 5 cm de profondeur.

Le sol doit être ressuyé au moment du travail pour préparer le sillon de plantation. En prenant une poignée de terre à cette profondeur et que nous serrons dans notre main, elle doit s’effriter, s’émietter. Si elle forme un bloc sur lequel s’imprime la forme des doigts, le sol n’est pas suffisamment ressuyé et il faut attendre.

Une rotation de quatre années

Il est recommandé de respecter une rotation de quatre années au moins. En plantant plus fréquemment des pommes de terre au même endroit, nous augmentons plusieurs risques. Nous parlons de « fatigue du sol ». Elle englobe plusieurs aspects :

L’épuisement des éléments minéraux les plus exportés par la récolte des tubercules.

L’augmentation du risque d’apparition de nématodes dans le sol.

La survie des maladies liées au sol diminue avec le temps. En raccourcissant le délai entre deux cultures semblables, nous augmentons les risques du maintien des germes infectieux vivants dans le sol.

Ces risques augmentent si la structure du sol est dégradée, si la vie du sol est appauvrie.

Les premières récoltes de pommes de terre, fin juin ou début juillet, permettent de libérer de la place pour des cultures d’automne : chou-fleur, laitues, chicorées frisées ou scaroles, etc.

Une fertilisation disponible dès le début de la croissance

Il faut que le sol et sa fertilisation soient propices au maintien des caractères variétaux. Un sol bien pourvu en potassium est idéal. L’analyse de sol pourra orienter nos choix. Comme ordre de grandeur, une teneur de 18 à 20 mg de K par 100 g de sol est une bonne teneur pour un sol limoneux.

La fertilisation doit être disponible pour la plante dès le début de sa croissance, et sans excès. Les apports se font juste avant l’implantation au printemps. De plus, la fumure, organique ou minérale, sera ainsi incorporée au sol et donc proche de la zone explorée par les racines. Comme ordre de grandeur, nous pouvons apporter 300 kg de compost bien décomposé ou encore 10 kg d’un engrais de type 9-7-14 ou 10-8-17 ou équivalent.

Bien choisir sa variété

Plusieurs critères nous permettent d’orienter notre choix.

La précocité de chaque variété est la synthèse de deux caractères : l’aptitude à former des tubercules alors que la longueur du jour n’est pas encore maximum et un développement rapide. En pratique, avec une pré-germination, nous comptons qu’il faut trois mois pour permettre une récolte de tubercules savoureux. Les variétés mi-hâtives ont besoin de trois mois et demi, les mi-tardives de quatre mois ou plus. Le site www.leplantwallondepommesdeterre.be pourra vous aider à réaliser votre choix.

Réaliser la plantation

Nous plantons à la densité proche de 4 plants/m², par exemple à 0,70 cm entre les lignes et 35 cm entre les plants dans la ligne. La profondeur est de 5 cm. Nous buttons pour disposer de 17 cm environ de terre au-dessus du plant. Traditionnellement, le jardinier butte ses pommes de terre en plusieurs fois, il en profite ainsi pour désherber et amener progressivement de la terre au pied des rangées de plantes. Mais lors de printemps secs, le sol a tendance à sécher après chaque opération. En buttant en une seule fois, nous économisons l’eau du sol au profit de la culture. Rappelons que lors des cinq dernières années, nous avons connu quatre printemps secs…

Selon les lots disponibles, nous pouvons acheter du plant de calibre 28/35 mm, 28/40 mm ou 35/45 mm. La densité de plantation sera de 4 plants/m² pour les deux premiers calibres, de 3 plants/m² pour les plus gros calibres.

La culture et la conservation

La protection contre le mildiou est une préoccupation. Les traitements dépendent de la variété et des conditions météo. Les services d’avertissements lancent des messages d’alerte. Rendez-vous sur https ://agriculture.wallonie.be/avertissements-aux-cultures1

Concernant la conservation, les tubercules récoltés sont mis à l’abri de la lumière à 15ºC durant 2 semaines avant d’être mis en conservation à 8ºC environ.

Si la température est supérieure à 18ºC au moment de la récolte, les tubercules ne se conservent que difficilement. Le moindre choc amène des blessures et des contaminations par des bactéries présentes dans le sol.

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