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Maximiser les bienfaits du bâchage à plat au printemps et en automne

L’usage du bâchage à plat des cultures maraîchères est largement répandu. On en attend principalement un gain de température au sol, en particulier dès le début du printemps, en vue d’élargir la plage de commercialisation des produits frais. Dans un contexte de rentabilité, certaines précautions et mesures permettent d’améliorer leur efficacité et d’en réduire le coût par culture et par an.

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Dans nos conditions wallonnes, les bâches visent à protéger les cultures du froid, du vent, des pluies battantes et, parfois aussi, de la grêle. Leur intérêt sera plus évident au printemps hâtif et en automne tardif pour une large gamme de légumes (frisées, scaroles, choux, poireaux, persil, carottes, racines de chicons…) et pour étendre la période de vente de produits frais.

Lors des semis de mai à septembre, l’emploi des bâches permet de réduire fortement l’évaporation d’eau en surface de sol. Il en résulte une forte amélioration des réussites des levées en cas de météo desséchante. Lors des dix dernières années, les opportunités d’emploi des bâches pour semis estivaux en périodes sans pluies annoncées ont été nombreuses.

Pour les jeunes plantules et les pépinières de plants à repiquer, la protection du vent est attendue de l’usage des bâches pendant toute la période de l’élevage.

Enfin, la bâche crée un microclimat favorable à la croissance des plantes protégées.

En plein-vent, les bâches sont plus difficilement amarrées  et lestées pour limiter les déchirements et les battements.
En plein-vent, les bâches sont plus difficilement amarrées et lestées pour limiter les déchirements et les battements. - F.

Choisir le bâchage adéquat

L’effet thermique des bâches dépend des polymères constituants, des additifs améliorants, de la mouillabilité, de l’épaisseur et du pourcentage d’ouvertures (pores, perforations). Par exemple, un film perforé de qualité standard est un polyéthylène basse densité de 50 microns d’épaisseur (50 millièmes de millimètre), pesant 45 g/m² et perforé de 500 trous d’un centimètre de diamètre par m². De nombreuses autres qualités sont disponibles. Pour les voiles, la qualité standard est un tissé de polypropylène pesant 17 g/m² et présentant 90 % de porosité.

Les types plus résistants peuvent plus facilement être récupérés deux ou trois fois, ils sont un peu plus coûteux à l’achat.

Alors que nous assistons à la mondialisation des échanges commerciaux, soyons vigilants sur les caractéristiques des bâches proposées ; les contraintes climatiques sont différentes en d’autres endroits du monde et les produits les plus vendus à 1.000 km de chez nous peuvent ne pas convenir au mieux dans nos conditions.

Le double bâchage permet de cumuler l’effet thermique des deux couches employées mais réduit les échanges gazeux nécessaires à la respiration et la photosynthèse ainsi que la luminosité au niveau des plantes. Le film perforé posé sur un voile est une association intéressante. Nous pouvons enlever le film lorsque la culture est bien installée.

Dans certains cas particuliers, il est plus intéressant de placer le film perforé sous le voile : l’objectif est alors de placer le voile sur le film perforé dans un premier temps, puis de l’enlever lorsque la culture devra être pollinisée par les insectes passant par les perforations.

En pratique

Les poses et déposes des bâches peuvent être mécanisées efficacement dès que les surfaces en jeu le justifient. Mécanisé ou non, le recyclage des bâches plastique demeure un problème général, partiellement résolu avec l’aide des intercommunales de gestion des déchets.

Les bâches ont un coût économique, en main-d’œuvre et environnemental. Il faut que cette charge apporte une plus-value à la culture et à l’entreprise. Si l’objectif est de hâter la levée de la culture et la croissance au printemps, il faut mettre ses atouts en avant. Il faut choisir une parcelle parmi les mieux orientées pour se réchauffer au printemps, avec une bonne structure de sol, une fumure raisonnée et le choix d’une variété précoce.

Les films plastiques perforés sont employés seuls ou en seconde couverture de bâchage.
Les films plastiques perforés sont employés seuls ou en seconde couverture de bâchage. - F.

L’implantation de la culture tiendra compte des largeurs de laizes disponibles.

De manière générale, une bâche pour hâter une culture permet son implantation deux semaines plus tôt que sans cette protection.

Idéalement, nous bâchons et débâchons en conditions météo douces : pas ou peu de vent, pas de pluie et température douce. Nous déroulons les laizes dans le sens des vents dominants, avec un ancrage continu (soc, disque) ou discontinu (mottes de terre, sacs de terre, broches). Les plantes devront se développer en poussant sous la bâche.

L’évaporation d’eau par le sol est réduite par le bâchage. Mais en cas de période sèche, il est facile d’irriguer par aspersion sur les bâches.

Lors du débâchage, les plantes vont brusquement perdre l’effet micro-climatique dont elles profitent. Le stress sera atténué si la dépose se fait par temps couvert ou en irriguant immédiatement. L’enlèvement le soir atténue le choc également.

Le débâchage est nécessaire lorsque la température diurne sous bâches au niveau des plantes devient trop élevée pour la culture : par exemple, à partir de 22ºC pour la laitue ou de 26ºC pour la carotte.

Comme pour les cultures de plein air, les parcelles bâchées sont à surveiller avec attention. Ces observations se font au travers des bâches ou par sondages pour les maladies et l’enherbement. Il faut surveiller fréquemment sa parcelle bâchée. Il faut parfois réajuster l’ancrage pour éviter les dégâts cumulatifs dus au vent.

Les bâches et voiles sont posés sur sol humide, lorsque c'est possible.
Les bâches et voiles sont posés sur sol humide, lorsque c'est possible. - F.

Le réemploi des bâches est nécessaire économiquement. Veillons à les ranger en boules à l’abri du soleil. Notons bien les dimensions pour choisir les boules qui conviennent le mieux pour ces réemplois.

Un microclimat se crée sous le bâchage

En plein air, le sol émet du rayonnement infrarouge, d’autant plus que le ciel est clair. Il se refroidit plus par ciel clair que par temps couvert, nuageux. En plaçant une bâche, plusieurs paramètres sont modifiés au niveau du sol et des plantes.

La transmission de la lumière est de 80 à 90 % avec une bâche neuve et propre, avec des résultats comparables pour les films perforés et les voiles. Si la bâche est mouillée, les gouttes d’eau réfléchissent la lumière avec des pertes de 10 à 40 %.

Pour éviter cela, les fabricants commercialisent des films mouillables avec un agent tensioactif en surface (attention au sens des faces lors de la pose). L’eau y forme un film parallèle au plastique, les pertes de luminosités sont nulles ou presque. Les voiles neufs sont plus hydrophobes, mais l’eau s’insère entre les filaments avec plutôt une incidence sur la porosité que sur la transmission de la lumière.

Sous la bâche, la lumière est diffuse et moins directe (plutôt favorable aux plantes). Les salissures sur les bâches réutilisées entraînent des pertes de luminosité de 10 ou 15 %.

La chaleur solaire traverse la bâche et réchauffe le sol et les plantes. L’effet de serre est plus important en présence d’une pellicule d’eau sous la bâche, sans gouttelettes.

Le bâchage permet une économie d’eau. Cet aspect est important au moment de la germination de la culture, en limitant les risques d’avoir une levée étalée dans le temps ou de devoir irriguer en ce moment délicat de la culture. C’est cette fonction qui est mise en valeur lors de bâchage de semis en période sans pluie.

Le bâchage agit comme brise-vent pour les plantes. Mais par grand vent, les bâches se gonflent et battent. Ces battements peuvent occasionner des dégâts aux plantes. Les haies jouent un rôle très positif à cet égard.

Les bâches procurent une forte protection contre les dégâts d’oiseaux, une bonne protection contre les dégâts des insectes et une protection partielle contre le gibier.

Élargir les plages de commercialisation

La culture peut être avancée au printemps, retardée en automne, élargissant les possibilités de commercialisation pour les produits destinés au marché du frais.

Parmi les autres effets positifs du bâchage, les chances de cultiver plusieurs cultures successives lors de la même année augmentent. L’économie d’eau est importante et sera particulièrement appréciée lors de la phase de germination.

Le bâchage permet de gagner 2ºC au niveau du sol au printemps, résultat de 4ºC de gain en période diurne, au moins, et de pratiquement pas de gain en moyenne nocturne.

Mais aussi des effets négatifs…

Par temps froid nocturne et ciel clair, il peut y avoir inversion de température avec des décolorations du feuillage, voire le gel des feuilles en contact avec l’eau glacée sous la bâche.

Par temps ensoleillé, la température sous la bâche peut monter au-delà de la tolérance de la plante. Pour les cultures hâtées, on enlève les bâches fin avril ou mi-mai, environ. Pour le bâchage de levée placé en mai ou en juin, on les enlève quand les plantes sont bien présentes sur la ligne. Mais ces règles sont à nuancer d’après la météo de l’année et la culture concernée.

F.

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