Le rebond des prix tire la collecte laitière à la hausse

Suite à l’envolée des cours de la matière grasse, les prix du lait ont continué de grimper cet été dans l’ensemble des États membres.
Suite à l’envolée des cours de la matière grasse, les prix du lait ont continué de grimper cet été dans l’ensemble des États membres. - J.V.

En France, la collecte laitière peine à rebondir. Elle a certes surpassé en août (+0,7 %) et plus nettement en septembre (+4 %) le très bas niveau de 2016, mais reste en deçà des niveaux de 2014 (-2 %) et 2015 (-3 %). En cumul sur 9 mois, elle est toujours en retrait de 253.000 t, soit -1,3 % par rapport à 2016. Le prix du lait a progressé sensiblement cet été sous le double effet des bonus de saisonnalité et de l’envolée des cours de la matière grasse laitière. Il a gagné 24 € en 2 mois pour atteindre 349 € /1.000 l en moyenne nationale en août (lait standard 38-32). Mais les difficultés économiques consécutives à la crise de 2015-2016 sont toujours palpables dans beaucoup d’exploitations laitières, notamment celles qui avaient investi récemment. De plus, la pousse de l’herbe a été très ralentie par la sécheresse estivale dans 75 % des régions fourragères.

En revanche, la récolte de maïs fourrage a été bonne avec des rendements en hausse, exception faite de quelques zones. Par ailleurs, le cheptel a été plutôt préservé. Au 1er  septembre, on comptait seulement 13.000 vaches laitières de moins qu’en 2016 (-0,4 %).

La production laitière française pourrait donc rebondir plus nettement en fin d’année et retrouver son niveau de 2015. Encore faut-il que le prix du lait demeure incitatif !

Rebond des prix

Face au redressement de la demande mondiale de produits laitiers et notamment à l’envolée des cours de la matière grasse, les prix du lait ont continué de grimper cet été dans l’ensemble des États membres. En effet, malgré la lourdeur sur le marché de la poudre maigre, le prix du lait valorisé en beurre et poudre maigre atteignait 330 €/1.000 l sur le marché mondial et 345 € sur le marché européen.

Le prix moyen européen calculé par la Commission européenne a ainsi atteint 369 €/1.000 l en août, 19 % de plus qu’en 2016. Dans les pays où le prix est le plus volatil comme l’Allemagne, l’Irlande et les Pays-Bas, la hausse d’un an sur l’autre du prix du lait de composition standard atteint respectivement 54 %, 36 % et 34 %.

Redressement contrasté

Par rapport à 2016, la collecte laitière européenne est de nouveau en croissance significative depuis juin, point de départ du coup de frein face à la chute du prix du lait l’an dernier.

En août, elle aurait progressé de 2,5 % par rapport à 2016 d’après les estimations, enregistrant ainsi une hausse de plus de 1 % par rapport au niveau record d’août 2015. Sur 8 mois, elle affiche une hausse de 514.000 t ou 0,5 % en comparaison aerc 2016.

Si quasiment tous les États membres ont vu leur collecte rejoindre ou dépasser le niveau de 2016 en août, seuls quelques-uns enregistrent une nette dynamique de croissance et expliquent l’essentiel de la progression de la collecte européenne.

L’Irlande en premier lieu enregistre un surplus de collecte de 441.000 t sur 8 mois par rapport à 2016 (+8,5 %), forte d’un cheptel en nette hausse. En Pologne comme en Italie, la collecte n’avait que peu faibli fin 2016 et est en hausse significative depuis le début de l’année : respectivement +374.000 t (+5 %) et +294.000 t (+4 %) sur 8 mois. De même en République Tchèque et en Bulgarie qui enregistrent des surplus de 104.000 t (+6 %) et 45.000 t (+12 %).

La collecte laitière a rebondi plus tardivement au Danemark mais affiche un niveau record en août : +9 % par rapport à 2016 et +2 % par rapport à 2015. Parallèlement, la collecte se rétablit plus lentement en Allemagne, en France et au Royaume-Uni, les trois leaders laitiers européens. Encore un léger recul en août, la collecte allemande a dépassé son niveau 2016 en septembre mais restait inférieure à son record de 2015. La reprise de collecte dans le Nord-Ouest est en effet contrebalancée par un recul dans l’Est où plusieurs grands ateliers laitiers ont fermé suite à la chute du prix en 2016. Sur 8 mois, la collecte allemande a reculé de 466.000 t (-2 % en comparaison avec 2016).

Enfin, quelques États membres enregistraient encore un recul sensible de collecte par rapport à 2016 : quelques pays très secondaires dans le paysage laitier (Grèce, Hongrie, Croatie), mais également les Pays-Bas, 4e  producteur européen. Les éleveurs néerlandais sont en effet contraints de réduire significativement leur cheptel laitier pour maîtriser les déjections de phosphores et espérer obtenir la prolongation de leur dérogation à la directive nitrates. La collecte néerlandaise a ainsi reculé de 2 % en août malgré un prix du lait redevenu très stimulant à 370 €/t.

Pour les derniers mois de 2017, le dynamisme ne devrait pas se démentir dans les pays où la croissance est la plus nette. Par ailleurs, le redressement va mécaniquement s’accentuer par rapport à 2016 en France, en Allemagne et au Royaume-Uni compte tenu du fort ralentissement enregistré fin 2016, même si ces pays ne retrouvent pas le niveau maximum de collecte atteint en 2015. Au total, la collecte européenne pourrait afficher une hausse de près de 4 % par rapport 2016 sur le dernier trimestre ce qui aboutirait à une progression de 1,2 % en comparaison avec 2016 sur l’ensemble de l’année.

La collecte des grands exportateurs s’étoffe

En Australie, la collecte se redresse au démarrage de la nouvelle campagne après un recul de près de 7 % sur 2016/17. La hausse devrait toutefois rester modérée (estimée à 2-3 % par Dairy Australia) car le cheptel a été réduit et les éleveurs restent peu confiants malgré une situation plutôt favorable concernant les conditions météorologiques et le prix des intrants.

En Nouvelle-Zélande, la collecte d’août, premier mois de reprise saisonnière, affiche en recul de 1,6 % par rapport à 2016. La collecte est toutefois prévue en hausse de 2 à 3 % sur l’ensemble de la campagne car le cheptel est étoffé et le prix du lait incitatif. Fonterra a confirmé fin septembre ses prévisions de prix s’établissant à l’équivalent d’un peu moins de 380 €/t de lait, en hausse de 11 % par rapport au niveau déjà bien redressé de 2016/17.

Aux États-Unis, le dynamisme de la collecte ne se dément pas. Elle a encore affiché une hausse de 2,1 % par rapport 2016 en août et le Département américain de l’agriculture prévoit une hausse de 1,9 % au dernier trimestre et 1,7 % sur l’ensemble de l’année.

La collecte se redresse aussi au Brésil (+4 % par rapport à 2016 sur 6 mois) et en Uruguay (+8 % sur 8 mois), mais reste ralentie en Argentine (-8 % sur 7 mois), qui subit toujours les impacts des lourdes inondations des années passées et de la situation économique très dégradée pour les éleveurs laitiers.

En somme, la collecte cumulée des 5 principaux exportateurs, de nouveau en croissance d’une année sur l’autre depuis mars, a enregistré en août une hausse de 460.000 t par rapport à 2016 (+1,9 %) d’après les estimations. Le surplus par rapport à l’an passé va s’accentuer au fil des mois avec la reprise des collectes européenne et néo-zélandaise. Cette offre accrue devrait contribuer à détendre le marché de la matière grasse laitière mais risque fortement de déstabiliser encore davantage le marché déjà très dégradé des protéines laitières et pourrait ainsi peser sur le prix du lait dans les mois qui viennent.

D’après Tendances Lait et Viande (Idele)

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