Courrier des lecteurs : la bonne recette
L’actualité n’est pas très gaie ces derniers temps… Mais dans l’absolu, les choses ne vont pas si mal que ça, pas vrai ? Nous venons de dépasser la Chandeleur, et l’hiver n’a pas repris vigueur !

Cette année encore, les crêpes furent délicieuses, et nous avons fêté (dans le gris) la fin du gris janvier par l’arrivée… d’un gris février, pas trop froid, pas trop humide, pas trop marrant non plus. Mais haut les cœurs : chaque jour, nous gagnons des heures de clarté : c’est merveilleux ! Comme on dit chez nous :
Question actualités, je ne sais pas vous, mais en ce qui me concerne, j’ai décidé de bouder les infos, de zapper sur la télé et la radio quand les mots « T… p », « P… ne », « A… ona », « M… sur » sont prononcé. Et d’autres encore… Je sature ! Tout le monde devrait comprendre qu’il est vain de se gaver de l’anxiété mortifère distillée par les médias. Rien ne va plus, à les entendre. L’ordre belge est en pleine mutation ; l’ordre mondial est en complète liquéfaction. Et après ? Pour le reste, rien n’a changé. Il faut
Sauf que celle-ci ne provient pas de Wallonie ni de Belgique… J’ai appris tantôt sur la Première Rtbf, et cela m’a sidéré, que 90 % du froment cultivé chez nous rentre dans la filière des bio-carburants ! Oups ! La farine nourricière vient d’un pays à blé panifiable. France, Italie… ? Le lait de nos crêpes provient d’Allemagne, ai-je réalisé en inspectant de plus près le berlingot acheté dans un supermarché où les pauvres fermiers vont s’approvisionner. Heureusement, les œufs ont été pondus par nos poules : nous avons donc un peu consommé local ! Ouf, l’honneur wallon est sauf ! Le sucre pour les saupoudrer vient évidemment de betteraves belges, et la pincée de sel est néerlandaise. Quant à la crêpière, au revêtement céramique exempt de Pfas, elle est de marque belge, ou plutôt flamande, mais a été fabriquée en Asie !
Nos crêpes avaient donc un goût d’ailleurs fort prononcé, pas si mauvais après tout. Impossible chez nous de consommer local à 100 %, mais au fond, quelle importance ? Agriculteurs d’ici ou des pays d’à côté, il faudra toujours des femmes et des hommes pour cultiver la terre, élever des animaux, et ainsi produire de quoi nourrir l’humanité. Les politiciens, et tout ces hyper riches qui se sont arrogé le droit de conduire le monde, éprouvent quelques difficultés à se rappeler d’où vient la nourriture, quelles sont les personnes qui travaillent pour eux, et comment celles-ci gagnent leur vie…
« Gagner sa vie » ! J’aime cette expression ! À l’entendre, la vie est une sorte de compétition dans laquelle nous sommes engagés, où nous devons gagner, vaincre, être tout bons pour la mériter. C’est comme « gagner son paradis », « gagner du temps », ou encore « gagner son pain », ou sa croûte, ou pourquoi pas sa crêpe ? Comment les agriculteurs font-ils ? Sur la Première, l’intervenant altermondialiste a affirmé péremptoirement que les fermiers wallons tirent 90 % de leurs revenus des aides de la Pac, après avoir parlé des 90 % de froment utilisés pour nourrir les voitures. Monsieur « 90 % » a-t-il raison ?
Aïe, aïe ! J’ai l’impression qu’il est dans le vrai ! Et c’est tellement triste, carrément déprimant… Actuellement, on ne peut pas dire que l’ambiance soit au beau fixe en agriculture. La plupart des productions sont sous pression : céréales, pommes de terre, légumes et betteraves en particulier. Seul le secteur « bovins viandeux » tire son épingle du jeu, mais jusqu’à quand ? On annonce déjà un problème (à la baisse) dans le secteur porcin, et le secteur de la volaille pourrait par ailleurs subir le poids des importations du Mercosur. Reste Maman-Poule Pac et ses aides directes et découplées, ses Maec, Éco-régimes, soutiens couplés, paiements de base, redistributifs et ses aides complémentaires pour les jeunes.
Monsieur « 90 % » de la Première semblait très au courant. Selon lui, 90 % des aides Pac vont à 20 % des exploitations européennes et aux sociétés de gestion agricole.
Mais qu’y faire ? Aller manifester ? Vider des bennes de patates sur les places publiques ? Bloquer les routes ?
Alors, commençons par balayer devant nos portes . Cuisinons chez nous nos crêpes comme nous l’avons toujours fait, et remplissons le mieux possible la déclaration de superficie, calculette en main et fouet dans l’autre, pour battre nos œufs à nous, la farine et le lait des autres, et suivons notre vieille recette…





