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Une version «terre à terre» de la BCAE 5 entrera en vigueur le 1er janvier 2027

Ne pas porter atteinte à la liberté de culture et guider les agriculteurs dans les mesures à adopter pour gérer les risques d’érosion. Tel a été le fil conducteur des discussions ayant abouti à la nouvelle BCAE 5 qui, profondément revue, se veut plus proche des réalités du terrain et entend proposer aux cultivateurs des outils ciblés et adaptés à leur exploitation.

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On se souvient que la première version de la BCAE 5 « Gestion du travail du sol en vue de réduire le risque de dégradation et d’érosion des sols » avait suscité un véritable tollé, mais aussi de nombreuses craintes, dans le monde agricole. Le système, basé sur une cartographie « érosion », ne répondait pas aux réalités rencontrées sur le terrain, arguaient les syndicats, qui dénonçaient également une atteinte à la liberté de culture sur les parcelles les plus sensibles à l’érosion. Après de nombreux échanges entre l’Europe et la Wallonie, les modalités de gestion de ce phénomène ont été complètement revues, avec un retour temporaire à la législation « R10/R15 » tandis que l’adoption de la nouvelle BCAE 5 était mise en suspens.

Toutefois, la Wallonie se devait d’implanter cette mesure sur son territoire. La ministre wallonne de l’Agriculture, Anne-Catherine Dalcq, s’était fixé pour objectif de la faire évoluer, en concertation avec les syndicats, en vue de garantir son applicabilité agronomique tout en luttant concrètement contre l’érosion. Après de nombreux mois d’échanges entre les syndicats, les centres pilotes, l’administration wallonne et le cabinet de la ministre, cette dernière vient de présenter la nouvelle mouture de la BCAE 5, dont l’entrée en application est fixée au 1er janvier 2027.

En toute autonomie

« La BCAE 5 résulte d’une obligation européenne visant à limiter les coulées de boue et l’érosion, d’une part, et à préserver les terres agricoles, d’autre part. Cela signifie que les agriculteurs devront respecter de nouvelles mesures, alors que ce n’est pas ce qu’ils attendaient… », résume Anne-Catherine Dalcq. Et d’ajouter : « Nous avons travaillé avec les syndicats afin que lesdites mesures soient les plus simples possibles ». En parallèle, les démarches effectuées auprès de l’Union européenne ont permis de postposer l’application de la BCAE 5 afin que 2026 joue pleinement un rôle d’année de transition.

La nouvelle BCAE 5 s’articule autour de trois éléments. Tout d’abord, la carte de sensibilité à l’érosion a été retravaillée pour détecter au mieux les risques tout en correspondant davantage à la réalité de terrain. Elle permet de cibler les parcelles sensibles. Deuxièmement, les cultures à risques ont été ciblées, à savoir les cultures de printemps (sur buttes, sarclées, maraîchères et pépinières de plants). Enfin, si un risque est constaté et qu’une culture de printemps est envisagée, des mesures correctrices doivent être adoptées. « Et ce, en toute autonomie. Car l’agriculteur a le choix des actions à mettre en œuvre », insiste Mme Dalcq.

En bref, sont donc concernés les fermiers implantant des cultures de printemps (maïs, pommes de terre, betteraves, légumes, céréales de printemps…) sur des parcelles sensibles à l’érosion classées 4, 5 ou 6. À l’inverse, les prairies permanentes et temporaires, les céréales et oléagineux d’hiver, les cultures permanentes dont le sol est couvert à au moins 80 % et les parcelles ayant une superficie inférieure à 2 ha ne sont pas ciblées par les nouvelles dispositions.

Chaque agriculteur a reçu ou recevra prochainement un courrier lui expliquant comment accéder à la carte de sensibilité à l’érosion. Cet outil essentiel lui permettra d’identifier la classe de ses parcelles et lesquelles sont concernées par la BCAE 5 (de 1 à 6 ; les trois dernières requérant une action).

La ministre wallonne de l’Agriculture, Anne-Catherine Dalcq (au centre), et les syndicats se sont accordés sur un point crucial pour les agriculteurs: toutes les parcelles pourront continuer à être cultivées bien que moyennant des adaptations ciblées lorsqu’un risque d’érosion est détecté.
La ministre wallonne de l’Agriculture, Anne-Catherine Dalcq (au centre), et les syndicats se sont accordés sur un point crucial pour les agriculteurs: toutes les parcelles pourront continuer à être cultivées bien que moyennant des adaptations ciblées lorsqu’un risque d’érosion est détecté. - J.V.

Adapter la forme ou l’organisation des parcelles

Le dispositif tel qu’il entre en vigueur n’impose pas une seule solution mais en propose plusieurs, combinables entre elles, afin que chaque agriculteur puisse agir selon sa situation. En pratique, quatre solutions coexistent.

Adapter la forme ou l’organisation des parcelles est la première d’entre elles. Deux méthodes sont ici suggérées. Il est ainsi possible de diviser une parcelle en deux parties ou plus et d’y implanter deux cultures différentes (une d’hiver et une de printemps, idéalement). Il est également envisageable d’insérer une bande enherbée dans la parcelle au niveau des zones sensibles. Dans ce cas, la même culture peut être implantée sur l’ensemble de la parcelle.

« Ces options peuvent être testées dans un simulateur en ligne qui évaluera la nouvelle classe de sensibilité à l’érosion sur base de la mesure envisagée », complète Anne-Catherine Dalcq. Ce simulateur est d’ores et déjà accessible et son adresse est communiquée par le biais du courrier relatif à la carte de sensibilité à l’érosion.

Miser sur le taux de carbone et le pH

La nouvelle version de la BCAE 5 permet de valoriser un taux de carbone suffisant et un pH adapté, ceux-ci améliorant la stabilité structurale du sol. Encore une fois, deux options sont proposées aux agriculteurs dont les parcelles sont classées en sensibilité à l’érosion 4, 5 ou 6.

Premièrement, l’agriculteur aura la possibilité de faire valoir une analyse de sol, intégrant notamment le taux de carbone. Celle-ci, réalisée par un laboratoire compétent et datant de maximum cinq ans, doit démontrer que le sol atteint les seuils requis pour la région agricole concernée. La teneur minimale en carbone organique est fixée à :

– 1,4 % en régions limoneuse et sablo-limoneuse ainsi qu’en Campine hennuyère ;

– 1,8 % en Condroz ;

– 2 % en Ardenne, Haute Ardenne, Famenne, région herbagère, Fagne et région jurassique.

Pour l’ensemble des régions agricoles, le pH KCl doit également être supérieur ou égal à 5,5.

Deuxièmement, les analyses de sol réalisées dans le cadre de la mesure agro-environnementale et climatiques « sols » (MR14) sont également valorisables. La présentation d’un rapport favorable (rapport COT/argile supérieur à 17 % en sol léger, à 10 % en sol moyen et à 9 % en sol lourd) est prise en compte dans le cadre de cette BCAE.

« Si l’une de ces deux conditions est rencontrée sur le terrain, la classe de sensibilité à l’érosion de la parcelle est réduite de 1 », précise la ministre. Ces deux options permettent donc de valoriser les pratiques favorables à la stabilité et la fertilité des sols.

Puiser dans la boîte à outils et atteindre un nombre de points

Troisième possibilité proposée aux agriculteurs : adopter des pratiques culturales faisant partie d’une boîte à outils regroupant un ensemble de solutions agronomiques, à choisir en fonction de la culture en place et de la classe de sensibilité à l’érosion de la parcelle concernée.

Concrètement, que cela signifie-t-il ? Pour chaque terre concernée, un nombre de points doit être atteint annuellement, en fonction de sa classe de sensibilité (4 points en classe 4, 6 en classe 5 et 9 en classe 6). Ainsi, plus la sensibilité à l’érosion est élevée, plus les pratiques et techniques à mettre en place sont variées et complémentaires, afin de renforcer la protection des sols.

Chaque agriculteur peut choisir les techniques qui s’intègrent le mieux à son système de culture et au contexte de son exploitation.

À titre d’exemple, la mise en place d’une interculture longue maintenue jusqu’au 1er  février rapporte 4 points ; installer une bande anti-érosion en amont ou en aval d’une parcelle rapporte 1 point ; conjuguer techniques culturales simplifiées et cloisonnement des inter-buttes en pommes de terre rapporte 4 points (6 points si on y ajoute l’ensemencement des inter-buttes ou des diguettes) ; un semis à 45° (en betteraves, chicorées et maïs) rapporte 3 points ; un strip-till, 4 points ; un semis direct, 9 points… Et ce ne sont que quelques pistes.

Un accompagnement sur mesure

Enfin, dans les situations les plus complexes, il sera possible de bénéficier d’un accompagnement de Natagriwal. Le but : mettre sur pied une solution personnalisée et sur mesure face à la situation rencontrée, élaborée avec l’aide des conseillers « sol » de l’asbl.

Une année de transition

Vu l’ampleur de la mesure, diverses solutions d’accompagnement sont prévues. En effet, les agents des directions extérieures du Service public de Wallonie Agriculture, Ressources naturelles et Environnement ont été formés à cette nouvelle BCAE 5. Ils pourront répondre aux questions des agriculteurs mais aussi les accueillir dans le bureau afin de se pencher, ensemble, sur la carte de sensibilité à l’érosion et le simulateur. Divers outils (fiches, brochures…) seront également mis à disposition. Enfin, tant l’administration que les syndicats prévoient des séances d’information.

« La BCAE 5 sera obligatoire dans toutes les parcelles en classes 4, 5 et 6 dès le 1er  janvier prochain. 2026 constitue donc une année de transition permettant de se pencher sur les diverses mesures à adopter, dont certaines dès la moisson, afin d’être prêt à temps », conclut la ministre Dalcq, qui a souhaité s’inscrire dans une réflexion à long terme et non dans la précipitation en livrant dès février un cadre de travail aux agriculteurs wallons.

Jérémy Vandegoor

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