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BelBul, la marque belge qui pétille

Grande première dans le domaine des vins belges : vignerons wallons et flamands se sont unis pour créer BelBul, une marque destinée à mettre en valeur leurs vins effervescents.

Temps de lecture : 7 min

En France, on appelle « Crémant » tout vin effervescent et pétillant d’appellation d’origine contrôlée qui est élaboré selon la méthode traditionnelle (on ne peut plus dire champenoise), c’est-à-dire avec une double fermentation en cuve, puis en bouteille. Il est référencé auprès de l’Europe comme « vin mousseux de qualité produit dans une région déterminée ».

Cette appellation existe dans huit régions françaises, ainsi qu’au Luxembourg et en Wallonie. Elle est considérée comme référence par tout amateur de vin pétillant.

En Belgique, les choses diffèrent dans les deux régions : la Flandre a établi depuis 2005 un cahier de charges pour le « Vlaamse mousserende kwaliteitswijn » mais n’a pas retenu l’idée d’un « Crémant de Flandre », contrairement à la Wallonie qui a reconnu le « Vin mousseux de qualité » et le « Crémant de Wallonie » en même temps, en 2008.

Il faut souligner que les conditions de production du crémant sont très strictes et imposent, notamment, la vendange manuelle que les plus grands producteurs wallons tels que Ruffus (35 ha) ou le Domaine du Chant d’Eole (54 ha), ne peuvent se permettre. Il y a donc peu de crémants chez nous.

Aussi étonnant que cela puisse paraître, le nom de Crémant, outre les exigences déjà citées, n’a jamais percé en Belgique, tant au niveau des vignerons que des consommateurs qui, semble-t-il, demandent au restaurant que leur soit servi un « cava belge » ou un « champagne belge ». Ce qui a amené les deux associations professionnelles, « Vignerons de Wallonie » et « Belgische Wijnbouwers », à proposer non pas une nouvelle appellation (trop longue à obtenir) mais une nouvelle marque, plus immédiate à la compréhension, lancée depuis bientôt un an.

La nécessité d’un nom

« Il s’agit bien d’une initiative conjointe. Nos deux associations sont parties du postulat que nous ne savions pas appeler nos bulles, d’autant plus que l’Appellation d’origine protégée (AOP) Crémant, plus haut de gamme, n’existe qu’en Wallonie. En choisissant le mot Crémant, il y a une vingtaine d’années, on s’est tiré une balle dans le pied, puisque l’on a de facto éliminé les plus gros producteurs de bulles qui n’ont pas pu prétendre à cette AOP », retrace Vanessa Wijckmans-Vaxelaire, présidente de l’Association des vignerons de Wallonie.

« Le constat général, donc fédéral, c’est de dire que l’on n’avait pas de nom, et le constat wallon, c’est que nos appellations, l’appellation par excellence aux deux gammes, excluent les plus grands producteurs de bulles et ceux qui ont le plus de médailles. Il nous fallait donc un nom. »

Vanessa Wijckmans-Vaxelaire, présidente de l’Association des vignerons de Wallonie,  et Lodewijk Waes, son homologue du nord du pays, sont les chevilles ouvrières  de la nouvelle marque dédiée aux vins effervescents belges.
Vanessa Wijckmans-Vaxelaire, présidente de l’Association des vignerons de Wallonie, et Lodewijk Waes, son homologue du nord du pays, sont les chevilles ouvrières de la nouvelle marque dédiée aux vins effervescents belges. - BelBul

Début 2024, les premières réunions de remue-méninges sont alors organisées. Avec une fréquentation fluctuante, il fut décidé de créer la coopérative WMVM (Wijn en Mousserend – Vin et Mousseux) pour lancer BelBul en mai 2025.

Wouter Bogaert, propriétaire du domaine Het Verhaal LZ, à Merelbeke, fut l’un des promoteurs les plus motivés : « J’ai jeté Belbulles sur la table dès le début et ce mot est resté longtemps dans l’air. Il a survécu à de nombreuses séances de brainstorming. Puis nous avons fait appel à nos collègues wallons qui ont trouvé que ce mot sonnait trop français. À leur suggestion, nous l’avons simplifié et rendu plus percutant : BelBul donc ».

« Nous aurions pu chercher un mot latin ou autre, mais cela veut bien dire ce que ça veut dire » reprend Vanessa Wijckmans-Vaxelaire. Et d’ajouter : « Le lancement, le 12 mai 2025, à la Villa Empain à Bruxelles, en présence de la ministre Anne-Catherine Dalcq, fut une réussite, une superbe ouverture. À l’époque, nous étions 22 ou 23 producteurs, aujourd’hui… 33, et bientôt 36 sur la centaine qui produisent des vins effervescents. Avec le mot BelBul sur les étiquettes, cela devient concret pour les consommateurs. Ce que nous avons voulu vraiment créer, c’est un climat de confiance avec les amateurs. Je trouve que cela change tout : en prenant une bouteille BelBul, on est certain d’avoir une bouteille de qualité. »

Conditions d’adhésion

BelBul est bien une marque et non un label ou une nouvelle appellation comme la Région wallonne a tenu à le rappeler. Cette marque appartient aux deux associations qui ont créé une coopérative où chaque nouveau venu doit acheter une part à un prix tout à fait démocratique et s’engager à respecter la charte. Un droit par bouteille est appliqué et évolue selon le nombre de flacons.

Pour prétendre  à la marque,  les vignerons doivent respecter des critères stricts, garantissant la qualité et  l’authenticité  des vins  effervescents belges.
Pour prétendre à la marque, les vignerons doivent respecter des critères stricts, garantissant la qualité et l’authenticité des vins effervescents belges. - BelBul

« Mais tous les vins effervescents belges ne peuvent pas prétendre à la marque BelBul. Les vignerons qui souhaitent l’obtenir doivent respecter des critères stricts, garantissant la qualité et l’authenticité des vins effervescents belges. » Critères que voici :

– les vins effervescents doivent être produits selon la méthode traditionnelle et répondre aux conditions et spécifications définies dans les cahiers des charges des vins effervescents, établis par la Région compétente ;

– les vins doivent être accrédités par la commission d’agrément en tant qu’AOP ou BOB (l’équivalent, au nord du pays) ;

– les vins doivent être 100 % belges, ce qui signifie que la culture des raisins et la vinification doivent avoir lieu en Belgique. L’utilisation de raisins importés est interdite ;

– le domaine viticole doit être une entreprise familiale, membre de l’une des deux organisations professionnelles et actionnaire de la coopérative CV Wijn en Mousserend – Vin et Mousseux.

« Ces critères garantissent que BelBul est un label de qualité fiable, assurant aux consommateurs qu’ils dégustent des bulles belges authentiques répondant aux plus hauts standards. »

Un enthousiasme certain

La sortie de BelBul a eu un fameux retentissement, suscitant un enthousiasme certain dans l’Horeca et chez les cavistes dont certains ont commandé en masse.

Les vignerons se réjouissent également de cette nouvelle opportunité de vente. « Je trouve le concept assez porteur en tant que groupe. Cela permet d’avoir autre chose qu’uniquement le crémant. C’est plutôt positif, les gens ont l’air assez curieux. Ça peut être pas mal, d’autant plus que tout le monde plante de la vigne en Belgique. Le marché va donc gentiment se tendre dans les années qui viennent… Les consommateurs ne vont pas se multiplier par 100. Avoir des références qualitatives, ou un peu plus intersectionnelles, permet de ne pas être noyé dans la masse. On va voir à moyen et long terme, mais je suis assez confiant dans le projet », constate Damien Briard, vigneron du domaine du Château d’Annevoie.

Selon ceux qui la portent, la marque connaît déjà un certain engouement dans l’Horeca et chez les cavistes.
Selon ceux qui la portent, la marque connaît déjà un certain engouement dans l’Horeca et chez les cavistes. - S.H.

Au Domaine du Chenoy, à Emines, Pierre-Marie Despatures, chargé de la direction commerciale du domaine, estime que « l’impact de cette première année sur leurs ventes n’est pas facile à estimer – les ventes augmentent chaque année – mais le lancement de BelBul est très positif ». « Si les professionnels du vin en ont forcément entendu parler, le consommateur lambda aussi. La marque valorise la bulle belge et nous permet de jeter des ponts entre les deux régions afin de la faire vivre. Des événements communs sont en préparation, dont la célébration du premier anniversaire de Belbul tout prochainement. Tout cela nous permet aussi d’avoir un lien renforcé pour être plus présent à l’international. »

Enfin, pour Hubert Ewbank au Domaine du Chant d’Eole, l’opération est plus que positive. « Je pense que cela va prendre du temps. Mais, dans le futur, nous allons utiliser BelBul. Et quand il y aura un peu plus de maisons, un peu plus connues, je pense que ce sera plus facile. »

« Le secteur viticole belge, et plus particulièrement la production de vins effervescents, joue un rôle de plus en plus significatif dans l’économie belge », constatent les initiateurs de la marque. La croissance du secteur entraîne une augmentation de l’emploi, tant dans l’agriculture que dans l’Horeca et le tourisme.

« L’œnotourisme est en plein essor en Belgique : de plus en plus d’amateurs de vin et de touristes visitent les vignobles belges pour découvrir les bulles locales et le savoir-faire des vignerons. Par ailleurs, les vins effervescents belges stimulent les exportations et la demande internationale pour des vins effervescents européens de qualité ne cesse de croître. Grâce à la professionnalisation continue du secteur et au lancement de la marque BelBul, la Belgique peut renforcer sa position en tant que producteur de vins haut de gamme et créer de nouvelles opportunités économiques. » Une très belle opération donc.

Marc Vanel

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