Quels sont les bénéfices réels de l’ajout de bactéries dans les ensilages?
Depuis 2021, Fourrages Mieux, en collaboration avec le Centre wallon de recherches agronomiques, évalue la conservation des ensilages d’herbe et tente d’estimer les pertes dans les silos. L’asbl également traite des questions liées à l’utilisation d’additifs et conservateurs dans les silos. Pour y répondre, outre les informations disponibles et les résultats des tests en mini-silos déjà réalisés, Fourrage Mieux a souhaité aller un cran plus loin en testant les additifs en situation réelle chez des éleveurs.

Pour observer l’effet de l’ajout de bactéries dans les ensilages, la méthode des sacs enfouis a été utilisée. Cette méthode, déjà testée chez les éleveurs, permet de comparer le même fourrage avant et après fermentation. Deux types de produits ont été testés, un mélange de bactéries homolactiques et un mélange de bactéries homolactiques et hétérolactiques.
Des essais ont été réalisés dans des premières et deuxièmes coupes dans trois fermes laitières différentes des provinces de Liège, Namur et Luxembourg. Deux de ces fermes étaient en agriculture bio. Les produits utilisés ont varié notamment en fonction de la teneur en matière sèche et de la conservation des ensilages les années précédentes dans chaque exploitation.
Pour des raisons pratiques, il n’a pas été possible de tester toutes les combinaisons dans chaque silo. Le tableau 1 résume les différents cas étudiés. Les additifs utilisés étaient un mélange de différentes bactéries homofermentaires (Ho), un mélange de bactéries homofermentaires et hétérofermentaires (Ho + He) auxquels s’ajoutent des sacs sans additifs jouant le rôle de témoins (T).

Ne pas récolter la luzerne sous 30 % MS
Le premier essai confirme que récolter de la luzerne sous 30 % de matière sèche la rend très compliquée à conserver, même avec un ajout de bactéries lactiques homofermentaires. Ces bactéries, qui permettent d’accélérer l’acidification, améliorent un peu la conservation mais ne font pas de miracle. La luzerne, avec son pouvoir tampon élevé (« résistance à l’acidification ») et sa teneur en sucres parfois limitée, est difficile à acidifier.
Si l’acidification ne se fait pas suffisamment vite et fort, les mauvaises bactéries peuvent se développer (acétiques, butyriques…), surtout lorsque le fourrage est très humide. La conséquence de leur développement est une diminution de la valeur alimentaire du fourrage via, notamment la dégradation des protéines.
Un des seuls additifs qui auraient pu limiter le développement des mauvaises bactéries est l’acide formique. Acide qui est rarement utilisé chez nous.
Pas d’amélioration de la conservation
Dans le cas de la coupe de luzerne récoltée plus sèche (50 % MS, 2e cas), les valeurs alimentaires ne sont pas significativement différentes entre les sacs « bactéries Ho + He » et les sacs « témoins ». L’hypothèse en est la suivante : les sucres qui ne sont pas perdus à l’ouverture du silo le sont lors de la fermentation. En effet, la fermentation peut être prolongée par les bactéries hétérofermentaires contenues dans le mélange.
Dans ce cas, le mélange de bactéries homolactiques et hétérolactiques n’a pas permis d’améliorer la conservation du fourrage.

Le fourrage, un milieu non stérile
Pour cette 1re coupe récoltée à environ 41 % de MS (cas 3), aucune grosse différence, en termes de valeurs alimentaires, n’a été observée entre les différents sacs. Ceux contenant le mélange de bactéries Ho + He ont tendance à être, en moyenne, plus pauvres en sucres solubles et en énergie que les deux autres. Cela peut s’expliquer par une fermentation prolongée durant laquelle les bactéries ont pu consommer plus de sucres solubles.
La stabilité aérobie des sacs (stabilité du fourrage en contact avec de l’oxygène) a été mesurée chaque fois pour les trois sacs. Il n’a pas été constaté de différence sur sept jours. La température du fourrage était relevée toutes les heures et aucune augmentation de plus de 2°C par rapport à la température ambiante n’a été enregistrée.
Il y a presque autant d’acide acétique avec les bactéries homofermentaires utilisées seules qu’avec le mélange des deux bactéries. Il convient de garder en tête que le fourrage n’est pas un milieu stérile ; des bactéries et autres micro-organismes y présents naturellement. Il y a peut-être aussi un effet tampon du reste du silo.
Entre 40 et 50 % MS, aucun besoin de bactéries
En comparant les valeurs alimentaires moyennes du dernier essai, aucune différence importante n’est constatée entre les sacs avec et sans bactéries. En conclusion, dans ces ensilages (C1+C2) récoltés entre 40 et 50 % de MS, les bactéries lactiques homofermentaires n’ont pas eu réellement d’utilité. Elles ont même potentiellement diminué la stabilité des sacs à l’ouverture du silo. Un mélange de bactéries lactiques homofermentaires et hétérofermentaires n’aurait pas eu sa place non plus dans le cas présent.
Avec quel coût ?
Les deux additifs utilisés, à savoir le mélange de bactéries homolactiques et le mélange de bactéries homolactiques et hétérolactiques, coûtaient 130 € pour 50 t de fourrage. Attention : le coût par silo est dépendant de la teneur en matière sèche du silo.
Comme indiqué dans le tableau 2, il est moins cher d’ajouter des bactéries à des ensilages plus secs. Cependant, ajouter des bactéries dans des ensilages de plus de 50 à 55 % de matière sèche est souvent inutile et représente donc un coût inutile.

Des bactéries utiles mais pas toujours indispensables
Le tableau 3 donne un aperçu des conclusions des premiers essais réalisés sur les additifs d’ensilage. L’idée de cette synthèse n’est pas de tirer une conclusion générale sur l’efficacité ou non des bactéries dans les ensilages d’herbe. Il ne s’agit que d’un essai, sur une année, dans trois fermes différentes.

Cependant, elle permet de réaliser que les bactéries, bien qu’elles puissent dans certains cas améliorer la conservation des ensilages, sont loin d’être toujours indispensables. De plus, les premières conclusions montrent que, dans certains cas, les bactéries homolactiques peuvent diminuer la stabilité de l’ensilage à la reprise (4e cas, développement probable de levures). Le 1er cas (luzerne humide) témoigne que les bactéries qui peuvent accélérer l’acidification ne seront pas suffisantes pour conserver la qualité de la luzerne si la teneur en matière sèche est trop faible. La bonne conduite du chantier d’ensilage et un désilage dans de bonnes conditions sont les facteurs qui influencent le plus la qualité de conservation.
En 2025, Fourrages Mieux a installé de nouveaux sacs avec et sans bactéries dans des silos d’herbe. Ils devraient permettre de confirmer ou d’infirmer les résultats ici présentés et, surtout, de pouvoir affiner les conseils délivrés par l’asbl par rapport à leur utilisation.
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Les conclusions des différents cas présentées dans cet article ainsi que la synthèse complète est disponible sur le site web de Fourrages Mieux.
Fourrages Mieux





