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L’abattoir de Beaumont : un outil de proximité au service de l’agriculture familiale

Face à la disparition progressive des abattoirs en Wallonie, de nombreux éleveurs sont contraints de parcourir des dizaines de kilomètres pour abattre leur bétail. Dans la région de Beaumont, une initiative collective voit le jour pour reconstruire un outil local, soutenir une agriculture résiliente, préserver les paysages bocagers et défendre l’élevage. « Un outil des éleveurs pour les éleveurs », selon Johan Vandromme.

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C’est en 2021 que tout débute avec une étude de faisabilité. Puis, en 2023, soutenus par les autorités locales, une dizaine d’agriculteurs, dont Vincent et Johan Vandromme, s’associent et créent la coopérative Acesem (Abattoir coopératif de l’Entre-Sambre et Meuse).

Un manque avéré et une demande unanime

Dans un contexte difficile pour le secteur de la viande, Romano Cavaliere, chargé de mission chez Hainaut développement, reçoit des agriculteurs qui souhaitent étudier la faisabilité de relancer l’abattoir de Beaumont.

Précédemment sollicitée par les éleveurs, la Commune de Beaumont, représentée par Bruno Lambert, dispose d’un terrain sur lequel se trouve un ancien abattoir à l’abandon. Le bourgmestre y voit donc l’opportunité d’y relancer l’activité et d’y créer de l’emploi.

Une demande de bourse est introduite à la Fondation Chimay-Wartoise, ce qui permet d’obtenir 25.000€ pour réaliser l’étude.

Par la suite, pour évaluer l’intérêt des éleveurs, avec l’aide d’Elevéo, l’Association wallonne des éleveurs, un sondage a été envoyé aux éleveurs de bovins, ovins, caprins et porcins, situés dans un périmètre de 50 km autour de Beaumont, sans passer la frontière française. Plus de 300 réponses ont été obtenues, avec 70 % d’intéressés.

Afin d’analyser le reste du potentiel d’approvisionnement, il a également fallu tenir compte de « la capacité pouvant encore être absorbée », à savoir d’autres éleveurs n’ayant pas répondu à l’enquête.

Considérer le volet commercialisation était aussi indispensable. Romano Cavaliere souligne que l’activité d’abattage seule n’est pas rentable, d’où la nécessité de l’associer à une salle de découpe. Cette seconde activité permettrait de générer les revenus nécessaires pour combler le manque à gagner de l’abattage.

Après l’étude de faisabilité et la budgétisation du projet, vient le moment des demandes d’autorisations et de permis. Un architecte a également été engagé pour réaliser les plans, conformément aux normes de l’Afsca.

2.000 bovins et 5.000 ovins seraient abattus chaque année

La coopérative Acesem a donc pour but la remise en route d’un abattoir de proximité pour répondre au besoin des agriculteurs de la région. L’activité d’abattage concernera les bovins principalement mais également les ovins. Afin d’atteindre un seuil de rentabilité, il a été estimé que la moitié des bovins passent par la salle de découpe et soient à sa sortie en « prêt à trancher » pour les bouchers.

Dans un premier temps, l’abattoir tournera avec 25 bovins par semaine, ce qui représente environ 2.000 bovins sur l’année. La capacité d’abattage augmentera ensuite progressivement. Concernant les ovins, pour débuter, en moyenne 100 ovins par semaine seront abattus, ce qui représentera 5.000 à 6.000 moutons par an. L’abattage des ovins sera évidemment soumis à la saisonnalité et pourra approximer les 500 têtes par mois.

Pour ce faire, quatre employés seront nécessaires sur la chaîne d’abattage et quatre dans la salle de découpe. Le prix moyen d’abattage serait de 230 € par bovin et de 37,5 € par ovin. Il s’agit d’une moyenne puisqu’un prix différent sera demandé pour les coopérateurs et non-coopérateurs. Ces derniers verront leur prix majoré de 50 %.

Pour pouvoir recourir aux prix coopérateur, les éleveurs bovins doivent souscrire à au moins 25 parts, soit 2.500 €, et les éleveurs ovins à 15 parts, soit 1.500 €. Il est aussi possible pour les éleveurs de doubler leurs parts et d’investir jusqu’à 5.000 €, avec 10 % de ristourne supplémentaire sur le prix de l’abattage.

Un investissement espéré à plus de 500.000€

Une levée de fonds et un appel aux coopérateurs seront prochainement lancés. Toute personne souhaitant soutenir à la remise en place d’un outil de transformation entre éleveurs et bouchers et contribuer à recréer une filière locale pourra y investir.

Différents types de part sont proposés. Une part s’élève à 100 €.

Les parts A : réservées aux éleveurs, il est nécessaire d’avoir un numéro d’éleveur pour y avoir accès.

Les parts B : affectées aux bouchers et professionnels des filières viandes.

Les parts D : destinées aux sympathisants, personnes morales, comme les communes, ou physiques.

Selon les protagonistes du projet, le montant des parts de coopérateurs doit atteindre le seuil des 500.000€ pour pouvoir introduire les différentes demandes d’aide auprès de la banque et d’autres organismes, comme Wallonie entreprendre, le Spw (Service public de Wallonie) ou encore l’asbl Donstiennes Reconversion. La coopérative pourrait également bénéficier d’aides à l’investissement, estimées à 500.000 €.

De plus, chaque personne physique ayant pris des parts dans la coopérative pourra bénéficier d’une déduction fiscale de 45 % de la somme investie, via le Tax Shelter.

Enfin, à travers les parts D, le projet entend également sensibiliser le citoyen. Chacun peut ainsi investir dans l’abattoir à partir de 100 € et jusqu’à 500 € ou plus.

Astrid Bughin

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