L’abattoir d’Ath fait peau neuve
Il y a bientôt un an, nous vous présentions Wapimeat. Soit, une coopérative qui a permis de sauver l’abattoir d’Ath, auparavant géré par la Ville. Une transition public-privé nécessitant, cependant, quelques ajustements afin de remettre cette structure, vieille de plus de 35 ans, au goût du jour.

Pierre-Étienne Durieux est consultant pour l’abattoir. De son côté, Victor Pardons est administrateur et fondateur de la coopérative. Tous deux font partie d’une seule et même équipe, celle de Wapimeat. Depuis mi-septembre, c’est elle qui a repris les rênes du site athois. Un changement de propriétaire, donc, en prenant soin de conserver les mêmes valeurs. À savoir, rester un outil de proximité pour les éleveurs de différentes filières : bovine, porcine, ovine. Pour cette dernière, d’ailleurs, c’est là que sont abattus 60 % des moutons wallons. Notons également que ce lieu accueille différentes espèces. Celles-ci ne doivent pas forcément correspondre à des standards bien précis. C’est, par exemple, le cas du cochon laineux, pour lequel Ath est l’unique option.
Pour cette équipe, l’objectif était de réaliser une transition en douceur, sans interrompre les activités. Un défi relevé ! Pourtant, en reprenant ce site, les chantiers ne manquaient pas… En effet, cette structure avait besoin d’un vrai coup de neuf afin de correspondre aux normes actuelles. « Concrètement, il reste encore du travail dans les couloirs de l’abattoir et sur les chaînes d’abattage, notamment avec du travail sur certains plafonds », indique ainsi Victor Pardons.
« Il y a eu une mise en conformité générale de l’électricité, de même qu’une réfection des frigos, ce qui permettra d’accroître la capacité de stockage en froid. Cette tâche est toujours en cours », ajoute Pierre-Étienne Durieux. Concernant les groupes de froid, il faudra encore établir s’il faudra, ou non, les remplacer, avec une facture pouvant varier du simple au double. Un autre chantier concerne, lui, les aspects sanitaires. Un plan a dès lors été établi en collaboration avec l’Afsca. Même chose pour la sécurité, pour laquelle du travail supplémentaire était bien nécessaire.
Si actuellement, l’enveloppe budgétaire pour cette modernisation générale est estimée à 250.000 €, cette dernière pourrait être revue à la hausse selon, notamment, la décision future à propos des groupes de froid. Quant au poste concernant l’assainissement des eaux usées, il sera, lui, pris en charge par la Ville.

Un prix « juste » avec une hausse de 20 %
Au niveau pratico-pratique, chaque jour correspond à une filière. Le lundi, ce sont les porcs, le mardi matin, les ovins. Après 11 h, toujours le mardi, c’est au tour des bovins. Le mercredi, la chaîne d’abattage est louée à un prestataire. Un changement de planning est prévu à partir du 1er juin. Alors que l’abattage bovin se déroule aussi le vendredi, actuellement, à partir de cette date, ce sera le jeudi. Les bêtes pourront y être amenées de 6 h à midi. Rappelons, de plus, qu’il n’y a pas de seuil minimal, un seul animal peut très bien être pris en charge.
Toujours concernant le calendrier, la structure ferme pour l’instant la semaine du 21 juillet et du 15 août. Des périodes, entre autres, utilisées pour poursuivre les travaux. Et une fermeture d’une semaine a également eu lieu au Nouvel An.
Autre changement depuis la reprise : avant l’abattoir était ouvert 24 h sur 24. Les personnes pouvaient aller rechercher leurs carcasses à l’heure souhaitée. « Toutes les portes étaient ouvertes, ce n’était pas optimal en termes de sécurité », explique Victor Pardons. Dorénavant, c’est à partir de 6 h qu’il est possible de charger celles-ci. Un nouveau créneau à respecter. « Les carcasses peuvent être récupérées tous les jours, sauf le jeudi pour l’instant, mais cette organisation va être modifiée avec le changement du jour d’abattage. Cette décision a demandé un peu d’adaptation pour les utilisateurs ».
Le prix, également, a fait l’objet d’une réflexion pour revenir à un tarif juste. Ils expliquent : « Lors de la préparation du business plan et de la reprise, il a été démontré que l’abattoir était déjà en déficit, notamment parce que le coût d’abattage devait être augmenté de 20 %. Continuer avec l’ancien modèle aurait conduit à sa fermeture à court terme, alors que notre but est justement d’éviter cela ». Une première hausse de 10 % a été appliquée sous l’égide de la Ville, puis une deuxième de 10 % est entrée en vigueur en novembre. « Le tarif était bloqué depuis environ 15 ans. Il n’avait jamais été augmenté. L’objectif était que chaque éleveur paie le prix juste, selon la filière concernée. Des calculs ont été réalisés pour distinguer la chaîne porcine, la chaîne ovine et la chaîne bovine, afin d’éviter qu’un d’entre eux ne paie indirectement pour un autre ».
Bien qu’au départ certains aient pu être contrariés par cette hausse des prix, la majorité des clients importants sont restés fidèles à la structure.
Enfin, toujours pour répondre aux enjeux actuels, l’ensemble des processus a été renforcé concernant la traçabilité. « Elle est de 100 % à présent », déclare Pierre-Étienne Durieux.
Avancer étape par étape
Des projets sont aussi en réflexion pour le site. Par exemple, avec l’arrivée d’autres clients importants. De plus, l’abattoir propose des solutions pour la livraison des carcasses via des prestataires externes.
Sous l’ancien régime, un boyaudier indépendant travaillait dans la structure. Celui-ci désormais pensionné, les responsables souhaitent relancer la valorisation de certaines parties de la carcasse, comme les têtes, les abats, les boyaux… « Pour cela, il faudra toutefois redemander des agréments spécifiques. Néanmoins, nous voulons d’abord nous concentrer sur la base du produit de l’abattoir. Une fois que tout sera remis en ordre, elle pourra poursuivre son développement étape par étape », complète Victor Pardons. Bref, c’est une nouvelle vie pour ce site, incontournable tant pour les éleveurs que pour la région athoise.





