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Permettre aux fermes maraîchères de s’adapter au changement climatique

Les maraîchers constatent concrètement les implications de l’évolution climatique sur le terrain de leurs fermes. Si les périodes de sécheresses reviennent plus fréquemment, ce n’est qu’un élément parmi d’autres. Plusieurs aspects techniques retiennent notre attention, comme les gestions de l’eau, des matières organiques dans les sols ou encore les équilibres biologiques entre les espèces.

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La température dans les serres maraîchères se règle par les choix des matériaux de couvertures et les aménagements des serres. La gestion des matières organiques dans les sols est un des moyens d’améliorer l’implantation des cultures et leur résistance aux conditions météo particulières. Les équilibres biologiques entre les espèces qui sont inféodées à nos cultures et celles qui les contrôlent évoluent.

À ces différents aspects techniques s’ajoutent les modifications du contexte socio-économique des activités de production et de vente des productions.

En outre, le métier de maraîcher évolue et des moments de réflexion sont indispensables pour lever le nez du guidon. Les points d’attentions évoqués ici ont déjà fait l’objet de cette rubrique ou le feront très prochainement dans un des prochains numéros du Sillon Belge.

Prévoir des réserves d’eau suffisantes

L’article du 9 octobre 2025 faisait le point des réserves à prévoir lors de la période hivernale en vue de subvenir aux besoins des mois estivaux en cas de période sèche.

Il est clair que ces stocks d’eau y ont été réévalués par rapport à qui était communément calculé trente années plus tôt. Il est désormais nécessaire de prévoir des calculs des réserves supérieurs de 30 %.

La structure et le taux de matières organiques du sol

Ce thème de la protection des sols est souvent mis en avant dans notre rubrique maraîchage. L’article du numéro du 20 novembre 2025 du Sillon Belge lui est d’ailleurs entièrement dédié.

L’augmentation du taux de matières organiques du sol intervient dans sa capacité de rétention d’eau. Les matières organiques fraîches dynamisent son activité biologique. Elle permet aussi le maintien ou l’amélioration de la structure du sol, et intervient directement dans le comportement des cultures en période de sécheresse. De plus, celle-ci est essentielle pour permettre une bonne résistance du sol à la battance des pluies abondantes.

Les climatologues l’annoncent depuis des décennies, et nous le constatons sur le terrain. Les risques de précipitations très abondantes à certains moments de l’année augmentent en parallèle avec l’augmentation de la fréquence des périodes sèches à d’autres moments.

Les techniques utilisables facilement en maraîchage pour maintenir ou augmenter le taux de matières organiques des sols sont comparables à celles recommandées en grandes cultures. Citons la culture d’engrais verts, l’apport de fumier et de composts et les paillages.

La culture d’engrais verts cible souvent la période qui suit les moissons en grandes cultures. En maraîchage elle peut également s’envisager facilement au printemps, avant une implantation d’une culture en fin de printemps ou au début d’été. Les fermes maraîchères ont souvent à leur disposition le matériel de broyage des engrais verts, il sert aussi à la destruction des résidus de cultures après les récoltes. Notons l’effet attractif de ceux-ci pour les pollinisateurs dont nous avons besoin pour les fécondations de nos cultures maraîchères. Rappelons, en outre, la bonne concurrence des engrais verts sur les adventices.

Enfin, le paillage est d’emploi fréquent en maraîchage. L’incorporation des pailles ou des BRF (bois rameaux fragmentés) au sol concourt à l’enrichissement en matières organiques du sol.

Veiller aux équilibres biologiques des espèces

Ce point est très régulièrement mis en avant dans cette rubrique. L’efficacité des auxiliaires est constatée chaque année. La régulation des populations de pucerons est un exemple bien connu. Mais bien d’autres sont en jeu, parfois sans que nous ne nous en rendions compte. Les populations de mouche du chicon (Napomyza ciccorii), la mouche mineuse des Alliacées (Phytomyza gymnotoma) subissent des pressions de la part des auxiliaires encore mal identifiées sur le terrain. Nous constatons pourtant des évolutions dans le temps au fil des années, positivement pour le maraîcher.

Quand une espèce migre dans notre région et peut être considérée comme nouvelle, elle ne rencontre pas ou très peu d’ennemis naturels. Les dégâts en cultures peuvent devenir très vite de grande importance.

Nos actions au sujet de la diversité floristique (bandes fleuries, haies, diversification des rotations et des assolements, etc.) sont précieuses. Elles permettent à des espèces auxiliaires de s’installer à demeure sur place.

Remettre en question le choix variétal

Ce point fait l’objet d’intenses travaux de veille menés par les centres de recherche appliquée belges et des régions limitrophes des pays voisins.

Il est nécessaire de se remettre régulièrement en question. Il s’agit de maintenir dans notre assolement des variétés ayant prouvé leurs aptitudes dans une année que nous pourrions qualifier de typiquement belge. À leur côté, des variétés mieux adaptées à des conditions un peu plus sèches ou chaudes méritent d’être implantée également. Et nous ne savons jamais à l’avance ce que la météo de l’année nous réservera…

Une grande difficulté se présente pour les fermes maraîchères diversifiées. Pour les plants achetés chez des éleveurs, il est parfois difficile de trouver des lots de petite taille à planter dans des variétés qui sont devenues confidentielles quant à leur importance relative.

Une difficulté pour les maraîchers fournissant à des structures intermédiaires ou en circuit long : le choix variétal doit être concerté avec les acheteurs.

Mais encore ?

Plusieurs aspects méritent d’être développés également.

Ainsi, une évolution des calendriers de production est inéluctable.

La couverture des sols en toutes saisons et plus particulièrement en automne et en hiver est requise. Certaines similitudes avec les grandes cultures permettent de profiter des expériences des agriculteurs en général.

La température dans les serres est de plus en plus difficile à gérer avec nos techniques habituelles. Des adaptations sont nécessaires.

Les outils et techniques de travail du sol ont considérablement évolué lors des trois dernières décennies, y compris en maraîchage.

Chacun de ces points sera revu prochainement dans les prochaines semaines en cette rubrique.

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