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Évolutions climatiques: comment maîtriser la température dans les serres maraîchères?

L’évolution climatique annoncée depuis plusieurs décennies est constatée sur le terrain de manière plus ou moins évidente selon les années. Ainsi, la fréquence des moments de forte luminosité semble bel et bien plus élevée lors des dernières saisons. Pour le maraîcher, la culture sous serre maraîchère permet d’élargir la gamme des légumes produits et les périodes possibles de commercialisation de ceux-ci sur le marché du frais. Et face à ces constats, une question apparaît : comment adapter la gestion de la serre maraîchère lorsque l’ensoleillement est élevé ?

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Cette question simple en apparence demande des réponses qui tiennent compte de l’activité photosynthétique des cultures mais aussi des pathogènes, des ravageurs et des auxiliaires.

La température et l’humidité relative

La température se mesure au moins à deux niveaux.

– Dans l’air, la sonde doit être protégée des rayonnements solaires directs pour donner une indication fiable. La température sous l’abri varie énormément en cours de journée, influencée par l’intensité des rayonnements solaires sur la couverture, le rayonnement indirect du contenu de la serre et l’efficacité de l’aération.

– Une sonde dans le sol permet de connaître la température du milieu où croissent les racines. Cette dernière est déterminée par les variations nocturnes et diurnes des derniers jours et est influencée par la température de l’eau d’irrigation.

L’humidité relative mesure la quantité d’eau retenue par l’air à un moment donné par rapport à ce que l’air serait capable de contenir à saturation. Ce pourcentage varie au fil de la journée. L’humidité relative peut être mesurée par plusieurs types d’appareillages qui doivent être régulièrement réétalonnés. Ces vérifications et corrections des sondes sont réalisées, au moins, deux fois pas an.

Les serres maraîchères ne sont le plus souvent pas chauffées ou seulement avec un simple appareillage antigel. Les cultures implantées en période hivernale, y compris la fin de l’automne et le début du printemps sont choisies d’après ces simples aménagements de structure des abris. Cependant, les températures estivales peuvent rapidement devenir un frein dans le développement et la croissance.

Notons que pour une serre hébergeant la tomate, l’aubergine, le concombre ou le poivron, nous visons la zone optimale de température de l’air, entre 20 et 30° C. Pour l’humidité relative, 60 à 85 % est correct, un peu plus pour le concombre, un peu moins pour l’aubergine.

Lorsque la température de l’air s’élève au-delà de la zone optimale, l’humidité relative diminue généralement dans de mêmes proportions. Répétée durant plusieurs jours consécutifs, les conséquences se verront rapidement sur la fécondation des fleurs. Nous constaterons deux semaines plus tard que certaines d’entre elles ne sont pas fécondées ou que les fruits sont déformés. En parallèle, les besoins en eau des plantes augmentent et les risques de manque d’hydratation en périodes très chaudes peuvent apparaître : feuilles enroulées, nécrose apicale, décoloration de collets de fruits, nécroses marginales sur feuilles, voire nécroses des sommets de croissance.

Optimiser l’aération

Une serre maraîchère fermée se réchauffe très vite après quelques minutes d’ensoleillement direct, et la température peut y atteindre les 60°C. Les conséquences pour les plantes sont rapidement identifiées avec un blocage du développement et des désordres physiologiques pouvant aller jusqu’à la létalité des parties aériennes.

Pour éviter de tels excès, nous pouvons prévoir une aération presque permanente des serres dès fin mars. À titre transitoire, en avril, le haut des pignons peut être remplacé par un filet brise-vent. Les bas des pignons seront relevés tôt chaque matin et pourront rester ouverts en permanence sauf en cas de tempête et de risque de gel nocturne. La partie haute ouverte en permanence facilite l’élimination des gouttelettes de condensation sur la bâche, c’est positif pour prévenir des maladies foliaires et les brûlures sur le feuillage par effet loupe.

L’ouverture des pignons peut suffire pour des serres de moins de 30 m de long. Au-delà de cette longueur, des aérations supérieures ou latérales seront souhaitées.

La chaleur de la serre s’évacue vers le haut. Nous pouvons en tenir compte en raisonnant nos ouvrants pour que l’air entre dans la partie basse de la serre (partie basse de la porte, partie basse pour les terrains en pente) et en permettant son évacuation dans la partie haute.

Le développement des plantes jusqu’au faîte peut devenir un obstacle à une bonne ventilation dans la serre.

Investir dans la serre double parois

Plus coûteuse, la serre double parois permet un meilleur gain de l’effet de serre en hiver et limite les excès de chaleur en été. Le calcul de la rentabilité se fera en fonction des types de productions et des périodes de l’année les plus importantes pour l’entreprise.

Opter pour les filets d’ombrage

Nous pouvons installer des filets d’ombrage en extérieur ou en intérieur de la serre. Le pourcentage d’ombrage souhaité en Belgique est de l’ordre de 25 % mais avec de fortes variations selon le site d’implantation, la présence d’obstacles aux rayons du soleil (arbres, bâtiments…) à certaines heures de la journée et des autres moyens de régulation de température disponibles naturellement sur place.

Par ailleurs, à partir de mi ou de fin avril, nous pouvons peindre la bâche de couverture avec une peinture d’ombrage d’une durée espérée de 5 mois. Lorsque l’effet d’ombrage n’est plus souhaité, en automne, nous nettoyons la peinture. Il ne faut pas, non plus, oublier de vérifier que celle-ci soit tolérée dans le cahier de charge en vigueur à la ferme (par exemple en bio).

La brumisation fine ou les asperseurs classiques

Les systèmes de brumisation fine apportent de très fines gouttelettes d’eau dans l’air. Celles-ci s’évaporent presque instantanément en provoquant une baisse très rapide la température dans la serre. Les plantes ne sont pas mouillées, les maladies ne sont guère favorisées. Les apports d’eau sont de l’ordre de 5 à 25 l par appareil et par heure.

Les asperseurs classiques ont une autre fonction, celle d’apporter de l’eau aux plantes par voie aérienne. Leur effet sur la température est puissant également, néanmoins avec des conséquences sur les maladies que nous devons maîtriser. Les apports d’eau sont au moins dix fois plus importants qu’avec les brumisateurs.

Ces deux systèmes sont différents et poursuivent des objectifs différents.

Enfin, rappelons que ces différentes solutions techniques s’ajoutent à celles mises en place de manière structurelle à l’installation des serres. Citons l’orientation de l’axe des serres, le sens des vents dominants ou encore les obstacles à la ventilation et à l’ensoleillement.

Lorsque l'humidité relative est très basse, souvent  associée à des températures élevées, la coulure peut être constatée suite à de mauvaises fécondations  des fleurs.
Lorsque l'humidité relative est très basse, souvent associée à des températures élevées, la coulure peut être constatée suite à de mauvaises fécondations des fleurs. - F.

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