Accord commercial UE-Australie: «Un nouveau coup de poignard» pour les agriculteurs
La signature d’un vaste accord de libre-échange entre l’Union européenne et l’Australie représente un « nouveau de poignard » pour les agriculteurs européens et belges qui ont servi une nouvelle fois de « monnaie d’échange », ont réagi les syndicats agricoles Fja et Fugea.

L’accord signé ce 24 mars à Canberra, après des années de négociations, par la présidente de la Commission européenne, Ursula von der Leyen, autorise notamment une multiplication par plus de 10, au cours de la prochaine décennie, du quota de bœuf australien autorisé à entrer dans l’UE. Le nouveau quota, fixé à 30.600 t de viande bovine australienne, comprendra 55 % de viande d’animaux nourris à l’herbe exemptée de droits de douane, et 45 % bénéficiant de droits de douane réduits à 7,5 %. Des quotas de 25.000 t de viande ovine et caprine pourront également accéder au marché européen, sans droits de douane.
Selon la Commission européenne, les quotas accordés à l’Australie seront mis en œuvre progressivement et représentent 0,5 % de la consommation européenne pour la viande de bœuf et environ 4 % pour les viandes ovines et caprines.
Si les volumes « peuvent paraître limités », ces nouveaux contingents d’importation « constituent une pression supplémentaire sur les filières d’élevage européennes », déplore la Fédération des jeunes agriculteurs. Elle estime que « l’accumulation des quotas concédés dans les différents accords commerciaux fragilise incontestablement notre agriculture ». La Fja rappelle au passage que « si les normes australiennes sont parfois présentées comme plus proches des standards européens que celles d’autres partenaires commerciaux, l’usage d’hormones de croissance y reste autorisé, alors qu’il est interdit en Europe depuis près de 50 ans ».
« Des concessions inacceptables »
De son côté, la Fugea souligne que plusieurs secteurs sont directement touchés (viande bovine, viande ovine, sucre…) et constate que « l’agriculture a une nouvelle fois servi de monnaie d’échange » dans le cadre d’accords commerciaux. L’UE a ainsi obtenu, entre autres, un accès plus large des constructeurs automobiles européens au marché australien. Ces quotas d’importation « s’ajoutent aux nombreux accords déjà conclus, accentuant encore la mise en concurrence directe de nos fermes sur les marchés mondiaux », estime aussi la Fugea. Pour elle, la stratégie mise en oeuvre par la Commission européenne « est dangereuse et aura une conséquence claire : la destruction de nos fermes et filières, et donc la délocalisation de notre agriculture ». D’ailleurs, la Fugea appelle le Conseil européen et le parlement européen « à s’opposer à cet accord ».
La coupole européenne de syndicats agricoles, le Copa-Cogeca, dont le Boerenbond et la Fédération wallonne de l’agriculture sont membres, juge quant à elle qu’avec ce nouvel accord, et après ceux noués dernièrement avec les pays du Mercosur et l’Inde, l’agriculture européenne continue de manger son pain noir. Le Copa-Cogeca dénonce, dans ce contexte, des « concessions inacceptables » et s’interroge sur la cohérence et la durabilité de la politique commerciale de l’UE.
Enfin, pour la Coordination européenne Via Campesina, le nouvel accord commercial « menace la souveraineté alimentaire ». À l’instar de la Fugea, ECVC estime que la Commission européenne « ignore systématiquement » les conclusions du Dialogue stratégique sur l’avenir de l’agriculture de l’UE, publiées en septembre 2024 et qui appelaient à une réforme fondamentale de la politique commerciale de l’UE.








