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À l’Epasc, former à choisir, à l’ombre de la viticulture

À l’école provinciale d’agronomie et des sciences de Ciney (Epasc), l’implantation récente d’un vignoble pédagogique ne relève ni d’un effet de mode ni d’un simple geste de diversification. Elle s’inscrit dans une volonté plus large : ouvrir les horizons des élèves et les confronter à la diversité des trajectoires possibles.

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Nous avons rencontré le directeur de l’établissement, Étienne Baijot, ainsi que François Charlier, enseignant et chef de culture, en charge de la coordination technique du pôle horticole, pour comprendre les ressorts de ce projet.

Depuis plusieurs années, l’Epasc, qui accueille près de 800 élèves répartis sur six années, a engagé une réflexion de fond sur ses outils pédagogiques et sur leur capacité à répondre aux attentes d’un enseignement qualifiant en pleine évolution. Former aux métiers de la terre ne consiste plus seulement à transmettre des gestes ou des savoir-faire stabilisés : il s’agit désormais d’accompagner les élèves dans un environnement traversé par des transformations techniques, économiques et environnementales rapides. Dans ce contexte, l’exigence de concret s’impose avec une acuité particulière. « Dans une école qualifiante, il est essentiel de pouvoir pratiquer, de mettre la main dans la terre », rappelle M. Baijot. Mais cette pratique ne peut se réduire à une répétition de gestes : elle doit s’inscrire dans un cadre qui permette d’en comprendre les implications et d’en mesurer les limites. C’est cette articulation entre action et réflexion qui structure aujourd’hui le projet pédagogique de l’établissement.

Une école organisée comme un paysage agricole

Pour répondre à cette ambition, l’Epasc s’est dotée d’un ensemble de pôles didactiques offrant aux élèves un accès direct à la diversité des situations agricoles. Le pôle ferme, avec ses 146 ha et ses ateliers (élevage laitier, cultures en bio comme en conventionnel), constitue un socle où les élèves sont confrontés à des choix techniques et économiques concrets.

Le pôle horticole déploie d’autres logiques, du maraîchage au verger, tandis que le pôle agro-mécanique rappelle la place centrale des outils et des technologies dans la viabilité des exploitations. Cette diversité se retrouve également dans les modes de production étudiés. Entre agriculture biologique et pratiques conventionnelles, l’école veille à exposer les élèves à différentes approches, sans en privilégier une a priori. L’enjeu est de leur donner les clés de lecture nécessaires pour comprendre les logiques à l’œuvre et se positionner, demain, en connaissance de cause.

Un pôle scientifique complète l’ensemble : les observations de terrain y trouvent un prolongement analytique, dans un va-et-vient constant entre pratique et théorie. Ce dispositif, appelé à évoluer, vise moins à refléter un modèle qu’à donner aux élèves les moyens d’en saisir les dynamiques. C’est dans cette logique qu’est apparue la question de la vigne.

Cette dynamique d’ouverture ne se limite pas à la vigne. L’établissement mène également des essais sur des cultures encore peu répandues dans les assolements traditionnels, comme le soja, les lentilles ou la moutarde. Autant de pistes explorées pour interroger leur adaptation aux conditions locales et élargir, pour les élèves, le champ des possibles agricoles.

La vigne comme outil pour ouvrir les possibles

Longtemps marginale en Belgique, la viticulture connaît aujourd’hui un développement significatif. L’augmentation des surfaces plantées, la reconnaissance des vins et l’intérêt pour les productions locales contribuent à l’installer dans le paysage agricole. « Il se passe quelque chose sur le terrain », observe Étienne Baijot.

Le vignoble d’environ 1.000 pieds a été implanté sur le site même de l’école, afin d’en faire un outil directement mobilisable dans les cours.
Le vignoble d’environ 1.000 pieds a été implanté sur le site même de l’école, afin d’en faire un outil directement mobilisable dans les cours.

Avant d’implanter son propre vignoble, l’Epasc a choisi d’expérimenter. Pendant près de deux ans, élèves et enseignants ont travaillé sur une parcelle à Assesse, sans exigence de rendement, afin de privilégier l’apprentissage des gestes et la compréhension des cycles. « Nous avons pu nous faire la main sans pression économique », explique François Charlier.

L’expérience a toutefois montré ses limites, notamment logistiques. En mai 2025, un vignoble d’environ 1.000 pieds est ainsi implanté sur le site même de l’école, afin d’en faire un outil directement mobilisable dans les cours. Le choix de cépages adaptés et plus résistants aux maladies répond à cette volonté de cohérence : permettre une observation fine tout en limitant les contraintes techniques, dans un vignoble qui n’a pas vocation à devenir une unité de production.

L’établissement a donc retenu le Solaris et le Johanniter, deux variétés interspécifiques aujourd’hui largement utilisées en Belgique, appréciées pour leur adaptation aux conditions locales et leur relative résistance aux maladies. Ce parti pris répond aussi à une logique pédagogique : limiter les interventions techniques tout en permettant aux élèves d’observer les cycles de la vigne dans des conditions compatibles avec le temps scolaire. L’enjeu est d’ouvrir les horizons des élèves : découvrir une culture qu’ils connaissent peu, en percevoir les contraintes comme les potentialités, et comprendre qu’une décision agricole engage de multiples paramètres.

La viticulture belge, portée par une image positive et une forte valorisation locale, offre à cet égard un terrain d’observation révélateur, malgré des coûts élevés et des incertitudes, notamment à l’export. Autant d’éléments que les élèves sont invités à analyser à partir d’une expérience concrète.

À travers la vigne, comme d’autres cultures expérimentées, l’Epasc poursuit une ligne constante : ne pas orienter, mais éclairer. Donner à voir la diversité des possibles, sans jamais prescrire, former, en somme, des élèves capables de faire des choix plutôt que de les subir.

Marie-France Vienne

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