Couverture des sols: des solutions adaptées au maraîchage
Les cultures maraîchères occupent les surfaces durant des périodes de longueur très variables. Plusieurs cultures courtes peuvent occuper la même sole lors d’une même année culturale. Les récoltes de chacune d’elles s’étalent sur presque tous les mois de l’année. Les maraîchers partagent avec les agriculteurs en grandes cultures le souhait de protéger les sols et le maintien de leur fertilité. Si les principes généraux sont similaires, les moyens mis en œuvre doivent être adaptés.

En travaillant en planches, il est assez aisé d’atteindre les parcelles libérées pour implanter et ensuite incorporer l’engrais vert au sol. De même pour l’incorporation en surface ou à faible profondeur des résidus de culture. Mais chaque fois, nous devons utiliser des outils de taille adaptée à la largeur utile des planches. Cette façon de faire s’adapte bien aux fermes maraîchères très diversifiées.
En travaillant à plat, il est possible d’employer des outils aux dimensions agricoles habituelles, via le matériel de la ferme ou d’entreprises agricoles. Cependant, les surfaces doivent être adaptées en fonction de ceux-ci et des manœuvres nécessaires.
L’utilisation d’engrais verts et ses limites…
La couverture du sol entre deux cultures peut être permise de plusieurs manières. Le semis d’engrais verts de différentes espèces en fonction des saisons intervient dès que la période et la durée le permettent. Ils protègent le terrain des battances lors d’orages, limitant les lixiviations de minéraux solubles du sol et l’érosion. Il offre une couverture, en concurrençant les plantes adventices. Incorporés ensuite dans la terre, ils apportent la matière organique alimentant les organismes vivants du sol. Ils sont une source d’apport de carbone en vue de la formation d’humus et du maintien ou de l’amélioration de la fertilité.
Les espèces d’engrais verts choisies en maraîchage sont diversifiées. Celles employées après les moissons des céréales peuvent convenir aux périodes correspondantes aussi en maraîchage. Pour les périodes plus hâtives ou plus tardives, le choix s’élargit aux semis denses de céréales comme le seigle ou d’autres céréales. Les vesces pour les semis de début d’été, le pois en début de printemps, le radis fourrager pour des périodes courtes de 5 ou 6 semaines.
Les mélanges permettent de bonnes couvertures. Avoine et vesce commune peuvent être semés au printemps ; il pourra être fauché une ou deux fois avant d’être incorporé au sol fin juin ou début juillet. Semé fin août, le mélange seigle et mélilot peut rester en place jusqu’au printemps et fournit une grande masse végétale, par exemple avant une implantation de choux qui ne nécessite pas une terre très affinée. Les mélanges gélifs proposés en fin d’été pour se détruire aux gelées d’hiver ont leur place également.
L’emploi des engrais verts en maraîchage a également des limites. Leur enfouissement ne peut pas être trop tardif avant l’implantation d’une culture. Par ailleurs, ils ne peuvent pas être incorporés en profondeur, leur décomposition risque de manquer d’oxygène et deviendra favorable à l’anaérobie. La culture suivante en pâtirait longtemps. En cas de présence d’adventices vivaces, un engrais vert occupant le sol que quelques semaines ne suffira pas à les dominer. Mieux vaut alors laisser l’espace en jachère noire et en profiter pour extirper ces indésirables par temps sec. La même attitude convient en cas de présence de taupins, de limaces ou de campagnols.
Un broyage trop tardif avant l’implantation de la culture suivante peut amener des soucis comme le drageonnage (phacélie) la reprise (moutarde, radis fourrager) ou le tallage (graminées).
Se servir des débris végétaux
Lorsque la période intermédiaire entre deux cultures ne permet pas l’installation d’engrais verts, les résidus de culture peuvent aussi être utilisés. Ainsi, les racines de laitues restées en place quelques semaines apportent une certaine protection. Le broyat de choux après récolte incorporé très légèrement en surface apporte une grande masse organique d’origine végétale. Ce sont deux exemples parmi d’autres. Les paillis de sol peuvent rester en place plusieurs semaines après avoir joué leur rôle de protection d’une culture.
Les bâches, un coût à raisonner
L’emploi de bâches opaques est fréquemment utilisé en cultures maraîchères. Ce type de paillage artificiel a l’avantage de pouvoir protéger le sol de la battance, de lutter contre l’envahissement d’adventices et de favoriser le maintien d’une température élevée su sol. Les inconvénients sont également bien connus : la difficulté de les récupérer en vue de l’élimination pour ceux qui ne se dégradent pas sur place et leur coût. Ce budget peut parfois être amoindri en organisant un placement similaire pour plusieurs cultures successives. Ils peuvent héberger une faune indésirable sur le site même comme les campagnols.
Combinés à un réseau d’irrigation, ils permettent d’assurer de belles économies d’eau en période de pointe de croissance.
La part de surface fourragère dans la ferme
Cet aspect a déjà été abordé dans cette rubrique maraîchère. Les surfaces fourragères peuvent bien sûr être utilisées en alimentation des animaux de la ferme propre ou par échange avec un éleveur. Mais elles peuvent aussi trouver leur place en ferme sans cheptel. La couverture complète pendant trois années permet de réduire notablement les populations d’adventices y compris les vivaces. Sur une période plus courte, l’efficacité sera appréciée sur les adventices annuelles. Les coupes successives amènent de grandes quantités de matières pouvant compléter les volumes compostés sur place.
Cette façon de travailler n’est pas nécessairement une perte d’espace de production. Suivant les forces de travail de la ferme, c’est au contraire une manière de ne pas être débordé de travail si la surface est un peu grande. La rotation avec les cultures de maraîchère permet, en outre, d’élargir la rotation, ce qui est bénéfique pour la fertilité globale des terres de la ferme.
Enfin, notons que les déclarations Pac de 2026 permettent de notifier une nouvelle mesure, BCAE 6 « couverture des sols minimale en vue d’éviter les sols nus en périodes les plus sensibles ». Les fermes maraîchères n’entrent pas directement dans cette mesure mais les conseils qui en découlent restent entièrement valables.





