Le Vignoble de Bellefontaine défie le climat ardennais
Planter de la vigne en Ardenne constitue un sacré pari. La famille Naets l’a pourtant relevé avec succès, en s’appuyant sur des cépages interspécifiques et une surveillance précise de la météo. Aujourd’hui, elle signe une gamme de vins mousseux et tranquilles qui reflète la fraîcheur et la minéralité du terroir ardennais.

Perchées à plus de 400 m d’altitude, les vignes du Vignoble de Bellefontaine ont la particularité d’être parmi les plus hautes de Belgique. C’est en effet dans ce petit village, rattaché à l’entité de Bièvre (province de Namur) que Bruno Naets a décidé de conjuguer sa passion pour le vin… et l’Ardenne. « Les cinq premiers hectares de vignes ont été plantés en 2019, mais le vignoble a rapidement gagné 2 ha supplémentaires pour s’étendre sur 7 ha depuis 2020. Le chai est, lui, sorti de terre en 2019 », se souvient Jérôme Naets qui, avec sa sœur Carolien, est à la tête du vignoble depuis 2021.

Frère et sœur ont, en effet, choisi de faire perdurer le domaine au décès de leur papa, avec le même amour du terroir, mais aussi avec le soutien de leur maître de chai, Mathieu Begthel, et de leur chef de culture, Emilien Van Wezemael.
Cinq cépages devant composer avec le climat
À Bellefontaine, cinq cépages ont été implantés. Le choix des vignerons s’est porté sur quatre interspécifiques (Solaris, Phoenix, Cabernet Cortis et Cabernet Dorsa) et un cépage traditionnel qu’est le pinot noir. Pas moins de 23.000 pieds s’étendent sur deux parcelles, distantes de 500 m l’une de l’autre. « Nous nous sommes orientés vers les interspécifiques en raison de leur résistance aux maladies, mais aussi parce qu’ils permettent d’élaborer des vins de qualité, malgré notre climat ardennais », éclaire Jérôme.
À 400 m d’altitude, la tolérance au froid constituait également un critère de sélection, bien que le vignoble bénéficie, en saison, d’un excellent ensoleillement. « Le climat se montre assez variable d’une année à l’autre, que ce soit au printemps ou en fin de saison », nuance-t-il. À titre d’exemple, les vendanges ont déjà débuté le 28 août tout comme le 28 septembre.

Le climat constitue donc le principal défi avec lequel l’équipe doit jongler. Les vignes doivent être correctement palissées pour favoriser l’aération du feuillage et éviter les éventuelles maladies. Et cet effort paye, avec l’aide du vent balayant le coteau et l’humidité : entre 2021 et 2025, quatre années se sont déroulées sans appliquer de traitement. Le jeune vigneron n’entend pas pour autant demander une certification bio. Prônant une agriculture raisonnée, il souhaite conserver à sa disposition les éventuels moyens de protection dont il aurait besoin. Les incertitudes pesant sur l’avenir du cuivre, principale matière active utilisée en agriculture bio, le confortent dans son orientation.
« Trois stations météorologiques sont dispersées dans le vignoble. Les relevés permettent de modéliser l’éventuelle pression fongique et, ainsi, d’intervenir au moment le plus opportun par rapport au développement des pathogènes », complète-t-il. Et d’affirmer dans la foulée : « Les années où une intervention s’impose, le nombre de traitements est réduit d’un facteur trois par rapport à une conduite à l’aveugle ».
La météo lui a néanmoins déjà porté préjudice. Ainsi, en 2024, aucun raisin n’a été récolté. En cause ? Des pluies tombées pendant la floraison, entraînant un accident physiologique qu’est la coulure. À l’inverse, elle peut également être bénéfique. « Généralement, le débourrement de la vigne est tardif à Bellefontaine, ce qui permet d’échapper au gel printanier. » 2025 a toutefois été l’exception qui confirme la règle… « Pour la première fois depuis 2015, nous avons connu des dégâts de gel », confirme Jérôme.
Des crémants millésimés… et des barriques belges
Les vins produits par le domaine reflètent le milieu dans lequel ils évoluent. Ainsi, le sol schisteux et riche en minéraux permet aux cépages d’exprimer leur typicité. « Ce qui confère au vin une acidité naturelle », précise le vigneron. La production se répartit pour 50 % environ en vin mousseux, portant l’appellation Crémant de Wallonie, et pour le solde en vin tranquille.
Le crémant blanc, simplement nommé « Brut » (un assemblage de 70 % de Phoenix et 30 % de Solaris), présente une double particularité. D’une part, il s’agit d’un mousseux « extra-brut », comme le rappelle son nom. Il est donc très peu sucré. D’autre part, chaque cuvée est millésimée. « Aucun assemblage n’est réalisé, le brut millésimé est élaboré à partir des raisins d’une seule et même récolte », déroule Mathieu Begthel, en sa qualité de maître de chai. Jérôme enchaîne : « Les années se suivent mais ne se ressemblent pas. Cela se traduit dans chaque millésime ». En parallèle, l’équipe conserve toutefois une partie du vin en vue de la réalisation future d’un mousseux non millésimé.
Si la grande majorité de la production est composée de blanc, un mousseux rosé complète la gamme. Extra-brut lui aussi, il associe le Phoenix au Pinot noir.

La gamme de vin tranquille intègre un rouge (Marcassin, 100 % Cabernet Dorsa) et un blanc (La dame d’Abord, 100 % Solaris). S’y ajoute L’Orange, issu du Solaris, dont la robe est éponyme à son nom. Tous portent l’appellation d’origine protégée « Côte de Sambre et Meuse ».
Après passage en cuve inox, le Marcassin et La dame d’Abord sont élevés en barriques. « Initialement, nous nous tournions vers des contenants en chêne français, acquis d’occasion. Depuis, nous nous sommes réorientés vers des barriques de chênes belges, fabriquées par Barwal ». Déjà présentée dans nos pages, ladite société s’attelle à proposer aux vignerons des contenants de divers volumes fabriqués exclusivement à partir des meilleurs chênes des forêts wallonnes.
En 2025, pas moins de 24.000 bouteilles ont été produites par le domaine. Celles-ci seront écoulées auprès du secteur Horeca, notamment des restaurants étoilés, ou en vente directe auprès du consommateur. À ce titre, Jérôme et son équipe accueillent les amateurs pour une visite et une dégustation directement sur place ou dans le cadre d’un séjour œnotouristique développé par l’Auberge de Rochehaut toute proche. À noter que cette escapade s’adresse également aux amateurs de bières et intègre une visite de la Brasserie de Rochehaut et que l’Auberge elle-même entend mettre davantage de vin belge sur sa carte.
À la recherche de quelques hectares supplémentaires
Le vignoble est particulièrement bien équipé en termes de mécanisation. Tracteurs étroits, rogneuse-effeuilleuse, intercep… font partie du matériel à disposition. Ce qui permet à l’équipe de réaliser des prestations à façon pour d’autres jeunes domaines de la région, mais aussi d’envisager un potentiel agrandissement.
« L’idéal serait d’atteindre 10 ha en faisant l’acquisition de 3 ha supplémentaires. Cependant, les parcelles disponibles sont assez rares et nous souffrons de la concurrence des producteurs de sapins de noël », éclaire Jérôme. La parcelle devrait également être située à proximité du chai et être orientée plein sud, afin de se prémunir des éventuels dégâts de gel. « Le chai dispose de suffisamment d’espace pour accueillir des cuves supplémentaires », complète Mathieu.
Et Jérôme de conclure : « Cet agrandissement doit nous permettre de développer le domaine, sans nous disperser. Nous préférons disposer d’une plus petite offre de vins et miser sur la qualité plutôt qu’étendre notre gamme et réduire nos exigences ».





