Le 20 mai, journée mondiale de l’abeille
Mortalité élevée des colonies, dépendance croissante aux importations, pression des miels à bas prix et soupçons de fraude : à l’occasion de la Journée mondiale de l’abeille, les acteurs du secteur alertent sur la fragilité de l’apiculture européenne. En Belgique, où la production reste limitée malgré un nombre croissant d’apiculteurs, les abeilles apparaissent plus que jamais comme un maillon essentiel de l’agriculture et de la biodiversité.

À l’occasion de la Journée mondiale de l’abeille, célébrée le 20 mai, le constat est loin d’être rassurant. Derrière l’image paisible des ruches et des pots de miel artisanaux se dessine une réalité autrement plus fragile : mortalité croissante des colonies, dépendance européenne aux importations, pression des prix et multiplication des fraudes mettent aujourd’hui l’apiculture sous tension. En Belgique, comme ailleurs en Europe, les abeilles deviennent ainsi le révélateur d’enjeux bien plus vastes, touchant à la biodiversité, à l’agriculture et à notre alimentation.
La Belgique, petit producteur au cœur d’un marché sous tension
La Belgique compte désormais quelque 11.300 apiculteurs déclarés, un chiffre en hausse constante depuis une décennie. Pourtant, cette progression masque mal les difficultés du secteur. Selon les données suivies par l’Afsca, près d’un tiers des abeilles observées n’a pas survécu entre l’automne 2023 et l’été 2024. Le parasite varroa reste la principale menace, tandis que le frelon asiatique poursuit lui aussi sa progression.
À l’échelle de l’UE, la situation n’est guère plus confortable. Bruxelles ne couvre qu’environ 60 % de ses besoins en miel et dépend largement des importations venues de pays tiers. Dans le même temps, les coûts de production explosent pour les apiculteurs européens, notamment en raison de la hausse des dépenses liées à l’alimentation des colonies. Les écarts de prix donnent la mesure du déséquilibre : certains miels importés arrivent sur le marché européen à des niveaux proches de 1,30 €/kg, quand les miels locaux commercialisés en Wallonie ou à Bruxelles dépassent souvent les 16 €/kg au détail.
À cette pression économique s’ajoute la question de la fraude. Selon les données citées par BeeLife, près de 46 % des échantillons de miel importé analysés dans l’UE ont été suspectés de non-conformité à la directive Miel, notamment en raison de pratiques d’adultération ou d’étiquetage trompeur. Une situation qui fragilise davantage encore les producteurs européens.
Au-delà du miel, la bataille pour les pollinisateurs
Mais réduire la question des abeilles à la seule production de miel serait une erreur. Les pollinisateurs jouent un rôle central dans les équilibres agricoles et écologiques. Sans eux, certaines cultures fruitières ou maraîchères deviendraient beaucoup plus vulnérables. BeeLife rappelle d’ailleurs que des produits emblématiques du terroir belge, comme le véritable Sirop de Liège ou certains jus artisanaux, dépendraient alors davantage de fruits importés.
Pour les apiculteurs, les difficultés ne relèvent pas seulement du marché. Les paysages agricoles, l’usage des pesticides, la raréfaction des ressources florales ou encore les monocultures influencent directement la santé des colonies. Lorsque ces équilibres se dégradent, les conséquences sont immédiates : mortalité accrue, coûts supplémentaires pour nourrir les ruches, rendements plus faibles et perte de confiance des consommateurs.
C’est dans ce contexte que BeeLife lance « EUBeeLovers », une campagne européenne de sensibilisation qui sera déployée en Belgique jusqu’en 2028. L’organisation souhaite mieux informer le public sur la valeur du miel européen, la traçabilité des produits et le rôle essentiel joué par les abeilles dans la pollinisation et la sécurité alimentaire.








