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La parole est à la défense

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Le débat autour de l’accord UE-Mercosur ne se résume plus, depuis longtemps, à une simple discussion commerciale. Il cristallise désormais une inquiétude beaucoup plus profonde du monde agricole, confronté à une accumulation de contraintes, de pressions économiques et de transformations qui fragilisent déjà de nombreuses exploitations. Dans ce contexte, toute ouverture supplémentaire des marchés apparaît presque mécaniquement comme une menace. Pourtant, au parlement européen comme au sein de plusieurs États membres, nombreux sont ceux qui estiment qu’un traité de cette ampleur engage aussi des équilibres économiques, commerciaux et géopolitiques que l’Europe ne peut ignorer.

Dans un tel climat, il est sans doute devenu plus facile de tendre le micro à ceux qui dénoncent l’accord qu’à ceux qui tentent encore d’en exposer la logique économique ou géopolitique. Une fois n’est pas coutume, Le Sillon Belge a donc fait le choix d’aller entendre ceux dont la lecture de l’accord UE-Mercosur s’écarte du récit aujourd’hui dominant dans le monde agricole : les services de la commission, mais aussi un eurodéputé, lui-même ancien agriculteur dont la voix compte dans le cénacle européen. Ceux-là continuent d’y voir un enjeu économique et géopolitique majeur, parce qu’un débat démocratique ne gagne jamais à devenir univoque. Les craintes existent. Elles sont réelles, notamment dans le secteur bovin.

Mais derrière cet accord se joue aussi une question plus vaste : celle de la place de l’Europe dans un monde où les grandes puissances se replient progressivement sur elles-mêmes. L’UE demeure une économie profondément dépendante du commerce international. Refuser tout accord commercial revient aussi, d’une certaine manière, à accepter un lent déclassement stratégique. Et pendant que l’Europe se déchire autour des quotas prévus par l'accord de libre-échange, un autre sujet progresse avec une relative discrétion : l’adhésion future de l’Ukraine à l’UE. Or, ses conséquences agricoles potentielles pourraient être, à terme, bien plus considérables encore. L’Ukraine est une immense puissance agricole, aux capacités de production colossales et aux coûts nettement inférieurs à ceux de nombreux États membres. Pourtant, ce débat-là reste souvent abordé avec infiniment plus de prudence.

L’accord entre l’UE le bloc sud-américain agit finalement comme un révélateur. Il concentre des inquiétudes qui dépassent largement le traité lui-même : crise des revenus agricoles, concurrence mondiale, perte de maîtrise sur les marchés, fragilité croissante du modèle européen. Entre le repli et l’ouverture sans garde-fous, peut-être existerait-il une voie plus exigeante, celle d’une Europe capable de protéger ses agriculteurs sans renoncer, pour autant, à peser dans le monde ?

Marie-France Vienne

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