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Quand la frite n’a plus la patate

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Un tourbillon de tubercules secoue actuellement la filière « pommes de terre ». La production record de l’automne dernier, bien que de première qualité, a entraîné un effondrement des prix sur le marché libre. Au point de chuter à 10 €/t, un niveau de prix jamais vu, ou presque… En parallèle, les volumes exportés de produits transformés ont reculé de plus de 6 % entre 2024 et 2025, sous la pression d’une concurrence internationale toujours plus forte. Avec des conséquences qui se font ressentir chez tous les maillons de la filière : les prix des contrats proposés aux agriculteurs reculent de 20 %, en moyenne, et les usines mettent certaines lignes de production à l’arrêt.

La Belgique, solidement installée dans le quatuor de tête de la pomme de terre transformée, aux côtés des Pays-Bas, du Canada et des États-Unis, chuterait-elle de son piédestal ? Dans un contexte géopolitique et commercial en pleine révolution, de nouveaux pays viennent titiller les leaders historiques du précieux tubercule. C’est notamment le cas de la Chine, de l’Inde et de l’Égypte qui, bien que produisant des volumes nettement inférieurs aux nôtres, s’intéressent de plus en plus à nos marchés de longue date. De nouvelles usines voient également le jour dans ces pays, accroissant le risque que les importateurs de produits à base de pomme de terre diversifient leurs sources d’approvisionnement.

Les incertitudes sont légion en Belgique, où l’on a beaucoup misé sur la pomme de terre, malgré une dépendance forte au commerce extérieur. Les appels à réduire les surfaces, en vue de redynamiser la filière, sont écoutés par certains mais ignorés par d’autres, qu’ils s’agissent d’agriculteurs ou d’industriels. Et ce, bien que les prix des contrats s’affaiblissent et que le commerce s’essouffle quelque peu.

La Belgique, comme ses voisins, n’était ni préparée, ni habituée à cette situation de non-croissance de la filière. Tous ses acteurs devront néanmoins se retrousser les manches pour retrouver de la compétitivité.

Cependant, pour les agriculteurs, la question des alternatives possibles se pose. Alors que la situation est loin d’être réjouissante dans la filière betteravière, comment trouver une alternative rentable en grande culture ? Au-delà du maintien, voire de la réduction, des surfaces emblavées, la maîtrise des coûts de production demeure également cruciale afin d’éviter les pertes sèches en fin d’année.

Les industriels ne doivent pas, pour autant, se contenter de revoir les prix des contrats à la baisse, dans l’espoir que cela suffise à réduire l’approvisionnement des usines. Eux aussi doivent faire preuve d’efficience, notamment au niveau énergétique, et d’imagination. Conserver les marchés existants est essentiel, mais en trouver de nouveaux l’est tout autant.

Dans ce contexte, tout un chacun doit donc s’épauler, afin de repenser collectivement le modèle qui a fait le succès de la filière. Car si la Belgique veut conserver sa place parmi les leaders mondiaux de la pomme de terre, elle devra apprendre à composer avec un marché plus concurrentiel et moins prévisible, tout en préservant un nécessaire équilibre entre production et transformation.

Jérémy Vandegoor

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