Laiterie des Ardennes : «Nous voulons garder nos producteurs, leur redonner confiance et rétablir la vérité»
Face aux accusations auxquelles elle fait face, la Laiterie des Ardennes souhaite faire entendre sa voix ! Une manière de réinstaurer une communication solide avec les producteurs, mais aussi de repartir du bon pied. Et si, comme elle l’admet, certains mois ont été plus difficiles, de nouveaux projets sont d’ores et déjà en place afin de construire un avenir serein.


Bonne nouvelle pour les producteurs laitiers : selon la Laiterie des Ardennes, la tendance est enfin à la hausse. Dès lors, avec cette augmentation tant attendue, sera-t-il possible d’atteindre au moins les 36 cents/l, comme elle l’avait annoncé ? « En prix de base, nous avions dit il y a six mois que lorsque les commodités remonteraient, nous serions parmi les premiers à augmenter le prix du lait », souligne Benoît Hoscheit, directeur de la Laiterie des Ardennes. Selon lui, cette parole a été tenue puisque l’impact s’est ressenti dans le portefeuille des producteurs depuis le mois de janvier… De 32 cents/l en janvier, 32,50 en février, il est passé à 32,75 en mars, 34 en avril et enfin 34,75 en mai. Bref, la courbe remonte.
Néanmoins, la Laiterie des Ardennes continue d’avancer avec une prudence de Sioux. Si la poudre maigre évolue favorablement, avec un marché autour des 3.000 €/t contre 2.000 €/t lors de la période décembre-janvier l’an dernier, pour le beurre, l’incertitude demeure. Redescendue autour des 4.000 €/t, sa valeur pourrait poursuivre sa baisse. Reste donc à suivre l’évolution pour ces prochaines semaines…
« Dans le haut du panier »
Dans ce contexte, s’il est vrai que la coopérative a connu des mois plus difficiles, elle affirme aujourd’hui « s’être remise dans le haut du panier cette année. Nous restons compétitifs par rapport à la concurrence si l’on prend en considération le prix de base plus les primes comprises ». Mais comment expliquer cette mauvaise étiquette qui lui colle à la peau ? En tout cas, elle dément pratiquer les tarifs les moins rémunérateurs de Belgique, voire d’Europe. « LDA n’est pas le prix le plus bas ! Cette information est fausse », affirme d’emblée le directeur. Il admet, cependant, que cette situation correspondait bien à une réalité. Celle de la période d’août à novembre 2025, lors de laquelle elle a dû faire face à une chute des marchés et à des commodités en diminution. « À présent, on fait des raccourcis avec ces quatre mois », déplore-t-il.
Un basculement du business model
Afin de mieux cerner cette crise du lait et cette différence de prix entre les établissements, il faut tenir compte de plusieurs facteurs. « Le problème ne vient pas spécialement de l’export, car aujourd’hui la poudre y est valorisée. Cette partie permet notamment une augmentation du prix du lait », indique Geoffrey Paulus, directeur de Solarec. Ce dernier rappelle aussi l’impact d’une production laitière en augmentation dans notre pays. « Si on prend juillet à mars 2024-2025, puis juillet à mars 2025-2026, la moyenne européenne est d’environ 5 %, alors qu’en Belgique, elle est plutôt entre 7 % et 8 % ».
Pour réduire le poids des commodités, dont son business model dépend à 80 %, la Laiterie entend accélérer sa transition vers des produits à plus forte valeur ajoutée, notamment pour l’horeca ou encore le retail (commerce de détail). C’est, par exemple, le cas des packs de crème destinés à l’horeca. Ceux-ci se retrouveront chez les distributeurs au 3e trimestre de cette année. « Nous sommes sur ce type de développements avec un basculement de notre business model. C’est une transition sur des années. On l’accélère actuellement pour justement se désensibiliser de tous ces mouvements liés aux commodités ». Après plusieurs années davantage tournées vers la croissance en volume, elle indique donc avoir entamé, depuis six à huit mois, une bascule vers une croissance en valeur.
Créer plus de valeur grâce aux investissements
Cette stratégie se retrouve clairement dans les investissements annoncés par la coopérative. Une partie importante concerne les différents fromages sur le site de Baudour. Même si cette activité reste liée aux commodités, la coopérative dit rechercher davantage de flexibilité, de manière à créer plus de valeur. Toujours à Baudour, la partie protéines constitue également un nouvel axe avec notamment le développement d’un produit utilisé dans l’alimentation des sportifs.
Ensuite, d’autres investissements concernent le site de Recogne, avec une recherche plus directe de valeur ajoutée. « La grosse partie sur Baudour est à plus longue échéance. Tout le reste, c’est pour maintenant, avec des échéances très rapprochées. Des projets commencent à délivrer dès à présent ».
« De mauvaises informations de la part de la concurrence »
Malgré ce contexte, LDA continue de chercher de nouveaux producteurs. Une nécessité si elle veut compenser les départs naturels, les pensions… ou encore certaines démissions. « Nous sommes toujours en prospection. Maintenant, la concurrence hollandaise est assez agressive en Belgique pour rapatrier du lait aux Pays-Bas », constate Benoît Hoscheit. Et là encore, la coopérative prend le problème à bras-le-corps ! Chaque année, elle se rend à deux reprises à la rencontre des producteurs. 2026 ne fait pas exception à la règle, bien que ces rendez-vous risquent d’avoir une saveur particulière. En effet, la Laiterie entend y rétablir sa vérité ! « Nous sommes allés à une des réunions où quatre démissionnaires étaient présents. Après nos explications, ils souhaitaient faire marche arrière. Le problème est que la concurrence va dans nos fermes et donne malheureusement beaucoup de mauvaises informations. Ils prennent par exemple le prix du lait LDA des quatre mois qui n’étaient pas bons en 2025 et ils l’extrapolent dans leur laiterie. Si on fait un comparatif de prix des quatre dernières années complètes, on voit qu’encore une fois, nous sommes dans le haut du classement. C’est du commerce ».

Un modèle revu pour répondre aux attentes
Ces rencontres permettent, entre autres, à la Laiterie de partager ses messages, réexpliquer sa position, présenter son nouveau plan d’investissement et détailler les retombées attendues dans les prochains mois. Le tout, avec comme prochaine date clé, l’Assemblée générale du 11 juin.
Par ailleurs, la question du capital des coopérateurs et de sa récupération y est évidemment abordée. Ses directeurs rappellent qu’il a un capital de 9 €/100 l. Ce dernier, les producteurs peuvent le récupérer à l’âge de la pension ou à partir de 55 ans, moyennant un escompte de 5 % par an. S’ils quittent la Laiterie avant, ils peuvent soit laisser leur capital dans la coopérative et le récupérer intégralement à la pension, soit demander son remboursement directement. Dans ce cas, il ne récupère que 50 %. Il existe aussi un préavis : ceux qui souhaitent démissionner doivent le faire pour le 30 juin. Ensuite, ils peuvent partir de la structure au 1er janvier. « Ces statuts ont été mis en place afin que les producteurs restant ne soient pas pénalisés ».
Toutefois, certains remettent en cause ce mécanisme. Là encore, la Laiterie confirme avoir entendu ces demandes et souhaite proposer une solution ! À l’avenir, elle prévoit ainsi une possibilité d’adaptation du modèle coopératif avec un principe de revente des parts, comme elle l’a indiqué dans un courrier adressé aux producteurs. « L’objectif est clair : construire un modèle transparent, davantage aligné avec les intérêts à long terme de la coopérative et de ses coopérateurs. Ce modèle repose sur plusieurs éléments : un prix du lait connu à l’avance et conforme aux marchés ; une entrée et une sortie du capital facilitées ; un dividende basé sur la performance et la création de valeur de l’entreprise ; des mécanismes de soutien aux jeunes producteurs », peut-on lire dans un courrier envoyé à ses producteurs.
Une communication en osmose avec une vision à long terme afin de répondre aux besoins et attentes de ses producteurs… sans oublier de corriger ce qu’elle considère comme des informations erronées !





