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Des conséquences agronomiques aux leviers d’action face à la sécheresse

Les météorologues l’annoncent depuis des décennies : notre climat évolue, et cela se traduit par des périodes excessives plus fréquentes et plus sévères. La variabilité d’une saison à l’autre demeure ou s’accentue. Nous avons déjà eu l’occasion de faire le point sur une série de dispositions à prendre. Ces mesures préventives permettent aux maraîchers de supporter moins difficilement les excès climatiques et donc d’en atténuer les conséquences. Des mesures agronomiques structurelles peuvent être envisagées dans une vision à court et moyen terme.

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La sécheresse a des conséquences financières pour les maraîchers. Elles se répètent, nous avons connu quatre étés avec une longue période sèche sur les cinq dernières années avec des nuances sous-régionales.

Par ailleurs, ses conséquences économiques ne sont pas compensées par de meilleurs cours des marchés vu l’importance pour des transferts de légumes entre les régions européennes.

Différentes réactions possibles

L’échelle de gravité de la sécheresse pour les professionnels comprend plusieurs niveaux. Le flétrissement, l’enroulement des feuilles ou la mort précoce de la plante correspondent à des niveaux de stress très visibles.

Mais les plantes peuvent ne manifester aucun signe évident, tandis qu’elles subissent quand même un stress qui engendre des perturbations physiologiques. Nous ne verrons les effets que plus tard, lorsque l’eau sera à nouveau accessible aux plantes en suffisance. Ce peut être le cas de malformations en chou-fleur, d’induction de montée à graines chez les Astéracées, de formation de tubercules secondaires et de risque de vitrosité en pomme de terre.

Elles peuvent manifester des signes de flétrissement. Celui-ci peut être visible aux heures les plus chaudes et sèches de la journée. Dans une situation plus grave, le flétrissement dure presque toute la journée. La croissance et le développement sont alors fortement marqués. Pour les plantes en fin de cycle de développement, les pertes sont irrécupérables. Pour les espèces capables de végéter encore plusieurs mois, la perte peut être récupérée partiellement mais jamais complètement.

Dans les cas plus graves, les plantes atteignent un tel état qu’elles meurent et se dessèchent. Pour le maraîcher, les pertes techniques et économiques sont évidentes. La culture est invendable. Les restes des plantes doivent être broyés sur place ou évacués en vue d’un compostage. Les approvisionnements des clients sont perturbés avec les risques de perte d’un marché.

Le constat amène aussi certains enseignements. La parcelle peut ne pas être impactée partout de la même façon. Il n’existe pas de parcelle homogène. Il faut se poser la question de la raison d’une gravité plus grande en certaines zones. L’histoire de la parcelle peut donner quelques indications. Par exemple, la trace d’un ancien chemin empierré, d’un ancien muret, d’un ancien fossé peut se marquer de manière plus forte en période de sécheresse. Nous voyons aussi de manière très marquée des zones compactées où les mesures correctives n’ont pas été suffisantes. Les passages de lourds engins, les travaux de récolte en hiver lorsque le sol est peu porteur, le travail du sol non ressuyé : ce sont autant de causes d’un mauvais enracinement aujourd’hui.

Le stade de la plante

Les conséquences d’un manque d’eau seront différentes selon le stade de la culture au moment de cette période. Nous l’avons constaté de nouveau cette année, une même espèce maraîchère peut s’être très bien comportée après une plantation de mai et s’être très mal comportée lors des plantations suivantes.

Au niveau de la plante, la sécheresse est la conséquence de l’état hydrique du sol et de celui de l’air. Elle est la résultante d’un déficit de flux d’eau ascendant par rapport au flux d’eau perdue par les feuilles et les autres organes. La nuit, l’évaporation d’eau par les feuilles est faible alors que les racines continuent à faire remonter de l’eau dans la plante, celle-ci se réhydrate. La plante peut réagir à une situation de sécheresse, la rapidité de cette réaction dépend de la situation.

En quelques minutes, les stomates peuvent se fermer et la plante évapotranspire alors beaucoup moins d’eau, elle se réhydrate grâce à l’eau absorbée par les racines. Ce mécanisme est mis en œuvre grâce à plusieurs facteurs mesurables dont le pH de la sève et la concentration en acide abscissique, elle-même produite par les tissus en dessèchement. Les aquaporines présentes dans les membranes cellulaires vont intervenir pour faire varier la perméabilité à l’eau de ces membranes.

En quelques heures, la concentration en potassium dans les vacuoles va augmenter jusqu’à un niveau régulé via les membranes cellulaires. Le rapport K/Na est essentiel pour une réaction appropriée, d’où l’importance de procéder régulièrement à des analyses de sol en vue d’agir sur la fertilisation.

Quand la sécheresse se prolonge, la surface des feuilles nouvellement produites diminue, c’est un facteur lié à la variété. Cette évolution est visible après quelques semaines.

Ces réactions intéressantes pour le maraîcher peuvent se mettre en place si les racines se développent normalement, c’est-à-dire si la structure du sol est impeccable, sans compaction ou défaut de drainage.

Les conséquences de ce déficit hydrique

La fermeture des stomates réduit l’importance des échanges gazeux et donc l’activité photosynthétique, même si elle n’est pas seule en jeu. Les différences entre espèces et entre variétés sont importantes, c’est d’ailleurs un des enjeux de la sélection variétale.

Plus grave, des composés oxydants toxiques (radicaux super oxydes, H2O2…) pour la cellule végétale peuvent être produits au point de hâter la sénescence. C’est une des causes des brûlures sur feuilles que nous avons pu observer, mais ce n’est pas la seule. La plante peut dissiper l’énergie sous forme de chaleur (importance de l’aération en serres) et par des mécanismes de détoxicification.

La transpiration signifie de l’évaporation d’eau et dès lors une diminution de la température. D’où, de nouveau, l’importance d’avoir un système racinaire bien développé pour absorber l’eau en suffisance.

En cas de déficit hydrique, celle-ci réduit la production de rameaux, cela peut être « intéressant » pour la tomate qu’il faudra moins élaguer, mais moins positif pour des cultures comme le pois ou le haricot dont la production chute rapidement.

Le déficit hydrique implique une baisse de l’absorption des minéraux par la plante. L’azote est l’élément visiblement moins absorbé parce que les reliquats après culture sont faciles à déterminer. Mais la moins bonne absorption d’éléments moins solubles comme le calcium se constate par les signes de carences comme la nécrose apicale en tomates, en poivrons et piments.

Le déficit hydrique au moment de la floraison a des incidences directes et importantes sur la production de graines. L’exemple des tomates est évident cette année, avec des fécondations incomplètes. À ce déficit se sont ajoutées des températures moins propices à la fécondation.

Des fruits de plus petite taille en légumes fruits ou des craquelures de l’épiderme par suite de variations dans l’approvisionnement en eau, une aggravation des risques de nécrose apicale en tomates et autres Solanacées ou encore de mauvaises fécondations ont des conséquences pratiques. La modification du rapport sucres/acides se détecte au goût.

Des feuilles moins étendues en légumes feuilles et une sénescence plus rapide de ceux-ci sont d’autres conséquences.

Structure du sol, fumure, paillage… quelles mesures prendre ?

En n'irriguant pas certaines cultures, le maraîcher accepte de ne pas respecter le calendrier initial de récolte.  La nature peut aussi compenser partiellement ses excès. La chaleur et l'ensoleillement permettent une avance  du développement de la culture, le manque d'eau la freine en diminuant l'activité photosynthétique.
En n'irriguant pas certaines cultures, le maraîcher accepte de ne pas respecter le calendrier initial de récolte. La nature peut aussi compenser partiellement ses excès. La chaleur et l'ensoleillement permettent une avance du développement de la culture, le manque d'eau la freine en diminuant l'activité photosynthétique. - F.

Nous ne le répéterons jamais assez : la structure sol est la base indispensable pour réussir ses cultures. Lors d’années sèches comme actuellement, les plantes peuvent développer leurs racines de manière nettement plus efficace dans un sol à la structure impeccable. Le drainage pour abaisser le niveau de la nappe au niveau de la parcelle si l’indice de drainage le requiert et la décompaction pour permettre de bons échanges gazeux entre le sol et l’atmosphère sont indispensables.

La fumure équilibrée pour permettre à la plante de disposer des éléments minéraux dans des proportions correctes dans la solution du sol permet un meilleur fonctionnement de tous les mécanismes régulateurs internes au végétal. Le potassium est un élément clé pour l’économie d’eau par la plante. Il est important de maintenir de bonnes teneurs dans le sol, à vérifier par analyse.

Chaque fois que c’est envisageable, le paillage permet une économie très importante de l’eau du sol. Ce dernier permet de réduire fortement l’évaporation d’eau par le sol, les réserves restent disponibles pour la culture.

Pour les terrains en pente, les mesures permettant de réduire l’écoulement des eaux en surface lors des précipitations à caractère orageux augmentent la quantité d’eau pouvant pénétrer dans le sol. Elles augmentent donc les réserves potentielles pour la culture quand arrivé une période sèche. Les bandes herbées parallèles aux courbes de niveau et les diguettes pour les cultures buttées sont deux exemples parmi d’autres.

Ce n’est que par la suite que l’irrigation pourra être mise en œuvre pour compléter les actions du maraîcher pour produire mieux.

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