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Protéines végétales : l’UE veut renforcer son autonomie stratégique

En présentant, en juillet, son plan d’action sur les protéines végétales, parallèlement à sa stratégie en faveur de l’élevage, la commission entend faire de l’autonomie protéique un pilier de la souveraineté alimentaire de l’UE. Face à une dépendance persistante aux importations, notamment pour l’alimentation animale, l’exécutif affiche une ambition claire : renforcer la production européenne, structurer les filières et réduire les vulnérabilités mises en lumière par les crises géopolitiques et les tensions sur les marchés agricoles.

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Aujourd’hui, seul un peu plus d’un quart des protéines issues des oléagineux et des protéagineux consommées dans l’UE sont produites sur le territoire européen. L’exécutif européen souhaite porter cette proportion à 35 % d’ici à 2035, faisant de cet objectif un marqueur de sa stratégie de résilience alimentaire.

Encourager la recherche et l’innovation

Pour y parvenir, la commission entend mobiliser les leviers de la Pac afin d’encourager le développement des cultures de légumineuses, de protéagineux et de soja. Les États membres sont invités à soutenir les productions les mieux adaptées aux conditions locales, tout en favorisant les investissements dans les capacités de stockage, de transformation et dans la structuration des filières à travers des contrats de long terme. L’exécutif mise également sur l’innovation. Le plan prévoit de renforcer les programmes de recherche, d’améliorer le transfert des connaissances vers les agriculteurs et d’accompagner la diffusion de pratiques agronomiques permettant de développer les cultures protéiques. Les légumineuses occupent une place centrale dans cette stratégie, en raison de leur capacité à fixer naturellement l’azote atmosphérique, limitant ainsi le recours aux engrais de synthèse tout en améliorant la fertilité des sols. La stratégie ne repose toutefois pas uniquement sur un accroissement de la production intérieure. La commission souhaite également diversifier les sources d’approvisionnement de l’UE, avec une attention particulière portée à l’Ukraine, appelée à jouer un rôle croissant dans les échanges européens à mesure que progresse son rapprochement avec l’UE.

Le plan met aussi en lumière l’importance des coproduits issus de la transformation des oléagineux. Ceux-ci représentent déjà une part essentielle des protéines utilisées dans l’alimentation animale européenne. À travers cette reconnaissance, la commission établit plus clairement qu’auparavant le lien entre les filières des biocarburants, la valorisation des productions agricoles et la recherche d’une plus grande autonomie protéique.

Cette orientation est saluée par le think tank Farm Europe, qui y voit une évolution significative de la politique agricole européenne. L’organisation estime que la Commission reconnaît enfin que la dépendance de l’UE aux importations de protéines constitue autant une vulnérabilité stratégique qu’un enjeu agricole. Elle accueille également favorablement la prise en compte du rôle des biocarburants produits à partir de cultures européennes, dont les coproduits contribuent largement à l’alimentation animale. Pour autant, Farm Europe considère que cette ambition devra désormais être traduite par des mesures opérationnelles, un cadre économique stable et des moyens financiers suffisants pour soutenir les investissements des filières.

La mise en œuvre du plan questionne

Les autres acteurs du secteur accueillent également favorablement cette feuille de route, tout en soulignant qu’elle demeure largement programmatique. Une coalition d’organisations représentant la chaîne de valeur des protéines végétales estime que le texte consacre enfin le caractère stratégique de ces productions pour la sécurité alimentaire, la compétitivité économique et les objectifs climatiques de l’UE. Elle salue l’accent mis sur la recherche et l’innovation, mais regrette que les mesures destinées à stimuler la consommation restent encore limitées. Même analyse du côté de l’Union végétarienne européenne, qui juge les dispositions proposées insuffisantes pour rééquilibrer durablement la balance protéique européenne. L’organisation plaide pour des politiques plus volontaristes favorisant simultanément la production et la consommation de protéines végétales.

Le Copa-Cogeca exprime également ses réserves. Il regrette que le plan ne comporte pas davantage de mesures concrètes susceptibles d’apporter des réponses immédiates aux agriculteurs confrontés aux risques économiques liés à la diversification de leurs assolements. À leurs yeux, la réussite de cette stratégie dépendra largement des moyens qui seront mobilisés dans le cadre de la prochaine réforme de la Pac. Au-delà des annonces, c’est précisément la question de la mise en œuvre qui concentre désormais les attentes. L’objectif de 35 % fixé pour 2035 constitue un cap politique plutôt qu’une obligation juridique, et aucun budget spécifique n’accompagne, à ce stade, cette nouvelle stratégie. La commission prévoit de s’appuyer sur les instruments existants de la Pac, sur les futurs financements européens consacrés à la compétitivité ainsi que sur des partenariats public-privé. Un dialogue annuel avec les États membres et un suivi assuré par l’observatoire européen des marchés des céréales, des oléagineux et des cultures protéiques devront permettre d’évaluer les progrès réalisés.

Pour nombre d’observateurs, les prochaines négociations sur le cadre financier pluriannuel constitueront le véritable test de cette ambition. Elles diront si l’autonomie protéique est appelée à devenir un axe structurant de la politique agricole européenne ou si elle restera un objectif affiché sans moyens pleinement à la hauteur des enjeux.

Marie-France Vienne

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