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Pour Christophe Hansen, «Le renouvellement générationnel est un enjeu de société»

De passage à la Foire de Libramont, le commissaire Christophe Hansen a pris le temps d’accorder un entretien à notre Rédaction. L’occasion de revenir sur les principaux dossiers qui agitent aujourd’hui le monde agricole : l’accord UE-Mercosur, les clauses de réciprocité, la future politique agricole commune ou encore le renouvellement des générations. Face aux inquiétudes exprimées par les filières d’élevage, le Luxembourgeois défend une approche qu’il veut à la fois pragmatique et exigeante : préserver l’ouverture commerciale de l’UE tout en renforçant les garanties offertes aux producteurs européens.

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Alors que l’avenir de la Pac suscite de vives interrogations, M. Hansen a répondu, parfois prudemment, aux critiques formulées à l’encontre de la commission et a détaillé les orientations qu’il entend défendre dans les prochains mois.

Commençons, si vous le voulez bien, par le dossier qui cristallise aujourd’hui le plus de tensions : l’accord entre l’UE et les pays du Mercosur. N’avez-vous pas l’impression qu’en choisissant de saisir la cour de justice européenne plutôt que de se prononcer directement sur l’accord, le parlement européen a adressé un signal de défiance à l’égard de la commission ?

Le parlement disposait de tous les moyens pour se prononcer directement sur cet accord s’il estimait qu’il n’était pas acceptable. Il aurait pu voter contre. Il a préféré saisir la cour de justice, ce qui revient à reporter la décision de 18 à 24 mois. Je ne parlerais pas de défiance. C’est avant tout un choix politique qui appartient au parlement. Pour ma part, je constate simplement qu’il n’a pas souhaité exercer immédiatement cette responsabilité. Je ne veux évidemment pas anticiper les conclusions de la cour. Ce ne serait d’ailleurs pas la première fois qu’elle est appelée à se prononcer sur un accord commercial de cette nature. Lorsque son avis sera rendu, le parlement conservera toute latitude pour voter, en tenant compte à la fois des conclusions juridiques de la cour et des premiers effets économiques observés pendant la phase d’application provisoire. Les parlementaires disposeront alors de tous les éléments nécessaires pour prendre leur décision en connaissance de cause.

Les agriculteurs continuent de dénoncer un manque de réciprocité entre les exigences imposées aux producteurs européens et celles qui s’appliquent aux produits importés. Les fameuses « clauses miroirs » restent une revendication forte. Où en est-on réellement ?

La question revient régulièrement dans le débat public et je comprends parfaitement pourquoi elle suscite autant d’attentes. Mais il faut aussi regarder les avancées concrètes déjà réalisées. La réciprocité ne se décrète pas par une formule ; elle se construit progressivement, secteur par secteur, en tenant compte des bases juridiques et scientifiques. Prenons l’exemple du sucre. Beaucoup d’attention s’est portée sur les contingents prévus dans le cadre du Mercosur, mais on oubliait souvent qu’un autre mécanisme, le perfectionnement actif, permettait l’importation de volumes beaucoup plus importants à droits nuls. Nous avons proposé de suspendre ce régime. Cette décision a été approuvée et elle contribue à rééquilibrer le marché européen. Les représentants de la filière betteravière que j’ai rencontrés ici, à Libramont, m’ont d’ailleurs fait part de leur satisfaction. Nous avons également présenté un ensemble de mesures destinées à renforcer les garanties sanitaires. Lorsque des substances phytosanitaires sont interdites dans l’UE sur la base d’évaluations scientifiques solides, il est légitime de se demander dans quelles conditions les produits importés doivent continuer à être autorisés. C’est précisément le travail que nous menons actuellement. Dans le même temps, nous proposons d’augmenter de 50 % les contrôles réalisés aux frontières extérieures de l’Union. C’est un élément essentiel, car les règles n’ont de sens que si elles sont effectivement contrôlées. Mais la réciprocité comporte aussi un autre volet, souvent moins évoqué. Nous devons donner à nos agriculteurs les moyens de produire. Cela suppose des procédures plus efficaces pour l’autorisation des substances actives lorsqu’elles répondent aux exigences scientifiques européennes. Nous proposons également que ces autorisations ne soient plus systématiquement remises en cause si aucune donnée scientifique nouvelle ne le justifie. Cette stabilité réglementaire est indispensable pour permettre aux exploitations d’investir. Enfin, certains mécanismes fonctionnent déjà. Dans le domaine des productions animales, par exemple, le Brésil ne figure toujours pas parmi les pays autorisés à exporter certains produits vers l’UE parce qu’il n’a pas démontré le respect de nos exigences concernant certains antimicrobiens interdits en Europe. Cela montre que notre système de contrôle produit déjà des effets.

Malgré ces garanties, les éleveurs restent très préoccupés par les importations de viande bovine et de volaille. Que leur répondez-vous ?

Je comprends ces inquiétudes, mais il faut aussi regarder les données disponibles. Aujourd’hui, la répartition des contingents entre les différents pays du Mercosur n’est pas encore arrêtée. Beaucoup de scénarios circulent, mais plusieurs paramètres restent à définir. Par ailleurs, les premiers chiffres de l’application provisoire ne montrent pas une hausse significative des importations susceptible d’expliquer la situation actuelle du marché. Les producteurs bovins que j’ai rencontrés ici, à Libramont, m’ont effectivement parlé de la légère baisse récente des prix. Mais ils reconnaissent eux-mêmes que celle-ci intervient après une période où les cours avaient atteint des niveaux historiquement élevés. À un certain moment, lorsque les prix augmentent fortement, le consommateur ne suit plus nécessairement. C’est une évolution classique des marchés agricoles. La réponse ne peut donc pas être uniquement défensive. C’est précisément le sens de la stratégie européenne pour l’élevage que nous avons présentée il y a quelques semaines. Nous voulons mieux valoriser les productions européennes, renforcer leur compétitivité et permettre au consommateur d’effectuer des choix éclairés. Aujourd’hui, lorsqu’il achète un produit transformé, des nuggets de poulet ou un plat préparé, par exemple, il connaît rarement l’origine de la viande utilisée. Nous voulons corriger cette situation grâce à un étiquetage beaucoup plus transparent. Je suis convaincu que les consommateurs sont attachés à l’origine et à la qualité des produits européens lorsqu’ils disposent d’une information claire.

Le renouvellement des générations est devenu l’un des principaux défis de l’agriculture européenne. La commission en a d’ailleurs fait l’une de ses priorités en présentant récemment une stratégie dédiée. Quelles en sont les principales orientations ?

Le renouvellement des générations constitue sans doute l’un des défis les plus déterminants pour l’avenir de l’agriculture européenne. Si nous voulons que davantage de jeunes choisissent ce métier ou reprennent une exploitation familiale, nous devons leur offrir de véritables perspectives. Cela passe d’abord par un soutien financier renforcé. C’est pourquoi la commission propose de porter à 6 % la part minimale des aides de la Pac consacrée aux jeunes agriculteurs à partir de 2027. Les premières années d’installation sont les plus délicates : les investissements sont importants, les revenus encore incertains et l’accès au crédit demeure souvent difficile. Nous travaillons donc étroitement avec la Banque européenne d’investissement (Bei) afin de faciliter le financement des projets agricoles, notamment pour les jeunes qui ne disposent pas encore des garanties habituellement exigées par les banques. Mais le renouvellement générationnel ne peut pas reposer sur la seule Pac. C’est précisément l’esprit de la stratégie que nous venons de présenter. Elle s’articule autour de cinq grands piliers : un meilleur accès au financement, au foncier, aux connaissances, aux services dans les zones rurales ainsi qu’une meilleure préparation des transmissions d’exploitations et des départs à la retraite. Nous proposons également un véritable « starter kit » destiné à accompagner les nouveaux installés. En parallèle, les États membres ont eux aussi un rôle essentiel à jouer, notamment en matière de formation professionnelle, d’enseignement agricole et de simplification des règles qui encadrent la transmission des exploitations. Il faut aussi faciliter le passage de relais entre les générations. Aujourd’hui, de nombreux agriculteurs poursuivent leur activité parce que leur pension de retraite ne leur permet pas de quitter sereinement leur exploitation. Nous devons encourager des modèles dans lesquels plusieurs générations peuvent coexister pendant une période transitoire, afin que la transmission se fasse progressivement et dans de bonnes conditions. Au-delà des aspects économiques, il faut également améliorer la qualité de vie dans les campagnes. Si nous voulons attirer davantage de jeunes vers l’agriculture ou les inciter à reprendre des exploitations agricoles, nous devons également améliorer les conditions de vie dans les zones rurales. Cela suppose de développer les services, de maintenir des territoires vivants et d’adopter une approche beaucoup plus globale qui dépasse le seul cadre de la politique agricole. Le renouvellement générationnel est un enjeu de société, pas uniquement un enjeu agricole. Enfin, il existe une dimension humaine que l’on évoque encore trop peu : les conditions de travail. Dans les élevages notamment, il est souvent impossible de s’absenter quelques jours, de partir en vacances ou simplement de consacrer du temps à sa famille. Cette situation pèse sur l’attractivité du métier comme sur la santé mentale des agriculteurs. C’est pourquoi nous proposons le développement des « Farm Relief Services », des services de remplacement financés qui permettront aux exploitants de prendre ponctuellement du recul. Ce n’est pas un confort accessoire, mais une condition indispensable pour rendre la profession plus attractive et assurer durablement le renouvellement des générations.

De nombreuses voix s’élèvent, tant au parlement européen que dans les organisations agricoles, pour dénoncer un risque de renationalisation de la prochaine Pac. Comprenez-vous ces inquiétudes ?

Je pense qu’il y a eu, au départ, une lecture parfois excessive de nos propositions. Lorsqu’on regarde la Pac actuelle, on constate déjà des différences très importantes entre les États membres. Certains consacrent l’essentiel de leurs moyens aux paiements directs, d’autres privilégient largement le développement rural. Les niveaux de cofinancement diffèrent également fortement. Cette diversité existe déjà. Notre objectif n’est donc pas de renationaliser la Pac, mais de rendre son fonctionnement plus cohérent tout en laissant davantage de souplesse aux États membres pour adapter les instruments aux réalités de leur territoire. Les besoins ne sont pas identiques partout. Ils diffèrent entre le nord et le sud de l’Europe, mais également au sein d’un même pays. Les réalités agricoles flamandes ne sont pas celles de la Wallonie. En revanche, les objectifs européens restent pleinement communs. La protection des sols, de l’eau, de la biodiversité ou encore la lutte contre le changement climatique demeurent au cœur de notre politique agricole. La commission accompagnera les États membres afin que ces objectifs soient effectivement atteints.

Vous êtes Luxembourgeois et très proche de la frontière belge. Que représente la Foire de Libramont pour vous ?

Pour moi, Libramont est presque une foire nationale. J’habite à une distance comparable de Libramont et de la foire agricole d’Ettelbrück. Je suis originaire d’une région située entre Bastogne et Wiltz ; venir ici me donne véritablement le sentiment d’être un peu chez moi. Libramont est bien davantage qu’une exposition agricole. C’est la plus grande foire européenne en plein air. C’est un lieu où l’on découvre les innovations, où l’on échange directement avec les agriculteurs et où l’on prend la mesure de leurs préoccupations quotidiennes. Pour un commissaire européen, ces rencontres de terrain sont irremplaçables. Cette édition revêt aussi une importance particulière. Après cette visite, je rencontrerai le Premier ministre belge afin d’évoquer le prochain cadre financier pluriannuel. Les décisions qui seront prises par les chefs d’État et de gouvernement détermineront largement les moyens dont disposera la future Pac. Ce sont donc des discussions essentielles pour l’avenir de l’agriculture européenne.

Marie-France Vienne

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