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Éviter de faire entrer le loup dans la bergerie…

Ce titre sonnerait presque comme la morale d’une fable. Une fable rimant avec une triste réalité. Tantôt l’étonnement, tantôt l’agacement, souvent même l’impression de s’être fait avoir, des sentiments ressentis par ceux qui, à la faveur d’un achat malheureux, voient la maladie s’immiscer dans leur troupeau.

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Cette situation s’annonce complexe à gérer et les questions sont nombreuses : quel(s) risque(s) pour le cheptel ? Que faire pour tenter d’enrayer le processus d’extension au groupe ? Acheter n’est pas sans risque : c’est accepter l’arrivée d’un autre microbisme. Toujours dangereux ? Non ! Faut-il encore s’en assurer pour éviter de faire entrer le loup dans la bergerie.

Le tsunami dans un troupeau naïf

Virus de la fièvre catarrhale ovine (sérotype 8) en 2007. Virus de Schmallenberg en 2011. Deux exemples pour illustrer l’impact de l’introduction d’un agent pathogène jusque-là inconnu dans un troupeau. La naïveté se paie cash et l’immunité ne se forge pas de manière durable en quelques heures. L’agent pathogène qui pousse la porte de votre exploitation malmènera les organismes de vos moutons ou de vos chèvres. Aussi durement que ces virus cités en exemple ? Pas forcément. À chacun son tableau clinique. À chacun son expression plus ou moins aiguë. Mais au jeu de l’achat à l’aveugle, la vaguelette laisse plus souvent place au tsunami.

La biosécurité, plus qu’un concept théorique

Parler de biosécurité suscite parfois, ou même souvent, un soupir. Plus d’un éleveur imagine immédiatement des normes rigides, des investissements lourds ou encore de nouvelles contraintes administratives.

Qu’il s’agisse de l’achat d’un nouveau bélier ou bouc reproducteur pour ramener du sang neuf, de l’acquisition d’un lot d’agnelles ou de chevrettes de renouvellement (voire du retour d’animaux ayant séjourné dans une foire), chaque mouvement représente un risque sanitaire direct. L’animal introduit peut paraître magnifique, vif, affichant une conformation parfaite… tout en étant le cheval de Troie d’un pathogène redoutable qu’il héberge discrètement.

Parlons sans tabou : dans la toute grande majorité des cas, une dégradation sanitaire brutale dans un élevage, comme une vague d’avortements, une chute de production laitière, des boiteries généralisées, un dépérissement…, trouve son origine dans un achat mal sécurisé. Et le pire dans tout cela : rétablir le statut sanitaire de votre troupeau vous coûtera bien plus cher que toutes les mesures de prévention réunies. La biosécurité n’est donc pas une charge, c’est une assurance vie.

Les règles d’or d’un achat sécurisé

Ils sont cinq, cinq piliers très pratiques sur lesquels chaque éleveur devrait baser sa dynamique d’achat, et plus globalement sa régie d’élevage dans le but de limiter l’introduction de maladie(s) :

la sélection rigoureuse du troupeau vendeur ;

l’individualisation du transport ;

la quarantaine à l’arrivée ;

la maîtrise des intrants (personnes et matériel) ;

la gestion des parcours.

Au sein de chaque pilier se déclinent quelques règles d’or résumées ci-dessous.

34-regle d'or(1)

Et tout cela pour éviter quelles maladies ?

Si la liste des pathologies ovines et caprines est longue, quelques-unes d’entre elles peuvent plus particulièrement bénéficier d’une mise en lumière dans le cadre de la sécurisation des achats. Elles ne partagent non pas un mais plusieurs dénominateurs communs : un degré de contagiosité élevé à très élevé dans un troupeau naïf, des impacts tant sanitaires que zootechniques lourds et, pour certaines, l’absence de stratégie curative.

Levée de voile sur ces maladies « achetables » dans une approche volontairement synthétique dans ce tableau.

34-les maladies à risque

Peut-être aurez-vous noté que le terme « infecté » a été préféré à celui de « malade » ? Cet élément, qui n’est pas anodin, soulève un sujet fondamental : l’animal peut être infecté (donc porteur de l’agent pathogène) sans être malade (donc exprimer les signes de la maladie). Observer l’animal visé à l’achat dans le troupeau vendeur est une bonne chose, surveiller l’apparition de signes de maladie durant sa quarantaine en est une autre mais… le portage asymptomatique est une réalité. Il est ainsi délicat de construire un statut sur un simple regard.

De plus, bien qu’ils n’aient pas été cités dans ce tableau, les parasites digestifs, les strongles plus particulièrement, devraient y tenir une place de choix. Bien entendu, ils sont présents sur toutes les parcelles herbacées de Wallonie et d’ailleurs. Par contre, en raison de pratiques de vermifugation déraisonnées dans certains troupeaux, des strongles résistants, voire multirésistants, aux substances destinées à les tuer s’échangent au rythme des mouvements d’animaux.

L’appui d’une analyse de laboratoire

Quelques prélèvements réalisés sur un animal visé à l’achat peuvent en dire long sur son parcours sanitaire dans le troupeau vendeur. Deux approches diagnostiques coexistent : la mise en évidence d’anticorps dirigés contre un pathogène, soit l’approche indirecte, ou la mise en évidence du pathogène lui-même, l’approche directe. La seconde option semble immédiatement plus intéressante. En effet, son résultat qualifie le statut porteur, donc potentiellement contaminant de l’animal. Cependant, elle se révèle plus lourde pour le portefeuille et nécessite de prélever au bon endroit, et au bon moment. Un test sanguin démontrant la présence d’anticorps dans le sang de l’animal est ainsi le fréquent compromis proposé par les laboratoires : rapide, fiable et économique. Son interprétation se doit toutefois d’être prudente : le résultat dit séropositif (présence d’anticorps) ne traduisant qu’une réponse immunitaire historique (non datable) au pathogène (sauvage ou vaccinal) sans préjuger du caractère porteur et excréteur de l’animal au moment du test… Renseignez-vous auprès de votre vétérinaire traitant ou votre conseiller en élevage : les tests actuellement proposés sont peu onéreux et apportent des informations que même l’œil averti ne saurait distinguer.

Notons qu’en Wallonie, l’Arsia propose un « kit introduction Ovins-Caprins » couvrant bon nombre des pathologies listées dans cet article, adapté à l’espèce et à l’âge des animaux testés.

Soit, vous l’aurez compris : acquérir un animal ne peut se faire à l’aveugle. Respecter des règles simples vous permet de minimiser le risque d’introduction de maladie(s) dans votre troupeau.

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