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Porcs, dindes et énergie verte: une ferme qui sort des sentiers battus

C’est assez rare que pour être souligné. Pour une fois, des éleveurs porcins ont dévoilé les coulisses de leur métier à l’occasion du salon Space à Rennes. Des porcs, mais pas seulement. Chez eux, Aurélie Lepage et Ludovic Perrin accueillent également 14.000 dindes. Pour elles aussi bien-être et productivité vont de pair. Une ferme dans l’air du temps qui mise sur l’énergie durable grâce à leur unité de méthanisation et… leur éolienne !

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À Iffendic , une commune située à une demi-heure de route de Rennes, le calme règne. Au loin, on perçoit une éolienne. Peu à peu, les bâtiments du Gaec Lepage se dessinent à l’horizon. Arrivés à destination, c’est avec un large sourire qu’Aurélie Lepage et Ludovic Perrin accueillent les visiteurs internationaux du salon Space à Rennes. Un véritable moment de partage dans cette ferme familiale où la 5e  génération est en place. Ici, 4,5 équivalents temps plein s’attellent à la tâche. Et le travail ne manque pas. L’exploitation, du type polyculture-élevage, s’étend sur 182 ha. On y cultive le blé, le colza, le maïs, l’orge, et des cultures destinées à la méthanisation. « J’essaie aussi de me diversifier. Cette année, par exemple, j’ai mis du lin pour l’alimentation des volailles », explique Ludovic qui a changé de cap professionnel pour se consacrer exclusivement à la ferme. Une exploitation diversifiée et à taille humaine, comme il le souligne avant de se rendre dans les bâtiments réservés aux porcs. « À l’échelle de la Bretagne, l’élevage porcin est tout petit. Un de mes voisins possède 1.000 truies, chez nous c’est 180 ! ».

Naisseurs-engraisseurs, les agriculteurs ont néanmoins réussi à se diversifier. Ici, pas de caillebotis mais des animaux élevés sur paille. « Au début, il s’agissait d’un choix technique.

Auparavant, les bâtiments étaient consacrés aux bovins, c’était plus simple de continuer comme cela. Mais finalement, vu les bénéfices au niveau du bien-être animal, même lorsque nous nous sommes agrandis, nous avons continué à travailler de cette manière ». Un choix pas si facile… Les curages peuvent être fastidieux. Pas vraiment valorisé à sa juste valeur, non plus… En optant pour la paille, l’éleveur ne gagne que 2 centimes de plus par kilo. Puis,cette litière limite la croissance. Les porcs ingèrent de la paille, et, par conséquent, moins de granulés. Par ailleurs, l’éleveur pourrait se tourner vers une labellisation afin d’être économiquement plus rentable. Cependant, il y a une grosse contrainte : dans cette exploitation les mâles non-castrés et les femelles vivent ensemble. « Parfois, je repère une femelle en chaleur embêtée par ses congénères, je la sors alors du lot, et je la mets dans une infirmerie le temps nécessaire ». En général, Ludovic ne compte environ que 2 mâles odorants sur 1.000. Élevés jusqu’à 171 jours en moyenne, cette technique ne pose donc pas de souci… Avec une possible labellisation, par contre, l’âge d’abattage s’allongerait jusqu’à 180 jours. Quelques jours plus compliqués à gérer avec des mâles entiers. Face à ce dilemme, l’éleveur a choisi son camp, malgré une rentabilité plus difficile.

Afin de tendre vers plus de bien-être pour leurs bêtes, toujours, les propriétaires essaient d’éviter un maximum les interventions. C’est notamment le cas des queues, qu’ils tentent de couper le moins possible. Les bâtiments sont aussi équipés de brumisateurs. « Nous avons récupéré des équipements de poulaillers pour la porcherie. Cet été, lorsque la température était de 42 degrés dehors, à l’intérieur, cela se stabilisait à 34 » À l’avenir, également, et lorsque les finances suivront, les cases maternité-liberté figurent parmi leurs objectifs.

Quant au bâtiment où les cochettes sont mises en quarantaine durant six semaines, ils souhaiteraient l’agrandir. En effet, Ludovic Perrin achète ces femelles à l’extérieur. Elles serviront au renouvellement. « J’en reçois 6 toutes les trois semaines. Par manque de place, je ne pratique pas d’autorenouvellement ». Ces dernières restent dans l’élevage jusqu’à 7 portées quand tout se passe bien, tandis que le but est d’obtenir leur première mise-bas à l’âge d’un an.

Ludovic Perrin a accueilli les visiteurs du Space dans son exploitation familiale.
Ludovic Perrin a accueilli les visiteurs du Space dans son exploitation familiale. - D.T.

Sur site jusqu’à 122 kg

En vue de maximiser les chances de succès, deux inséminations sont réalisées avec un intervalle général de 36 heures. Résultat ? 90 % de succès. Une fois les porcelets nés, l’un des principaux défis reste d’éviter l’écrasement. « Nous travaillons avec la lignée Nucleus (Landrace × Large White). Certains font le choix de Topigs, une lignée réputée comme plus maternelle ». Toutefois, là, les agriculteurs n’ont guère le choix puisqu’ils font partie de la filière Cooperl. « Nous ne fabriquons pas d’aliment et achetons également les granulés auprès d’eux ».

Sevrés à 28 jours plutôt qu’en 21, encore dans une optique de bien-être, les porcelets restent 9 semaines en préengraissement, soit de 24 à 70 kg. Vient ensuite la phase d’engraissement jusqu’à atteindre un poids vif de 122 kg. Niveau alimentation, les repas se donnent deux fois par jour : matin et soir. « Nous étions partis sur trois fois, mais c’était trop pour eux. Ils ne mangeaient plus correctement la ration suivante ». Plusieurs aliments composent les granulés. Au fil du temps, les portions de blé, d’orge, de soja, et de colza varient pour apporter la bonne teneur protéique au moment opportun. Au total, la production annuelle se situe entre 4.500 à 5.000 porcs. Le tout pour une vente en grande distribution.

Les éleveurs font partie de la coopérative Cooperl. Les aliments pour les porcs viennent donc de l’extérieur.
Les éleveurs font partie de la coopérative Cooperl. Les aliments pour les porcs viennent donc de l’extérieur. - D.T.

Deux bâtiments pensés pour les dindes

Après les porcs, place à la rencontre avec les dindes. « Elles possèdent des cycles plus longs que les poulets. Il est de 17 semaines », souligne Ludovic avant d’entrer dans le bâtiment. Le site en possède deux de 1.400 m2. Ceux-ci datent de seulement deux ans. En vue du bien-être, également, les animaux peuvent profiter d’un jardin d’hiver dès leurs 42 jours. Dans cette zone, des pierres à picorer et des caillebotis ont été placés en hauteur afin de satisfaire leurs besoins de perchage. Enfin, même si les dindes sont friandes de chaleur lorsque les températures viennent à grimper, la ventilation dynamique prend tout son sens. Outre la brumisation déjà mise en place, celle-ci rafraîchit les volailles.

L’exploitation se fournit en poussins auprès d’un couvoir. Ils arrivent sur place lorsqu’ils sont âgés de quelques heures à peine. Avant cela, c’est le grand nettoyage avec le vide sanitaire d’une à deux semaines. En général, le lot se compose de 45 % de femelles pour 55 % de mâles, avec une durée de vie différente. Les femelles sont abattues à 8 kg. Leur potentiel de prise de poids est, en effet, inférieur à celui des mâles, abattus entre 17 et 18 kg. « L’avantage par rapport au poulet est qu’il y a moins de précision en termes de poids », indique leur éleveur. En travaillant de cette façon, la ferme compte 2,2 lots chaque année.

Notons enfin que le site sert de ferme pilote pour une entreprise spécialisée en intelligence artificielle. Caméras et micros sont placés dans le bâtiment. Ensuite, la société traite ces données. Objectif : réduire la médication des animaux en repérant plus tôt les symptômes et essayer, plus tard, d’estimer leur poids à l’aide des caméras.

La première éolienne du département

Au détour de la visite notre regard se pose sur l’éolienne. « C’est celle de mes parents, de mon oncle et ma tante. Elle est mise en place depuis vingt ans », raconte Aurélie. Un projet hors du commun à cette époque. Et le premier du département ! « Quand mon père est allé voir les banquiers avec ce dossier, ils l’ont regardé avec de gros yeux », sourit-elle. Une idée venue d’un constat tout simple : il y a beaucoup de vent sur le site. Dès lors, pourquoi ne pas en trouver une utilité ? Au final, il a fallu six ans avant que l’éolienne sorte de terre. Un projet laborieux. « Rien n’existait point de vue administratif. De plus, la technologie a évolué entre l’idée et la construction ». Aujourd’hui, l’outil fournit en électricité 1.000 à 1.500 foyers, hors chauffage électrique. L’équipement prouve également une chose : dans cette famille, on n’a pas peur d’innover, quitte à parfois sortir du cadre classique de l’agriculture !

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